vendredi 8 août 2014

LUCY: SCARLETT JOHANSSON, DE WONDER WOMAN À NIKITA






Luc Besson a toujours été fasciné par les femmes d'action. Il les choisit à son goût (Anne Parillaud et Mila Jovovitch sont devenues ses compagnes) et les dirige à l'écran.

Luc Besson, vilain plagiaire ?


Besson a tourné Le Cinquième élément en 1997. Son long-métrage était déjà une série de plagiats éhontés de films de SF des années 80. Il suffit de regarder la bande annonce:







Les voitures volantes sont tantôt empruntées à Blade Runner, tantôt à Retour vers le Futur. La scène de chute de Leeloo est pompée sur Ghost in the Shell, sorti deux ans avant. La diva est piquée au film du même nom, de Jean-Jacques Beineix (1981)

Le Cinquième élément marque le début de la carrière commerciale de Besson: il réalise des films efficaces, qui cartonnent au box office mais dont le scénario est léger, voire inexistant.


Jeanne d'Arc, cependant, sorti en 1999, était réussi. En même temps, pas besoin d'inventer le scénario, il suffit de reprendre les travaux des historiens.



De Super Jaimie à Wonder Woman


Lucy, hélas, n'échappe pas à la règle des blockbusters à la Besson. Son idée de départ est copiée elle aussi, mais sur les séries télévisées des années 70, à savoir Wonder Woman et Super Jaimie.

Si l'on regarde le générique de Super Jaimie, qui raconte comment Jaime Sommers a été changée en femme bionique, on retrouve sans effort le "scénario" de Lucy.



On reconnaît également un aspect Wonder Woman dans ce blockbuster, même si le personnage de BD avait de l'astuce et des gadgets (à l'image de Batman) plutôt que des super-pouvoirs.





Ces femmes super-héros ont toutes été créées par des hommes. Ce sont des femmes d'action, certes, et souvent de tête, mais elles ont toutes un point commun: elles sont sexy.

Grosse poitrine, tenue moulante laissant peu de place à l'imagination, les héroïnes sont souvent l'incarnation de fantasmes masculins. Elles ont cependant un avantage: elles séduisent par la même occasion un public féminin, là où Superman et sa bande étaient considérés comme des héros "pour garçons."


Lucy: l'auto-plagiat de Luc Besson


Après avoir plagié les intrigues et les personnages des autres, Besson semble, dans Lucy, passer à l'auto-plagiat.

Lors du premier quart d'heure, les fans du réalisateur ont la sensation agréable de revoir ses meilleurs films, Nikita et Léon. En effet, comme Nikita, Lucy est d'abord victime. Prise dans une grosse machine qu'elle ne maîtrise pas, elle finira par prendre sa revanche.




Les premières scènes de Lucy montrent à nouveau un Besson sentimental, qui tient à ce que l'on s'attache au personnage avant qu'elle ne perde toute humanité.

La réalisation (les morts dans l'hôtel) rappelle la tuerie dans l'immeuble de Matilda, pour Léon, sorti il y a tout juste vingt ans.


Léon, bien que formidable, reprenait lui aussi la trame d'un grand film, en inversant les sexes.


Gloria, de John Cassavetes (1980)


Dans Gloria, de John Cassavetes, c'est une femme, revolver au poing, qui protégeait un petit garçon des gangsters.

Hélas, à partir du moment où Lucy est changée en super-héroïne (au sens propre, c'est une drogue qui la transforme) le film devient un blockbuster grossier, où une nana sexy tire sur tout ce qui bouge.

Lucy: un autre blockbuster


Besson, au lieu de continuer dans la veine de réalisateur, se laisse emporter par son côté producteur. C'est ainsi que l'auto-plagiat continue, sur Taxi, cette fois.



Le film de Gérard Pirès a eu tant de succès qu'il est devenu une tétralogie. Comédie facile, effets spéciaux, course-poursuite en voiture, tout y était pour faire de l'argent, mais le scénario, lui, passait sous les roues. On trouve les ingrédients de Taxi dans la course-poursuite de Lucy à travers les rues parisiennes.




Lucy comporte des énormités risibles, comme quand la jeune femme entre dans l'hôtel menottée à une valise dans une mission qui se veut discrète, la menotte bien en évidence par-dessus sa veste noire, sans que personne ne s'en étonne.

Morgan Freeman et Min-sik Choi: une fausse légitimité




Pour donner de l'épaisseur à ce qui n'est que vent, rien de tel que de grands acteurs, qui choisissent habituellement bien leurs rôles. 


Morgan Freeman dans Lucy, de Luc Besson


Ces dernières années, Morgan Freeman semble jouer chaque fois le même rôle, celui du scientifique sceptique, qui donnera finalement raison au héros du film pour asseoir sa crédibilité.

Ce fut le cas dans Insaisissables, où la mise en scène haletante faisait oublier les invraisemblances de l'intrigue.


Insaisissables (Now You See Me) de Louis Leterrier (2013)

Dans Lucy comme dans Transcendance, Morgan Freeman joue un scientifique pour donner un vernis intellectuel au blockbuster, et donner l'illusion d'un film intéressant, voire intelligent, quand il ne contient que des coups de feu.

Les images type documentaire animalier sont grossièrement mises en parallèle avec le destin de l'héroïne, les stocks shots ne parviennent pas à donner au blockbuster un semblant d'âme. Les effets spéciaux (passages dans le cerveau des personnages, par exemple) peuvent évoquer la fluidité de la caméra de David Fincher dans Fight Club, sans la critique de fond d'une société en chute.

On se demande enfin ce que Min-sik Choi vient faire là, figure splendide de Old Boy



Min-sik Choi dans Old Boy de Chan-wook Park (2003)


Min-sik Choi, gros méchant sud-coréen dans Lucy


Scarlett Johansson a elle aussi joué beaucoup mieux, et dans des rôles bien plus profonds.


Scarlett Johansson dans A Love Song for Bobby Long de Shainee Gabel (2004) 


Luc Besson homme d'affaires


Une belle affiche et des effets spéciaux spectaculaires n'ont jamais sauvé une absence de scénario.

Lucy, cependant, a fait 354 000 entrées le jour de sa sortie en France.

C'est le nombre d'entrées que peut espérer un film français lambda qui marche bien, en cumulant tout le temps qu'il passe en salles.

Luc Besson nous prouve une fois encore que, s'il n'est plus un réalisateur de talent, il est devenu un homme d'affaires inégalé. 





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orange star.jpg Pas bon À hurler !