lundi 30 juin 2014

LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA: DE LA TERRE À LA LUNE





Si par bonheur vous avez une fille, et qu'elle vous demande un jour, de sa voix de flûte, 

« D'où je viens ? » 

Vous pourrez lui répondre, lassé des cigognes et des roses, qu'elle est née dans une pousse de bambou. 




Qu'elle était déjà grande, belle, et vêtue de riches étoffes, quand au creux de vos mains vous l'avez emmenée chez vous.




Qu'une fois à la maison, elle s'est souvenue d'être nourrisson avant d'être enfant, jeune fleur avant d'être femme.





Vous lui direz, « Tu grandis vite, » et vous aurez raison. Elle poussera au creux des montagnes, mangera du melon et éclatera d'un rire sonore parmi d'autres enfants dans un Eden d'avant la chute. 




Mais pour son bien, croirez-vous, vous l'enverrez à la ville, plus propice à cultiver ses talents. Comme tous les parents, vous l'appellerez Princesse, et lui offrirez la meilleure éducation. Elle sera divine, elle sera courtisée. Mais jamais les étoffes aux mille couleurs ne lui feront oublier le vert des premières joies, et l'enfant rieuse deviendra femme aux yeux de pluie.




Dans le raffinement des jardins japonais, elle poussera moins bien que parmi les chants des enfants campagnards. Elle dansera sous un cerisier en fleurs pour oublier son palais de chagrin.






Si, disais-je, vous avez une fille, et qu'elle est assez grande pour saisir la poésie des mots et des images sans sommeiller trop vite, emmenez-la voir un délice nippon en salles en ce moment. Si elle est encore jeune, allez-y en solitaire pour vous rappeler l'histoire et la lui raconter.



Si, enfin, cette histoire est la vôtre, c'est que Kaguya est revenue.











7 commentaires:

  1. Présentation originale. Les premières images séduisent immédiatement. La simplicité du trait, sa douceur, sa vitesse, s’éloignent de la ligne claire et crépusculaire à la fois, des gestes alourdis, épuisés, du "Tombeau des lucioles", le chef-d’œuvre du réalisateur. Comme "Ponyo sur la falaise", son héroïne advient par un « saut d’espèce » métaphorisant le statut des dessins, animés – au sens fort du terme : dotés d’une âme – par le mouvement mais surtout le talent des artistes-artisans. Moins connu du grand public hexagonal que son complice Miyazaki, pourtant francophile et francophone (admirateur de Prévert, qu’il traduisit), Takahata fait pareillement figure au Japon de « dieu vivant ». Avec le regretté Satoshi Kon ("Perfect Blue", autre zénith de l’anime adulte), ils forment un trio héroïque, auquel on peut adjoindre le mélancolique Matsumoto ("Albator", le corsaire de l’espace, mais encore l’excellent "Interstella 5555" pour les Daft Punk), le philosophique Oshii ("Ghost in the Shell", sensuel et existentialiste) ou le rageur Ōtomo ("Akira", bien sûr, sans oublier son envoûtant manga, "Rêves d’enfant"). "Goshu le violoncelliste" séduisait par sa fraîcheur et son anthropomorphisme didactique : l’esprit des animaux rejoignait celui de la musique. Signalons justement que pour le conte, adapté d’un texte fondateur, originel, présenté à Cannes cette année, la princesse lunaire se meut dans un écrin signé du grand Joe Hisaishi…
    Jean-Pascal Mattei

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  2. Bon, à quand votre propre blog, Jean-Pascal ?

    Vous pourriez d'ailleurs inscrire votre nom en en-tête du commentaire, et y associer un lien menant vers vos articles sur Citizen Poulpe, par exemple.

    Je n'ai pas vu tous les films que vous citez, mais je prends bonne note, surtout "Goshu le violoncelliste." "Piano Forest", toujours dans l'univers musical, m'avait séduite. Je ne suis pas spécialiste des mangas, c'estpourquoi je n'ai pas proposé, comme à l'habitude, une analyse du film, mais le texte qu'il m'a inspiré...

    Bonnes séances !

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    1. Bonjour Marla,
      Mon propre blog ? L’idée m’effleure parfois, « pas seulement en me rasant »… Supprimez mon commentaire anonyme par omission sur "House of Cards" et je le posterai à nouveau en suivant vos recommandations de signature… "Piano Forest", moins didactique que "Goshu", résonnait avec "L’Effrontée" de Miller, et possède en effet un beau thème, clairement inspiré de Chopin, même si l’on peut préférer le romantisme irrésistible de Nyman pour le piano sur la plage de Jane Campion… Et méfions-nous toujours des « spécialistes », du manga ou autre...
      Bonnes découvertes et à bientôt !
      Jean-Pascal Mattei

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  3. Vu pendant la Quinzaine des réalisateurs. A l'heure ou les géants des films d'animations perdent (pour la plupart) leur âme en ne proposant plus que dans films en images de synthèse, les studios Ghibli résistent encore et toujours à cette tentation (pourvu que ça dure) et nous offre un conte d'une grande beauté.

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    1. Je suis tout à fait d'accord ! J'ai vu "La légende de Manolo" hier en projection presse. C'est beau visuellement mais sans contenu, sans poésie, sans âme. Il y a une expo Ghibli en ce moment au musée de l'art ludique...

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  4. Un petit retour d'experience (parceque oui, ça à été une Experience) :
    J'ai acheté le dvd avec un léger doute, car si Takahata ne m'a jamais déçu, l’étiquète de "Chef D'oeuvres" accolé aux productions des studios Ghibli comme un argument marketing à la vertu paradoxale de me faire douter de la qualité réelle du contenue. Ce léger doute à été bien vite balayé devant la beauté époustouflante de la réalisation, pour le coup le titre de Chef d'Oeuvre n'est clairement pas usurpé... J'ai regardé le film avec une amie et on est tout les deux resté scotché sans ciller tout le long, et quand le film s'est arrêté on est resté un moment sans parler tellement on était subjugué par sa force. Même la musique du générique de fin vient en prolongement de l'histoire en apportant un éclairage subtil. La seule chose qui nous à empêcher de le regarder une seconde fois dans la foulé (on s'est taté) à été l'heure (à peu près cinq heures du matin), et peut être aussi la (trop?) grosse charge émotionnelle qu'on venait de subir. Par contre par une erreur de manipulation le film s'est relancé avec l'audio description qui avait l'air pas mal faite, et on s'est dit que ça pourrait être une expérience de "regarder" le film allongé, les yeux fermés avec le son et les commentaires de l'audio description... avis aux amateurs d'experiences :)

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    1. Tout à fait d'accord pour l'appellation "chef-d'œuvre" !

      Le film m'a bouleversée aussi. J'ai carrément acheté la BO en sortant.

      Salutation cinéphiles,

      Marla

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