dimanche 22 juin 2014

PALO ALTO DE GIA COPPOLA: LA REVANCHE DES "FILS DE"




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Le cinéma, une affaire de famille


Gia Coppola est la nièce de Sofia, et la petite-fille de Francis Ford. Elle vient de réaliser un film, Palo Alto, avec Emma Roberts, nièce de Julia, et Jack Kilmer, fils de Val.

Ce qui frappe dès les premières secondes de Palo Alto, c'est le grain de l'image et le choix des couleurs façon seventies, très proche du Kids de Larry Clark, dont Gia Coppola s'est sans nul doute inspirée. Autre inspiration, sa tante Sofia. April (Emma Roberts) possède même un poster de Virgin Suicides dans sa chambre.


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Dans le film de Gia, on retrouve les tons ocre, et parfois le sens de la lumière du film de sa tante, mais ce n'est pas tout.

Influences à l'affiche


Les nombreuses affiches de Palo Alto sont révélatrices des nombreuses influences de Gia Coppola, et indiquent combien le film reste difficile à classifier. L'affiche française évoque les charmants films américains indépendants, comme Juno Little Miss Sunshine, ou plus récemment, Le Monde de Charlie.




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Sur l'affiche américaine du Monde de Charlie, dominance des couleurs primaires jaune et bleu, visages adolescents, comme dans l'affiche française de Palo Alto.

Les affiches de Palo Alto à l'étranger évoquent tour à tour...


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David Lynch et Brian De Palma (dominance de rouge pour un visage féminin en gros plan)



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Elephant (et Paranoid Park) de Gus Van Sant 

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Une dimension Nouvelle Vague pour le haut, Gus Van Sant pour le bas. Jack Kilmer a un faux air de River Phoenix, acteur fétiche du réalisateur.



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River Phoenix et Keenu Reeves dans My Own Private Idaho, de Gus Van Sant (1991)

River Phoenix à 17 ans
River Phoenix à 17 ans

Jack Kilmer dans Palo Alto
Jack Kilmer dans Palo Alto

Jack Kilmer ressemble également à Peter Sarsgaard dans Another Day in Paradise, d'un certain... Larry Clark.

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La bande annonce, elle, insiste davantage sur l'influence de Gus Van Sant:



Palo Alto, grand arbre malade


Comme Gus Van Sant, Gia Coppola aime à filmer de beaux visages adolescents. Elle montre, avec délicatesse, des adolescents privilégiés dans une banlieue bourgeoise de Californie. Mais ne vous y trompez pas. Palo Alto - grand arbre, en espagnol – est un arbre malade. Ses jeunes fruits y mûrissent mal, gavés qu'ils sont d'ennui et de champagne. Le sexe, la drogue et la vitesse pour tromper leur lassitude, ils vivent dans un univers faussement paisible, berceau de la Silicon Valley.

Ne me demandez pas ce que l'histoire raconte. Le film de Gia Coppola (comme ceux de Sofia, d'ailleurs) est un film d'atmosphère. Elle sait elle aussi filmer l'ennui sans que le spectateur en perde une seconde. On regarde ces morceaux de vie, ces vignettes de chambres d'adolescents, ce montage splendide qui dit la première fois d'une jeune fille, et le contraste d'une autre, qui s'offre très vite aux garçons dans sa chambre rose encore peuplée de jouets d'enfant.

Un pied-de-nez des "fils de" à leurs parents


Les adultes sont quasi absents de ce long métrage: les héros, dans leur jeunesse dorée et perdue, sont livrés à eux-mêmes. Mais il s'agit peut-être d'un pied de nez de Gia Coppola (avec la complicité d'Emma Roberts et Jack Kilmer) aux adultes. Elle semble clamer « chers parents, oncles ou tantes, nous faisons (très bien) sans vous. »

Val Kilmer, présent dans le film en guise de clin d’œil, est le père... d'Emma Roberts, et non de son propre fils. Teddy croise des adultes qui le sermonnent sans jamais le comprendre, à l'exception d'une vieille dame en maison de retraite, redevenue enfant car, comme le dit Shakespeare dans Le Roi Lear, « Old men are babes again » (« les vieillards redeviennent des bébés, » notamment par la manière dont on les traite.) Une conseillère d'orientation met la pression sur les épaules d'April au sujet de son avenir universitaire, quand celle-ci ne pense qu'à ses tourments de femme en bouton. L'entraîneur,  quant à lui, est moins adulte encore que ses élèves.

De Kids à Palo Alto

Affiche de Kids, de Larry Clark (1995)
Affiche de Kids, de Larry Clark (1995)


Presque vingt ans après le Kids de Larry Clark, Gia Coppola nous montre une jeunesse désorientée, dans un tourbillon de sexe, d'alcool et de drogues, sur une bande originale electro-pop fort bien trouvée.

On peut remarquer la proximité des prénoms des deux héros masculins : Telly, skateur new-yorkais chez Larry Clark, qui sème sans le savoir la maladie chez les jeunes filles qu'il dépucelle, et Teddy, alcoolique frôlant la correctionnelle, traînant un peu trop avec Fred, d'une influence néfaste.

Gia Coppola filme le milieu doré de la Silicon Valley plutôt que la misère new-yorkaise. Surtout, elle ne choisit pas, comme Larry Clark, le désespoir. Elle suggère avec finesse, dans la scène finale, le destin de Fred. Pour April, Jack et Emily, ils inspirent confiance dans les décisions qu'ils prennent en définitive, malgré les faux adultes et les mauvaises rencontres.

Des étoiles sont nées


Kids avait révélé le talent de Chloé Sévigny et Rosario Dawson. Palo Alto révèle celui d'une nouvelle génération d'acteurs, et d'une réalisatrice.

C'est drôle comme, sur le visage d'Emma Roberts, se lit tout le paradoxe de Gia Coppola: on reconnaît Julia sur le visage de sa nièce, bien sûr, (voyez cette bouche) mais Emma, en même temps, ne ressemble qu'à elle-même, et promet une beauté toute personnelle qui s'affinera avec les années. C'est avec une insolence subtile que Gia Coppola filme son sourire de Joconde.

Oui, Gia Coppola, comme ses personnages, se cherche, tâtonne, multiplie les expériences. Mais au-delà de toutes ces influences, elle possède une griffe particulière. Sa réalisation ne demande qu'à s'épanouir, prendre de nouveaux chemins, afin que la cinéaste se fasse, comme sa tante avant elle, un prénom.



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