mercredi 30 juillet 2014

NEW YORK MELODY: LES ÉTOILES PERDUES DE JOHN CARNEY








Il faut courir voir New York Melody, bijou de musique et de légèreté. D'accord, le titre donne le sentiment d'une comédie romantique vue cent fois, et Keira Knightley n'arrange pas nos affaires. 

Une histoire de titre


Traduction sans en être une de "Begin Again", le titre "français" prend les spectateurs pour des imbéciles, trop nuls en anglais pour comprendre le titre original qui, il faut l'admettre, est d'une difficulté insurmontable. Le titre original n'est pas assez vendeur, sans doute, alors on nous sert une traduction "transparente," facile à prononcer et à retenir, qui trahit le propos du film, et l'intention du réalisateur.


John Carney, réalisateur de New York Melody


Pris au premier degré, le titre "Begin Again" nous vend effectivement une comédie romantique. "Recommencer." Repartir de zéro, pour un paumé alcoolique, producteur fatigué incompris de sa fille et méprisé de sa femme. Repartir de zéro également, pour une jeune fille à l'âme d'artiste refusant les compromis - et la compromission - qu'exige l'industrie du disque. Elle vient d'ailleurs de perdre son compagnon qui, lui, s'est laissé prendre au piège.

Mais "Begin Again," si on le prend comme une suite à peine voilée de "Once," premier succès du réalisateur John Carney, apparaît comme sa confession musicale.


"Once," comme le titre l'indique, était une expérience unique. Le titre "Begin Again" donne l'impression (trompeuse) qu'il faudrait tourner "Once" une seconde fois, avec des moyens hollywoodiens pour donner au film la dimension qu'il mérite.

New York Melody: "Once"...  Again ?


Vous n'avez pas vu Once? Pas très étonnant, vu qu'il s'agit d'un film irlandais sorti en 2007, tourné entre potes avec deux caméras au poing pour 180.000 euros (une bagatelle pour un long-métrage.) "Once" contait aussi l'histoire de deux paumés qui se rencontraient musicalement, et créaient un album ensemble avant de reprendre leur route.



La différence entre Once et New York Melody? Plusieurs millions d'euros. on ne connaît pas le budget exact de New York Melody, mais  Orgueil et Préjugés, toujours avec Keira Knightley, avait coûté 22 millions et, pour vous donner un ordre d'idée, le tout dernier Harry Potter a coûté 150. Autant dire que le budget de Once aurait tout juste couvert les pauses café.

Alors, voilà ma crainte avant de voir New York Melody (le titre ne devient pas meilleur à force de l'écrire) : s'agit-il d'un remake new-yorkais de Once 

Once se déroulait à Dublin, avec des acteurs du coin au bon accent irlandais, l'argot de la capitale et les paysages de la région.

Dans le film, Glen Hansard joue de sa guitare trouée sur Grafton Street. 



C'est Dublin en instantané, ses musiciens grandioses qui ne percent pas, et jouent pour quelques sous à l'heure où Irlande, pourtant, est surnommée le "Tigre Celtique," en ces années de faste économique que le monde lui enviait. En 2008, cependant, la crise replongeait les Irlandais dans la misère, les musiciens comme les autres.


Conte de fées pour une bande de potes


Puis il est arrivé un conte de fées à cette bande de copains sans argent: le film a eu son petit succès en Irlande, et la chanson du film, "Falling Slowly," a décroché l'oscar, justement en 2008. La petite ballade remportait la statuette face au géant de Disney, Alan Menken, qui avait si souvent raflé la mise. Il était pourtant nominé trois fois cette année-là pour la BO de "Il Était une fois." 

Voici l'extrait du film où le spectateur a le sentiment d'assister à la genèse de "Falling Slowly":


                        


Les duos musicaux ont la cote au cinéma. L'an dernier, Alabama Monroe faisait pleurer d'émotion avec sa bande originale et sa trame bouleversantes:




New York Melody: les clichés évités ?


On remercie John Carney d'avoir tourné les clips de Dan et Gretta dans des rues de New York que les touristes ne voient jamais, loin de l'Empire State Building et autres statues bleues.

