vendredi 15 août 2014

LA MORT AUX TROUSSES: CARY GRANT A RATÉ L'AVION





Cette image est restée célèbre comme l'une des meilleures scènes au cinéma, un bijou d'action et de suspense.

Un classique comme vous ne l'avez jamais vu


Je n'ai jamais compris pourquoi les étudiants en cinéma payaient des écoles privées 7000 euros l'année, pour se forger une culture générale qu'ils peuvent obtenir pour beaucoup moins cher: en allant voir, tout simplement, les rééditions en salles.

Ça en vaut la peine. la version restaurée de La Mort aux Trousses nous offre le film comme nous aurions toujours dû le voir: avec un son stéréo, une image Technicolor magnifiée, dans une belle salle confortable comme celle d'un UGC, ou celle, pleine de charme, du Nouvel Odéon.






Le générique est déjà jubilatoire. Loin des violons stridents de Psychose, le rythme enlevé promet deux heures de divertissement hollywoodien teinté de suspense. 

Le titre qui s'affiche, North by Northwest, semble, étonnamment, en-dessous de sa traduction française, "La Mort aux trousses." Un plaisir à savourer, à l'heure où les distributeurs, pour d'obscures raisons, choisissent de fausses traductions de titre. Les sous-titres français de La Mort aux trousses sont également réussis.


Hitchcock, génie comique


Vous avez bien lu. Hitchcock est un génie comique. Quand vous pensez "Hitchcock," vous pensez peut-être à un British qui fait la gueule, tout en éprouvant un malin plaisir à vous foutre la trouille.




Mais si l'on y regarde de plus près, Hitchcock use beaucoup du ton sarcastique cher aux anglais, et nous fait rire autant qu'il nous fait frémir.

La Mort aux trousses est à Hitchcock ce que Beaucoup de bruit pour rien est à Shakespeare: la preuve que les tragédiens peuvent être des génies de la comédie.

Hitchcock a d'ailleurs réalisé une comédie désopilante appelée Qui a tué Harry ? où des villageois, plutôt que de s'accuser les uns les autres du meurtre d'un voisin, viennent se livrer chacun leur tour. Un peu comme dans L'Assassin habite au 21, de Clouzot, mais en plus cocasse. Il n'y a pas de sous-titres dans cette bande-annonce, hélas, mais les dialogues sont assez simples:





Hitchcock avait aussi le talent du choix des acteurs, et Cary Grant, connu pour son charisme et son talent comique, était tout trouvé pour incarner Roger Tornhill.

Un beau trio d'acteurs


On se souvient de Cary Grant dans L'Impossible Monsieur Bébé, de Howard Hawks (1938) où il jouait un archéologue timide entraîné malgré lui dans une aventure rocambolesque.


Qu'est qu'il y a ? Ça vous étonne, Cary Grant dans la robe de chambre de Katherine Hepburn?

En plus d'un sens de l'auto-dérision extraordinaire, Olivier Père y a vu un coming out discret.

L'aisance comique de Cary Grant lui permet de dire les dialogues spirituels de Hitchcock avec un naturel déconcertant, élégance dont seuls les britanniques ont le secret.

Au cœur du film, il rencontre une blonde divine dans un train. 



Eva Marie Saint correspond au canon hitchcockien: blonde à la beauté classique et à la démarche gracieuse.

On oublie souvent, et c'est très injuste, la présence de James Mason dans le rôle du méchant. Son charme incroyable illuminera le Lolita de Kubrick trois ans après La Mort aux trousses.


James Mason (Phillip Vandamm) dans La Mort aux trousses (1959)



Sue Lyon et James Mason dans Lolita, de Stanley Kubrick (1962)



Cary Grant rasé de près


Cary Grant apparaît toujours impeccablement rasé. Dans La Mort aux trousses, il fait même semblant de se raser dans les toilettes pour échapper à des malfrats.

Mais dans le film, ce n'est pas le seul moment où il est rasé de près.

Le titre de mon article est trompeur: c'est l'avion qui rate (de peu) Cary Grant, et non l'inverse. Rien que pour cette scène d'anthologie, il faut revoir le film en salles. Le ramdam de l'avion, Cary Grant caché dans un champ de maïs, l'issue follement humoristique de la scène.



