dimanche 22 juin 2014

ONLY LOVERS LEFT ALIVE: LES VAMPIRES SELON JIM JARMUSCH






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Les vampires de Jim Jarmusch semblent être là depuis l'aube de l'humanité, et pour cause : ils se nomment Adam et Eve.

Dès la première séquence, tout rappelle les années 70 : grain de l'image, choix des couleurs, décors, meubles, et surtout une voix à la Janis Joplin qui accompagne le vertige des personnages. Jim Jarmusch nous offre un voyage musical, une traversée de l'Histoire en forme de pamphlet contre la folie des Hommes, qui détruisent l'art comme la science.

Si Gus Van Sant nous proposait dans Paranoid Park une ambiance planante grâce à une caméra aérienne, Jarmusch obtient le même effet par la musique, le montage, et le choix des plans. Il nous dépeint en passant sa vision du monde. Son film dénonce pêle-mêle le désastre écologique, les créationnistes, l'industrie de la musique et l'utilitarisme, à coups d'images et de mélodies apocalyptiques.

Nostalgique, sans doute, de la musique de sa jeunesse, Jim Jarmusch filme amoureusement des guitares vintage, mais inonde aussi son film de musique orientale dans les rues de Tanger, ce qui donne à son film un exotisme étrange.

Le choix des acteurs est judicieux. Tilda Swinton, déjà incroyable dans We Need to Talk About Kevin, joue cette fois une mère éternelle de l'humanité, d'un optimisme sage vis-à-vis de l'existence, face à Adam, vampire suicidaire. Tom Hiddleston, les cheveux longs et la barbe naissante, évoque un autre vampire, incarné par Gary Oldman dans le Dracula de Coppola, sorti en 1992.

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La filmographie de Mia Wasikowska infuse quant à elle ce nouveau rôle. Héroïne de Burton  dans Alice au pays des merveilles, tenant le rôle-titre dans Jane Eyre et le rôle d'une jeune femme prude de l'époque victorienne dans Albert Nobbs, elle semble être faite pour ce rôle d'adolescente écervelée ayant vécu trop longtemps.

Only Lovers Left Alive traite de manière originale les thèmes de l'ennui et de la solitude. Il est intéressant de noter que Jim Jarmusch avait fait une apparition dans le premier épisode de Bored to Death, où un écrivain qui s'ennuie s'improvise détective pour retrouver l'inspiration.

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Les vampires de Jim Jarmusch sont des gens comme les autres. Ils ont des soucis familiaux banals et un sens pragmatique. De plus, ils sont pauvres. Ils meurent de faim, ou plutôt de soif. Only Lovers Left Alive est dans la même « veine » que We are what we are Somos Lo Que Hay ) - traduit en français par Ne Nous jugez pas - film mexicain qui racontait la vie quotidienne d'une famille de zombies et leur lutte pour survivre (le remake sortira d'ailleurs prochainement.)

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La caméra de Jarmusch nous place en effet du côté des vampires, et suscite l'empathie du spectateur pour ces pauvres hères prisonniers du sang. Le sang coule, mais à petites doses, et la réalisation subtile, tout en sous-entendus, évite de tomber dans les  mauvais clichés.

Le film est par ailleurs truffé de références littéraires. Les vampires ont vécu plusieurs siècles et ont rencontré maints auteurs illustres, dont Lord Byron, et Mary Wollestonecraft (plus connue sous le nom de Mary Shelley) qui, d'après Adam, était « une femme délicieuse. » C'est l'ironie qui est ici délicieuse, puisque Mary Shelley, auteur de Frankenstein, aurait sans le savoir pris le thé avec un vampire véritable. Les photos souvenirs d'Eve font vibrer les amoureux des lettres : portraits de Baudelaire, Rimbaud, Wilde et Beckett, mais aussi de femmes écrivains comme Jane Austen, Emily Dickinson et Marguerite Duras. On nous laisse le soin d'imaginer qu'il s'agit des portraits originaux, conservés et encadrés par Eve elle-même. Les dialogues sont eux aussi dignes de la littérature. Les personnages choisissent comme pseudonymes de voyage Daisy Buchanan – muse de Gatsbsy le magnifique – et Stephen Dedalus, alter ego fictionnel de James Joyce dans Portrait d'un artiste en jeune homme. Adam se fait appeler au quotidien Dr Faust, référence explicite au diable et à l'éternelle jeunesse. Double clin d'oeil à Goethe et Marlowe, auteur de Dr Faustus,. Le dramaturge anglais, contemporain de Shakespeare, a aussi donné son nom au vieux vampire incarné par John Hurt.

Mais ce tableau recèle aussi de savoureuses références au monde contemporain : les vampires surfent sur Youtube et communiquent grâce à l'iPhone. Quelques perles d'humour viennent orner les images, comme une glace au sang fraîchement sortie du congélateur. Ces vampires intégrés à la société, comme dans la série True Blood, éprouvent cependant du mal à survivre quand le sang vient à manquer. On ne devient pas les plus vieux amants du monde sans en payer le prix.


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