dimanche 22 juin 2014

LA BELLE ET LA BETE: CHRISTOPHE GANS ET SES MAITRES

La belle et la bete affiche.jpg



orange star.jpg   orange star.jpg



Christophe Gans nous présente dans La Belle et la bête une mosaïque de références cinématographiques et littéraires.

Tout d'abord, il se retrouve, en 2014, plus proche du texte original de Mme Leprince de Beaumont de 1757 que toutes les versions précédentes, surtout en ce qui concerne le tempérament de l'héroïne. Gans en fait une féministe, et il a bien raison. Non pas que la protagoniste du 18ème siècle fût féministe, mais elle l'était davantage que Blanche-Neige ou Cendrillon, dociles et chantantes, attendant passivement l'arrivée du prince. Le prince, elle part à sa conquête, et pas seulement dans une démarche sacrificielle, comme dans le conte original où l'auteure tentait de donner aux jeunes filles une leçon de courage. Dans la version de Gans, elle part en résistante, en stoïcienne, consciente que la mort l'attend et prête à l'accepter. Gans va jusqu'à inverser le rapport de force entre la Belle et la Bête. Si, dans l'original, la Bête s'excuse de sa laideur et excite la pitié de la jeune fille, Belle ici lui jette avec mépris qu'il ne saurait « la satisfaire. » La danse, pied-de-nez à la scène romantique chez Disney, devient l'objet d'un marchandage.

La question récurrente du mariage n'est pas posée à chaque dîner, mais elle est sous-entendue dans la première robe que la Bête lui offre.

robe blanche.jpg

À propos de jolies robes, Gans, cette fois, n'échappe pas à la tradition. Il est en cela très proche de Jacques Demy qui, en 1970, filmait déjà avec passion des robes extraordinaires, mises récemment à l'honneur dans l'exposition de la cinémathèque française.

robes deneuve.jpg

Gans a un sens des couleurs et des décors qui peut effectivement rappeler Peau d'Âne : le plan sur la bouche de la Belle qui raconte l'histoire évoque la rose parlante de Jacques Demy, qui conseille le prince dans Peau d'Âne lors d'une promenade en forêt.

rose peau d'ane.jpg

Il y a aussi un peu du Petit Poucet de Michel Boisrond (1972) dans sa version, notamment dans la dominante de rouge.

Étonnamment, Gans mêle l'esthétique Flower Power à un univers gothique. Ses paysages suggèrent tantôt Tolkien, tantôt le Labyrinthe de Pan (en moins sombre.)

labyrinth pan.jpg
Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro

pan 2.jpg
La Belle et la bête de Christophe Gans 

pan.jpg
Belle au bas de l'escalier

Le film évoque aussi, dans ses créatures, les films fantastiques des années 80 comme Dark Crystal ou Labyrinthe. Les lustres baroques et les décors de théâtre appartiennent à l'univers du Fantôme de l'Opéra et autres comédies musicales de Broadway, les nuits brumeuses font penser à Sleppy Hollow. On retrouve le vert de Jean-Pierre Jeunet dans le café des malfrats, et dans les costumes le contraste du rouge et du bleu des films de Dario Argento, que Christophe Gans aime particulièrement.

costumes bleu rouge.jpg

suspiria.jpgSuspiria, de Dario Argento (1977)

Admirateur aussi de Mario Bava, son frère, Lamberto Bava, réalisateur de la série Fantaghiro semble l'avoir inspiré tout autant. Héroïne valeureuse traversant la forêt, créatures carrément kitsch, Gans affectionne l'extravagance et peut irriter dans sa démesure. Les effets spéciaux ne rendent pas vraiment service au film : les trucages numériques sont trop grossiers, un peu comme dans Le Pacte des loups, du même réalisateur. Les statues gigantesques ont des allures de Transformers. Gans a cédé à la manie de Disney d'ajouter de petites créatures qui se veulent touchantes, les petits chiens. Mais ces chiens numériques gâchent aussi l'esthétique du film. Le visage de la bête, surtout, paraît raté, quand Cocteau faisait des choses formidables avec un masque. 

bete cocteau.jpg
Le film de Gans, à cause de cela, semble manquer d'âme.

Les acteurs, en outre, ne sont pas si bien dirigés (Cassel et Léa Seydoux peuvent faire beaucoup mieux) et certains personnages secondaires, comme les méchantes sœurs ou les voyous, restent trop caricaturaux.

En souhaitant moderniser l'oeuvre, c'est paradoxalement dans ses références classiques que Gans ajoute à la beauté du film. Cocteau, bien sûr, mais pas seulement pour La Belle et la bête. Le miroir d'eau de Belle évoque celui d'OrphéeLa légende de la biche dorée réveille une autre légende, celle d'Apollon et de Daphné, décrite dans Les Métamorphoses d'Ovide: une nymphe, poursuivie par un amant, se fige et se change en arbre pour lui échapper.

appolon et daphne.png

En parlant de statues, celles de Gans, animées ou pleurantes, sont un clin d'oeil à la version de Cocteau, mais aussi aux Visiteurs du soir de Carné, où les cœurs de deux amants changés en pierre continuent de battre, malgré le diable qui peste derrière eux.

visiteurs-soir statues.jpg

Christophe Gans parvient à allier tradition et modernité dans une esthétique étonnante, truffée de références à de grands cinéastes. Entre conte de fées et conte gothique, sa version parvient à faire une synthèse originale, qui s'affranchit des adaptations précédentes, sans oublier ce qu'elle leur doit.




D'accord, pas d'accord avec l'article ? Dites-le en commentaire !







Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !