samedi 19 juillet 2014

JEUX INTERDITS: LA GUERRE ET L'INNOCENCE










Les notes de guitare ont fait le tour du monde. La musique, langue universelle, a permis qu'une guitare espagnole devienne la bande originale d'un classique français.

Les premières images de Jeux Interdits ont une valeur quasi-documentaire, tant René Clément donne l'impression de filmer sur le vif. Le film se déroule en juin 1940. C'est la débâcle dans l'armée française, mais aussi dans la population fuyant les bombes allemandes.


Une petite fille perd ses parents dans un bombardement. C'est Paulette, elle a cinq ans. 

La petite Parisienne rencontre un gosse de village. C'est Michel, dix ans, peut-être. Il a le sens pratique de la campagne, et sa famille a le verbe du pays.




En temps de guerre, on joue comme on peut. Michel se joue de ses parents avec malice, pour garder Paulette et éviter son problème de maths. 

Puis ils jouent tous les deux à un jeu interdit.






René Clément peint un tableau de la France pré-collaborationniste: Pétain serrera la main d'Hitler en octobre de la même année. Le réalisateur dénonce, comme Clouzot dans Le Corbeau, les mesquineries villageoises, et fait naître en leur cœur un amour d'enfance. 

Clouzot raillait une France délatrice sous l'Occupation, dans une parabole villageoise qui attaquait avec virulence la lâcheté des êtres sous le régime de Vichy.





Dans Jeux Interdits, René Clément se moque à sa manière des adultes de la France profonde, qui ne pensent qu'à se quereller lorsque les blés sont sous la grêle.


Paulette sera par ailleurs envoyée à Clermont-Ferrand, où le gouvernement français s'installera avant de rejoindre Vichy, ce fameux mois de juin.


Mais avant cela, elle rencontre Michel. 


Telle Antigone, Paulette ne peut supporter les morts sans sépulture. Son soldat inconnu, c'est cet animal de compagnie qu'elle enterre avant tous les autres. Puisqu'elle ne peut empêcher que l'on enterre les hommes comme des bêtes, elle enterrera des bêtes comme des hommes.


Les enfants des pays en guerre jouent souvent à la réalité. Quand on a cinq ans, que peut-on comprendre des combats, de la mort, de la folie des hommes ?


Malgré le drame, dans le film de René Clément, le bonheur éclate par endroits, les fusées lumineuses ce sont les visages de Brigitte et Georges, dont Jeux Interdits a immortalisé l'enfance.






Brigitte Fossey a depuis joué sous la direction de Bertrand Blier et Truffaut, dit les mots de Molière et de Cocteau au théâtre, et a même tenu des rôles notables à la télévision.

Georges Poujouly, lui, a fait une courte apparition dans Les Diaboliques (toujours de Clouzot) et tenait le rôle du voyou dans Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle (1958)






Mais l'on se souviendra de lui surtout comme Michel Dollé, jeune garçon amoureux.






Chaque plan est une photographie de l'époque, une merveille de cadrage et de lumière. Il faut du génie pour faire croire à la simplicité.





Truffaut disait : « Le bonheur se raconte mal. » La beauté aussi. 

Mais la chance a voulu que le chef-d’œuvre de René Clément ressorte en salles le 23 juillet.


7 commentaires:

  1. On peut préférer le volatile et le village français de Clouzot à la guitare et aux larmes de Clément, plus intéressant lorsqu'il filme la séduction du Mal (mâle) dans "Plein Soleil"... Curieusement, l'imagerie et la thématique du film résonnent avec "Children Shouldn't Play with Dead Things" de Bob Clark, lui-même auteur d'une parabole très réussie sur la guerre (du Vietnam) d'après "La Patte de singe" de Jacobs, "Le Mort-vivant", et d'un autre adieu, à l'adolescence, cette fois-ci, avec le mélancolique et atmosphérique "Black Christmas".
    http://lemiroirdesfantomes.blogspot.fr/2014/07/black-christmas-les-inconnus-dans-la.html?view=classic
    PS : votre blog apparaît désormais dans la liste du mien.

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    1. Bonjour Jean-Pascal,

      Je ne trouve pas que Clément fasse dans le mélo. je suis à ce titre de l'avis d'Olivier Père (j'ai vu que vous aviez commenté son article également): http://www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/2014/07/23/jeux-interdits-de-rene-clement/

      Vous avez vu tant de films, Jean-Pascal. Dormez-vous la nuit ? :-)

      Bonnes séances !

      Marla

      PS: Je vais vous ajouter en site partenaire avec plaisir également.



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    2. Bonsoir Marla,
      Merci pour la liste.
      Oui, je dors la nuit, mais je partage l'avis de Cioran - "Le sommeil est une mauvaise habitude" - et celui de Fassbinder : "Je me reposerai quand je serai mort"...
      Quant aux larmes de cinéma, détrompez-vous, il m'arrive de les goûter aussi, et je loue fort les mélodrames signés par Sirk (tous), Moretti ("La Chambre du fils"), Cronenberg ("M. Butterfly") ou la regrettée Christine Pascal ("Le Petit Prince a dit"), parmi beaucoup d'autres. Si le genre demeure encore largement sous-estimé, comme l'horreur, il n'en constitue pas moins avec lui, à notre sens, l'une des meilleures expressions de la catharsis d'Aristote (faire éprouver au spectateur la terreur et la pitié) - on peut donc dire qu'il s'agit bien de deux formes essentiellement tragiques.
      Bons films également et à bientôt sur nos blogs !

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    3. Oh, "Le Petit prince a dit" ! Qu'il est joli, ce film ! Je l'ai vu à la télévision il y a bien longtemps. Je ne suis jamais contre un bon mélo avec Bette Davis dedans. J'ai été émue par "La Chambre du fils" moi aussi. Je pleure devant trois films, seulement: "Jeux Interdits," "La Vie est belle" de Benigni, et "Cinema Paradiso." (je sais, vous n'êtes pas fan, mais cette scène de retrouvailles d'amour sur la musique de la fille de Morricone ! https://www.youtube.com/watch?v=0D_3c0T60GI&list=PLBCF21477CAACF667&index=6

      A bientôt!

      Marla

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    4. Oui, Morricone père et fils collaborèrent à bon escient, sur ce film récompensé ou l'émouvant "Lolita" et l'éprouvant "Syndrome de Stendhal", l'un des meilleurs Argento.
      Un mélodrame avec Bette Davis ? Votre vœu exaucé ici :
      http://lemiroirdesfantomes.blogspot.fr/2014/07/linsoumise-bette-davis-eyes_7.html?view=classic

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    5. Ah, oui ! Andrea Morricone est un garçon ! Le jeune homme dans La Chambre du fils s'appelle également Andrea. Pour Le Syndrôme de Stendhal, je sais qu'Asia joue dedans. Argento a-t-il aussi un fils ?

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    6. Non, mais une seconde fille, demi-sœur aînée d'Asia et dessinatrice de mode, joliment prénommée Fiore, torturée en ligne par papa dans "The Card Player" - sacré Dario...

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