Tout est bon à prendre dans La Mort aux trousses. Musique, dialogues, rythme, humour et action, avec une mention spéciale pour la scène de la vente aux enchères.

(Re)découvez un film hollywoodien de la grande époque du Technicolor. Ne ratez pas La Mort aux trousses au cinéma. Ce serait un crime.



Le casting de La Mort aux trousses dans un moment musical peu apprécié de Cary Grant





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2 commentaires:

  1. Bonjour Marla,

    On peut s’interroger sur la pertinence des restaurations : celle de "Sueurs froides" semblait davantage répondre à des critères commerciaux – mettre au goût du jour, notamment sonore, une œuvre du passé, dupliquant sans le vouloir le sujet même du film – que relever de la sauvegarde patrimoniale. Entité organique, capable de vieillir, d’acquérir les défauts d’une peau humaine, le long métrage sur pellicule, avant la fausse immortalité promise par le support numérique, reflète les spectateurs jusque dans sa « chair ». Vouloir ressusciter les fantômes d’un art par essence funéraire (bien que tourné du côté de la vie) sous des habits de lumière contemporains peut donc vite s’avérer vain et dangereux, en miroir du jeunisme sociétal et culturel…

    Le fandango de l’ouverture nous entraîne en effet dans l’élan d’un road movie identitaire, avec la qualité obsédante des compositions de Bernard Herrmann (superbe thème d’amour tragique dans le train), bien assortie au graphisme perspectiviste de Bass sur des buildings phalliques, en écho ironique à ce pauvre petit enfant riche mais immature de Thornhill, chaperonné par sa mère avant Norman Bates. Le titre emprunté à Shakespeare et à son prince fou et vengeur (complexe d’Œdipe et non plus d’Électre) nous emporte également, donnant les repères spatiaux de cette carte de Tendre.

    Vous soulignez à raison l’humour hitchcockien, présent aussi dans "Psychose", comédie noire et barbare, ou dans le testamentaire et ludique "Complot de famille" (Hitchcock n’y apparaît plus que sous la forme d’une ombre spectrale derrière une vitre opaque), itou scénarisé par l’excellent Ernest Lehman, et la suavité létale de James Mason, admirable encore en Hollandais volant pour Ava Gardner (autre rêve de cinéma), acoquiné au très 'gay' Martin Landau, qui le regarde ainsi que Stephen Boyd Charlton Heston dans "Ben-Hur".

    "La Mort aux trousses", autoportrait en creux, justement, de Cary Grant en publicitaire aussi vide que son initiale, prenant corps au contact de la fiction, des péripéties qui relisent de façon inversée, joyeuse, le mélodrame platonicien de "Sueurs froides", servira de matrice narrative et méta pour "Mission impossible", où De Palma égarait Tom Cruise – que vous n’aimez pas mais que nous apprécions, sans rancune – au pays des apparences œdipiennes (encore !) et bibliques, à la recherche d’une autre blonde et surtout d’une vérité sur le cinéma et les personæ s’y mirant (dont les nôtres). Les deux fables sur l’identité, le désir et les imageries capitalistes (la publicité, le blockbuster) se terminent par l’entrée d’un train dans un tunnel, celui de l’amour pour Grant (ah, Eva Marie Saint) et celui de la survie pour Cruise (avec la répétition infernale d’une énième mission qui l’attend) – quoi de plus naturel, pour des œuvres réfléchissant à ce point sur elles-mêmes, que de finir par un clin d’œil à l’image originelle des frères Lumière… Où descendent les passagers du train fou, Ethan, Roger ou le spectateur (la spectatrice) ? En gare de La Ciotat, bien sûr…




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    1. Quel plaisir de vous retrouver, Jean-Pascal !

      Je ne sais pas si je suis à fond pour la pellicule chimique. Je me souviens d'avoir vu le merveilleux film "The Shop Around teh Corner" en réédition dans l'une des salles du Quartier Latin, sur une vieille bobine. Eh bien le film a été coupé plusieurs fois en cours de séance ! Un vrai désastre. Certains spectateurs ont quitté la salle...

      Je ne sais pas si un film a plus "d'âme" sur pellicule chimique. Je sais que j'ai envie de conserver les oeuvres en bon état, et qu'hélas tout support est voué à la détérioration...

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