Oui, mais voilà. John Carney, qui a vécu toute sa vie à Dublin, est aussi new-yorkais que Louis de Funès. S'il évite soigneusement les clichés du point de vue des lieux de tournage, il tombe en plein dedans quand il raille l'industrie musicale, peuplée seulement, dans son film, d'hypocrites, d'arrogants, et d'hommes d'affaires carnassiers. 

Le pire stéréotype est celui du gros producteur de rap, "hugger" compulsif (il aime faire des câlins à l'américaine) qui improvise du mauvais rap et se prélasse dans son jacuzzi.

Une musique qui transcende l'ensemble


Les faiblesses du film et son aspect inégal sont largement compensés par une bande originale formidable. John Carney croit dur comme fer aux rencontres-éclair transcendées par la musique, et qui ont le don de transformer les existences.

Gretta s'aperçoit que son homme la trompe en écoutant les paroles d'une chanson qui, elle le sait, s'adressent à une autre. L'album qu'elle composera l'aidera à faire son deuil, achevé en beauté par la chanson finale. 

  


"Lost Stars," chanson principale du film, permet à Dave, son ancien amant devenu rock star, (le chanteur Adam Levine) de demander pardon. Il n'est pas sans rappeler, par ce geste, un certain Tommy Gnosis dans Hedwig and the Angry Inch, l'épatante odyssée musicale de John Cameron Mitchell, sortie en 2001:







John Carney aurait dû faire une comédie musicale. Les scènes non-musicales, dans New York Melody, tournent court. 

Une belle affiche


Au début du film, la musique jaillit tout de suite, et l'on découvre, dans une surprise délicieuse, que Keira Knightley chante fort bien.






Son look garçon manqué (qui lui avait servi dans le rôle d'Elisabeth pour Orgueil et Préjugés) lui permet d'incarner de manière crédible cette artiste nature.

Mark Ruffalo joue avec justesse le beauf paumé sauvé par le talent d'une jeune chanteuse. Sa vie sentimentale, assez complexe, rappelle Boyhood, sorti récemment: elle est montrée avec le même désir de réalisme et de sincérité. On retrouve avec joie Catherine Keener, toujours remarquable, dans le rôle de son épouse.

Le passage d'échange de morceaux préférés évoque la légèreté des films de Woody Allen, les bœufs entre musiciens sont d'un enthousiasme communicatif. Les textes des chansons, plus fins qu'il n'y paraît, servent de dialogues aux personnages.





Mark Ruffalo et Keira Knightley dans New York Melody

La confession de John Carney


Est-ce que Once était-il meilleur que New York Melody ? Aucune importance. On fait sans doute un film plus crédible sur les artistes fauchés quand on l'est soi-même. Ici, on a de jolis pauvres façon Hollywood. 

John Carney a-t-il éprouvé la même peur que les fans de Once ? Que l'original perde son âme dans une pâle copie ? Les paroles de "Lost Stars" sont à ce titre éclairantes. 


John Carney, en parlant d'étoiles perdues, confesse peut-être sa crainte de perdre son âme en passant la porte de Hollywood. Mais il a été prudent: ses distributeurs sont une mini-major (the Weinstein Company) et la maison de disques appartient à Adam Levine, chanteur et acteur du film.


La fin de New York Melody est d'ailleurs un beau pied-de-nez à l'industrie du disque.



Un joli film sur l'amour perdu puis retrouvé


John Carney a réussi la prouesse de rassembler une belle pléiade d'acteurs, et va connaître un succès fou avec une BO qui bénéficie des meilleurs arrangements. Elle contraste en cela avec celle de Once, où les protagonistes enregistraient leur démo dans un quartier vétuste de Dublin pour 2000 euros.

L'argent hollywoodien permet de faire un succès plus instantané, plus efficace, et l'on se jette effectivement sur l'album en sortant de la salle. Puis on flotte, heureux d'avoir vu un joli film, où la musique raconte l'amour perdu puis retrouvé.








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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !