dimanche 22 juin 2014

THE HOMESMAN : LE BOULEVERSANT WESTERN DE TOMMY LEE JONES



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Mary Bee Cuddy, anti-Bridget Jones

Vous pensiez qu'il était difficile, aujourd'hui, d'être femme célibataire à trente ans ? C'est que vous ne connaissez pas la vie de Mary Bee Cuddy, trente-et-un ans, vivant seule au Nebraska... en 1854. Femme de tête, au caractère fort et indépendant, cette pionnière effraie les hommes par son charisme et son initiative. Elle se porte d'ailleurs volontaire pour un voyage périlleux, qui consiste à accompagner trois femmes ayant perdu l'esprit jusqu'à la demeure d'un pasteur dans l'Iowa, l'état voisin.


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Road movie, version conquête de l'Ouest

Le voyage vers « l'état voisin » prendrait de nos jours quelques heures de voiture. Cependant, au cœur du dix-neuvième siècle, il prend cinq semaines, selon la météo et la santé des chevaux. Il faut ajouter à cela les éventuelles mauvaises rencontres, et, surtout, trois femmes instables à l'arrière de la carriole.

C'est ainsi qu'une femme seule entreprend son expédition. Jusqu'à sa rencontre avec un repris de justice, à deux doigts d'être pendu, et qu'elle sauve in extremis de la mort, en l'échange d'un marché : il accompagnerait les quatre femmes à bon port. Une alliance improbable se créé entre la jeune femme autonome et le vieil homme revêche.

Avec The Homesman, Tommy Lee Jones rejoint la tradition américaine du road movie, et la double d'une critique brillante de la conquête de l'Ouest, où tout se règle à la pointe du fusil. Par sa réalisation, il fait preuve de ce qui manque tant au cinéma français : le sens de l'espace. En une série de plans larges, il filme une Amérique rude, abrupte, inhospitalière... et magnifique.


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Le réalisateur dénonce à plusieurs reprises l'importance de la propriété privée, si chère aux Américains, tantôt dans l'hypocrisie d'un tenancier d'auberge huppée, tantôt dans la bouche d'un redneck - péquenaud local – qui considère une femme trouvée sur le bord de la route comme sa propriété.

Un beau travail sur les accents, par ailleurs, rend les dialogues très réalistes. La reconstitution des décors est également soignée. En somme, on s'y croirait.

Une Amérique sans fard, magnifiquement photographiée

La beauté de The Homesman tient beaucoup à sa photographie. Rodrigo Prieto, chef opérateur, a travaillé avec les plus grands réalisateurs, d'Almodovar à Spike Lee en passant par Sean Penn. On lui doit la fabuleuse photographie du Secret de Brokeback Mountain de Ang Lee (2005) Pour le film de Tommy Lee Jones, Prieto revient aux grands espaces, dans un western contemplatif.


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À propos de photographie, l'équipe du film semble s'être inspirée, pour le cadrage et l'allure des personnages, d'une grande photographe américaine, Dorothea Lange. Dans les années 30, elle avait photographié ces nouveaux pionniers que la Grande Dépression avait poussés vers l'ouest, en quête d'une vie meilleure. Ses photos ont fait le tour du monde.

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De l'Amérique de John Ford à celle de Tommy Lee Jones

Le lien entre Tommy Lee Jones et Dorothea Lange, c'est John Ford. Le premier pour l'amour des westerns, la seconde pour cette volonté de montrer des Américains sans fard, dans toute l'âpreté de leur quotidien. Elle photographiait les pauvres, les sans-abri, au visages ridé par la dureté du soleil et les conditions de travail. Elle s'intéressait également à leur migration éprouvante. On retrouve cette Amérique brute dans les films de John Ford, notamment Les Raisins de la colère.


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Trois membres de la famille Joad dans Les Raisins de la colère de John Ford (1940)
  
Dans le film de 1940 inspiré du chef-d'oeuvre de Steinbeck, la famille Joad quittait l'Oklahoma pour la Californie dans un vieux tacot. Chez Tommy Lee Jones, le trajet se fait en sens inverse: en effet, Mary Bee, George et leurs protégées voyagent vers l'est. Ce road movie se fait dans une carriole, qui finit, comme la voiture des Joad, dans un triste état, et devient entre-temps le théâtre du meilleur et du pire des êtres.


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Voiture des Joad dans le film de John Ford

Sous la rudesse, l'émotion

Dans The Homesman, pas de duel au soleil mais, pour une fois, la peinture psychologique de personnages féminins : la folie de deux femmes sur les trois est liée à leur maternité, et le personnage principal, brillamment incarné par Hilary Swank, cache un bloc d'émotions sous ses airs déterminés.

L'actrice fait souvent des choix de rôles judicieux, et sa réputation de garçon manqué - depuis Boys Don't Cry en 1999, en passant par Million Dollar Baby (2004) d'un certain Clint Eastwood - lui permet de jouer des femmes aux vertus soi-disant masculines : la bravoure, la franchise, le sens pratique, le désintérêt pour la coquetterie et la vanité, font de Mary Bee Cuddy une héroïne exemplaire.

Dans sa manière de venir en aide aux femmes laissées pour compte, elle rappelle Anne Sullivan. Née en 1866, elle fut la préceptrice, à la fois patiente et exigeante, de Helen Keller, la jeune fille sourde, aveugle et muette devenue écrivain.


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Anne Sullivan et Helen Keller en1888


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Mary Bee Cuddy (Hilary Swank) et l'une de ses protégées dans
The Homesman

Hilary Swank joue tout en nuances cette pionnière humaine et tragique, face à un Tommy Lee Jones qui s'est taillé un rôle sur-mesure : solitaire, bourru, et curieusement attachant.

Avec The Homesman, Tommy Lee Jones réussit le tour de force d'un western bouleversant et engagé, porté par un merveilleux couple d'acteurs, et une esthétique rarement égalée dans les films du genre. Vous imaginiez qu'il était impossible de mêler le western et le drame avec force et délicatesse? Courez voir ce film tant qu'il joue encore en salles: vous ne serez pas déçus du voyage.




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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpg Pas bon À hurler !