mercredi 12 novembre 2025

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mercredi 29 mars 2017

CORPORATE : FIRME TA GUEULE







Le titre Corporate me fait penser à la caricature de Manuel Valls dans Les Guignols, qui répète à qui veut l'entendre "J'aime l'entreprise."






Ah, les mots de l'entreprise, comme corporate, pro-actif, prioriser, branding, benchmarking. J'ai mal à mon français, à mon anglais aussi. J'ai en tête ces réunions interminables où le jeu est de caser le plus de jargon possible en faisant semblant de savoir de quoi on parle.

C'est le quotidien d'Emilie, la plus "corporate" de tous, à savoir dédiée à la boîte.

Il y a quelques années, j'ai vu à Dublin un tout autre film, The Invention of Lying.




Cette farce potache, située dans un monde où le mensonge est impossible, m'a fait rire. Et réfléchir.

J'ai appliqué cette règle au monde de l'entreprise, et j'ai imaginé un entretien d'embauche où l'on ne disait que l'absolue vérité.


Le recruteur : Pourquoi vous voulez travailler chez nous ?

Le candidat : Faut bien bouffer.

Le recruteur : Citez-moi trois de vos défauts.

Le candidat : Je suis bordélique, gaffeur, trop franc.

Le recruteur : Trois qualités ?

Le candidat : Je sais écrire, jouer de la guitare et faire des pizzas.

Le recruteur : Vous réagissez comment face à la critique ?

Le candidat : Fort mal, merci. Je n'aime pas les critiques et j'en veux beaucoup à ceux qui m'en font, surtout les petits mecs étriqués en costume gris, dans votre genre.

Le recruteur : Où vous vous voyez dans 5 ans ?

Le candidat : Je suis au chômage. Je ne sais pas ce que je fais demain.


Ce serait pas un soulagement ? Fini les faux semblants, les complaisances, l'hypocrisie d'usage, juste la sincérité, pleine et entière. Ce qui nous vaudrait la porte dans le monde réel serait la norme dans ce monde parallèle bienheureux.

"Où vous vous voyez dans 5 ans ?" est justement la question d'Emilie à une candidate lors d'un entretien. La vitre de la porte est rayée, si bien que les yeux de la recruteuse sont invisibles, comme dissimulés sous un cache d'anonymat à la télévision.

Devant Corporate, on pense d'emblée à France Telecom, avec ce pauvre type désespéré d'être mis au placard qui préférera, plutôt que de sortir par la petite porte, sortir par la grande fenêtre.

Une enquête est ouverte. Les méthodes de management de l'entreprise seront passées à la loupe.

Céline Sallette et Lambert Wilson dans Corporate, de Nicolas Silhol (2017)
Céline Sallette et Lambert Wilson dans Corporate, de Nicolas Silhol (2017)

Quand le cinéma dénonce l'entreprise


Nicolas Silhol voudrait faire du Laurent Cantet, réalisateur de Ressources Humaines (1999) mais ne propose qu'un téléfilm tant la mise en scène est plate. Les personnages sont archétypaux, l'histoire simpliste, quand elle aurait mérité d'être complexe et nuancée. Un tel thème - le management par la terreur et ses effets dévastateurs sur les salariés - méritait d'être exploré plus avant. 

C'était le cas dans La Question humaine de Nicolas Klotz (2007)





Dans Violence des échanges en milieu tempéré, un jeune DRH devait faire face aux collègues qu'il était sur le point de licencier.




À mon sens, deux films présentent avec talent la nocivité du management par la terreur : un documentaire et un film de science- fiction.

Le docu, c'est La Gueule de l'emploi, où Didier Cros nous montre un recrutement collectif chez Gan, assureur (à voir en entier ici)






Quelques bonnes répliques dans Corporate, cependant. L'ensemble tient la route et se laisse regarder, c'est déjà bien pour un premier film. La crise de conscience d'Emilie est un peu facile. Le personnage de Didier Dalmat, salarié suicidé, est trop sommaire pour être attachant. Dommage. Il y aurait tant à dire sur le management nocif de certaines boîtes, la mise au placard de bons éléments pour d'obscures raisons, l'omerta généralisée quant à ces pratiques.

