dimanche 22 juin 2014

THE BEST OFFER : L'ART, L'AMOUR ET LE MENSONGE



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Une affiche de choix


L'auteur et réalisateur du chef-d'oeuvre Cinéma Paradiso revient avec The Best Offer. Tout d'abord, une affiche de choix : on y retrouve Geoffrey Rush, formidable Lionel Logue dans le Discours d'un roi. L'acteur australien partage l'affiche avec Donald Sutherland, toujours parfait, et Jim Sturgess, l'inoubliable Jude du film musical Across the Universe.

Du côté féminin, Liya Kebede, irrésistible mannequin dans Le Capital, et l'étonnante Kiruna Stamell, actrice de petite taille quasiment inconnue du public, et au talent très prometteur.

Enfin, n'oublions pas Sylvia Hoeks, dont le visage de madone correspond parfaitement à ce rôle de femme perdue parmi les tableaux.

Entre romance et fantastique


Virgil Oldman est spécialiste d'art et commissaire-priseur renommé. Il collectionne les femmes, ou plutôt leur portrait. La caméra filme amoureusement sa collection, magnifique mais impossible, où l'on peut reconnaître des chef-d'oeuvre internationaux appartenant aux plus grands musées, tels que le portrait de Lucrezia Panciatichi, de Bronzino (1), La Fornarina de Raphaël (2), ou encore le portrait de l'actrice Jeanne Samary de Renoir (3).

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1                         2                          3

Virgil passe donc un temps infini dans sa chambre secrète, entouré de ces femmes peintes par d'autres.

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Son personnage est proche de celui de Jack Nicholson dans Pour le pire et le meilleur (1997) Il ne semble sortir que pour son travail, et souffre d'un Trouble Obsessionnel Compulsif, phobie sociale qui le rend misanthrope, terrifié qu'il est par toute forme de contamination. Ses mains gantées, ses airs de dandy et ses répliques spirituelles font souvent penser à Oscar Wilde.

Puis il rencontre Claire. Enfin, presque. Cette jeune femme mystérieuse est également atteinte de phobie sociale, et refuse de sortir de chez elle, une magnifique villa à faire briller les yeux de tous les antiquaires.

Claire n'est jamais plus fascinante que dans cette présence fantomatique, comme dans les nouvelles d'Edgar Allan Poe, où l'auteur écrivait son obsession des très belles femmes victimes d'un mal étrange. À l'image, cela se traduit par des clins d'oeil plein d'ironie à l'univers du fantastique, à la manière de Hitchcock.

Ceci est un thriller


Virgil, dont le nom réfère au guide de Dante dans La Divine comédie, mènera-t-il Claire à la lumière du jour ? Si la trame apparaît d'abord comme une romance entre deux êtres sur le point de se soigner l'un l'autre, l'envoûtante musique d'Ennio Morricone ne trompe pas : The Best Offer est bel et bien un thriller, comme l'indiquent les affiches italienne et américaine (même si la française a choisi d'insister sur la dimension artistique du film.)

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Le guide se retrouve lui-même guidé par des indices troublants : tout d'abord, les rouages et pièces détachées de quelque automate sans âge, qui aurait été l'oeuvre de Jacques Vaucanson. L'automate devient le symbole d'une quête du cœur, comme dans Hugo Cabret de Scorsese. Les deux automates sont bien sûr un clin d'oeil au plus célèbre robot du cinéma, celui du Metropolis de Fritz Lang.

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Automate de Tornatore

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Automate de Scorsese

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Robot de Fritz Lang

Autre personnage fascinant, l'étrange oracle du café, elle aussi atteinte de TOC, puisqu'elle compte tout avec exactitude. Sa mémoire impressionnante ressemble à celle de l'artiste foraine dans La Fille sur le pont de Patrice Leconte. Une manière pour Tornatore de mettre le personnage en parallèle avec l'oracle mécanique de Jacques Vaucanson, censé dire toujours la vérité.

D'autres indices sont semés sur le chemin de Virgil dans les dialogues, par deux de ses amis, l'un son complice lors des ventes aux enchères, l'autre un jeune confident, qui connaît à la perfection les rouages des machines et des cœurs.

Un film à voir... et à revoir


Et si Virgil Oldman, étonnamment doué pour différencier l'authentique de la contrefaçon, n'était pas infaillible ? Le renversement final, de facture assez classique mais réussi, se penche sur les rouages de la machination. The Best Offer est donc un film à voir, mais aussi à revoir, pour le plaisir de se laisser prendre au piège au premier visionnage, et de repérer les indices au second. Le destin de Virgil fera mentir son prénom de guide pour confirmer son patronyme de vieil homme (Oldman.) Sa fin ressemble à celle de Salieri dans Amadeus de Milos Forman. La réalisation de Tornatore est remarquable, jusqu'au travelling final, majestueux.

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The Best Offer est l'un des plus beaux films de l'année. Il faut donc courir le voir en salles tant qu'il est encore temps. C'est d'ailleurs le temps qui est au cœur du film, où Tornatore nous offre une merveilleuse réflexion sur l'art, l'amour, le mensonge... et le cinéma.






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2 commentaires:

  1. Oui je suis assez d'accord c'est un polar romantique formidable ! Dommage qu'il est été si transparent dans les salles

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    1. Oui, il est resté si peu de temps, hélas !

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