Les lanceurs d'alerte sont pourtant des héros passionnants. Si c'est un plaisir de voir Céline Sallette dans un grand rôle, elle aurait mérité, elle aussi, un personnage plus fouillé. Même Lambert Wilson s'avère décevant en patron salaud.


Nicolas Silhol a les meilleures intentions, et faire un bon film sur la nocivité du monde du travail n'est pas chose aisée. Corporate aurait dû être meilleur, plus percutant, plus fort, quand il remplit tout juste... son contrat. 


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mardi 28 mars 2017

LONDON HOUSE : LA MAIN SUR LE BERCEAU







Tout dans London House est pompé sur Rosemary's Baby de Polanski : le générique filmé de droite à gauche, dans un  travelling qui mène à la maison. La berceuse entêtante. Clémence Poésy pâlit comme Mia Farrow, fatiguée de sa grossesse.
 La voisine Theresa adopte même, au cœur du film, la coupe courte de Rosemary.


N'est pas Polanski qui veut


Oui, David Farr s'est bouffé Polanski, et ça se voit. Jusqu'aux fringues bourges façon sixties quand la trame est censée se dérouler de nos jours. Jusqu'à la photo, mi-Polanski, mi-Hitchcock. London House met aussi en scène un huis-clos pour deux couples, comme dans Carnage, du même Polanski.



Les deux couples dans Carnage, de Polanski (2011)
Les deux couples dans Carnage, de Polanski (2011)



Les deux couples dans London House, de David Farr (2016)

La scène du dîner est calquée sur ceux, gênants, de Rosemary avec ses voisins dans le film de 68. Le titre original de London House, The Ones Below (ceux du dessous) fait jeu de mots avec le peuple des enfers, quand Rosemary's Baby, déjà, parlait de voisins de palier envoyés par Satan.

Mais n'est pas Polanski qui veut. La réalisation de David Farr n'est pas mauvaise, mais quelque chose cloche : comme une fausseté dans le jeu des acteurs, un manque dans leur direction. Clémence Poésy a beau rappeler les héroïnes hitchcockiennes (avec une coiffure à la Grace Kelly, entre autres) la mise en scène ne la sublime pas comme l'aurait fait le maître britannique.




Clémence Poésy dans London House
Clémence Poésy dans London House

Les plans à la Hitchcock ne suffisent pas (remplacez le téléphone par le baby phone : bingo.) La tension est là, mais trop diffuse pour être efficace. La présence du chat, 
porte-malheur éternel au cinéma, s'avère également cliché. 


Un film peu abouti


Il y aurait tant à dire sur la trouille de devenir mère, la monstruosité de l'accouchement, le désir inassouvi de grossesse, le baby blues, différent pour chaque femme. Il existe autant de mères que de manières d'en parler. Piquer leur style à d'autres cinéastes ne vaut jamais grand-chose.

Le jeu de suspense sur la chambre du bébé est aussi pompé sur Le Secret derrière la porte, de Fritz Lang, qui remonte à 1948.





Un thriller qui tombe à plat (Attention Spoilers)


De nombreuses critiques ont salué le final de London House, et pourtant il est cousu de fil blanc. Le moment-clé où la voisine jette le bébé à l'eau est raté : on remarque qu'il n'y a point de bébé et que seul le tissu atterrit dans le fleuve (la Tamise, autre cliché).

London House, en somme, est un thriller parano qui tourne court et tombe à plat. Son scénario n'alimenterait pas un téléfilm de M6.

Si la série The Night Manager est prometteuse, David Farr fait des débuts timides au cinéma, et se contente de picorer chez d'autres grands cinéastes – Polanski et Hitchcock en tête – le style qu'il n'a pas encore.




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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !