vendredi 8 août 2014

LUCY: SCARLETT JOHANSSON, DE WONDER WOMAN À NIKITA






Luc Besson a toujours été fasciné par les femmes d'action. Il les choisit à son goût (Anne Parillaud et Mila Jovovitch sont devenues ses compagnes) et les dirige à l'écran.

Luc Besson, vilain plagiaire ?


Besson a tourné Le Cinquième élément en 1997. Son long-métrage était déjà une série de plagiats éhontés de films de SF des années 80. Il suffit de regarder la bande annonce:







Les voitures volantes sont tantôt empruntées à Blade Runner, tantôt à Retour vers le Futur. La scène de chute de Leeloo est pompée sur Ghost in the Shell, sorti deux ans avant. La diva est piquée au film du même nom, de Jean-Jacques Beineix (1981)

Le Cinquième élément marque le début de la carrière commerciale de Besson: il réalise des films efficaces, qui cartonnent au box office mais dont le scénario est léger, voire inexistant.


Jeanne d'Arc, cependant, sorti en 1999, était réussi. En même temps, pas besoin d'inventer le scénario, il suffit de reprendre les travaux des historiens.



De Super Jaimie à Wonder Woman


Lucy, hélas, n'échappe pas à la règle des blockbusters à la Besson. Son idée de départ est copiée elle aussi, mais sur les séries télévisées des années 70, à savoir Wonder Woman et Super Jaimie.

Si l'on regarde le générique de Super Jaimie, qui raconte comment Jaime Sommers a été changée en femme bionique, on retrouve sans effort le "scénario" de Lucy.



On reconnaît également un aspect Wonder Woman dans ce blockbuster, même si le personnage de BD avait de l'astuce et des gadgets (à l'image de Batman) plutôt que des super-pouvoirs.





Ces femmes super-héros ont toutes été créées par des hommes. Ce sont des femmes d'action, certes, et souvent de tête, mais elles ont toutes un point commun: elles sont sexy.

Grosse poitrine, tenue moulante laissant peu de place à l'imagination, les héroïnes sont souvent l'incarnation de fantasmes masculins. Elles ont cependant un avantage: elles séduisent par la même occasion un public féminin, là où Superman et sa bande étaient considérés comme des héros "pour garçons."


Lucy: l'auto-plagiat de Luc Besson


Après avoir plagié les intrigues et les personnages des autres, Besson semble, dans Lucy, passer à l'auto-plagiat.

Lors du premier quart d'heure, les fans du réalisateur ont la sensation agréable de revoir ses meilleurs films, Nikita et Léon. En effet, comme Nikita, Lucy est d'abord victime. Prise dans une grosse machine qu'elle ne maîtrise pas, elle finira par prendre sa revanche.




Les premières scènes de Lucy montrent à nouveau un Besson sentimental, qui tient à ce que l'on s'attache au personnage avant qu'elle ne perde toute humanité.

La réalisation (les morts dans l'hôtel) rappelle la tuerie dans l'immeuble de Matilda, pour Léon, sorti il y a tout juste vingt ans.


Léon, bien que formidable, reprenait lui aussi la trame d'un grand film, en inversant les sexes.


Gloria, de John Cassavetes (1980)


Dans Gloria, de John Cassavetes, c'est une femme, revolver au poing, qui protégeait un petit garçon des gangsters.

Hélas, à partir du moment où Lucy est changée en super-héroïne (au sens propre, c'est une drogue qui la transforme) le film devient un blockbuster grossier, où une nana sexy tire sur tout ce qui bouge.

Lucy: un autre blockbuster


Besson, au lieu de continuer dans la veine de réalisateur, se laisse emporter par son côté producteur. C'est ainsi que l'auto-plagiat continue, sur Taxi, cette fois.



Le film de Gérard Pirès a eu tant de succès qu'il est devenu une tétralogie. Comédie facile, effets spéciaux, course-poursuite en voiture, tout y était pour faire de l'argent, mais le scénario, lui, passait sous les roues. On trouve les ingrédients de Taxi dans la course-poursuite de Lucy à travers les rues parisiennes.




Lucy comporte des énormités risibles, comme quand la jeune femme entre dans l'hôtel menottée à une valise dans une mission qui se veut discrète, la menotte bien en évidence par-dessus sa veste noire, sans que personne ne s'en étonne.

Morgan Freeman et Min-sik Choi: une fausse légitimité




Pour donner de l'épaisseur à ce qui n'est que vent, rien de tel que de grands acteurs, qui choisissent habituellement bien leurs rôles. 


Morgan Freeman dans Lucy, de Luc Besson


Ces dernières années, Morgan Freeman semble jouer chaque fois le même rôle, celui du scientifique sceptique, qui donnera finalement raison au héros du film pour asseoir sa crédibilité.

Ce fut le cas dans Insaisissables, où la mise en scène haletante faisait oublier les invraisemblances de l'intrigue.


Insaisissables (Now You See Me) de Louis Leterrier (2013)

Dans Lucy comme dans Transcendance, Morgan Freeman joue un scientifique pour donner un vernis intellectuel au blockbuster, et donner l'illusion d'un film intéressant, voire intelligent, quand il ne contient que des coups de feu.

Les images type documentaire animalier sont grossièrement mises en parallèle avec le destin de l'héroïne, les stocks shots ne parviennent pas à donner au blockbuster un semblant d'âme. Les effets spéciaux (passages dans le cerveau des personnages, par exemple) peuvent évoquer la fluidité de la caméra de David Fincher dans Fight Club, sans la critique de fond d'une société en chute.

On se demande enfin ce que Min-sik Choi vient faire là, figure splendide de Old Boy



Min-sik Choi dans Old Boy de Chan-wook Park (2003)


Min-sik Choi, gros méchant sud-coréen dans Lucy


Scarlett Johansson a elle aussi joué beaucoup mieux, et dans des rôles bien plus profonds.


Scarlett Johansson dans A Love Song for Bobby Long de Shainee Gabel (2004) 


Luc Besson homme d'affaires


Une belle affiche et des effets spéciaux spectaculaires n'ont jamais sauvé une absence de scénario.

Lucy, cependant, a fait 354 000 entrées le jour de sa sortie en France.

C'est le nombre d'entrées que peut espérer un film français lambda qui marche bien, en cumulant tout le temps qu'il passe en salles.

Luc Besson nous prouve une fois encore que, s'il n'est plus un réalisateur de talent, il est devenu un homme d'affaires inégalé. 





D'accord, pas d'accord avec l'article ? Postez un commentaire !



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33 commentaires:

  1. Ronronnements à lire tes articles, Marla Singer... Non seulement ils sont érudits et documentés, mais en plus, ton écriture caustique se pose en contrepoint des images accrocheuses que tu nous donnes à voir, en particulier dans cette critique de Lucy.
    Le chat (siamois de surcroît) que je suis ne peut que se réjouir de découvrir qu'il existe encore des deux-pattes au regard lucide.

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    1. Un grand merci, Monsieur le Chat. De votre côté, continuez d'écrire, et de faire glisser vos griffes sur les planches...

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  2. Merci pour cette critique sérieuse, argumentée et respectueuse.

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    1. C'est gentil à vous.

      Revenez nous voir !

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  3. Bonjour,

    De nouveau un grand plaisir à lire votre critique et l'apport cinéphilique incroyable. J'ai encore du travail pour réussir à voir toutes les références auxquelles vous faites allusion.
    Certes, le film n'est pas parfait : Besson a recours à des facilités scénaristiques incroyables (comme souvent... il l'avait fait avec Jeanne d'Arc en se permettant certaines libertés historiques, excusées par le manque de sources sur certains points...) et par moment, on peut reconnaître que certains effets spéciaux sont limites. Mais on ne peut lui reprocher les références à des maîtres du cinéma : Kubrick, Malick ou encore Nolan et Winding Refn également... en cherchant à les copier, il n'arrive pas à les égaler mais essaye de rendre un spectacle attrayant.
    Je suis complètement d'accord quant au rôle récurrent de Morgan Freeman qui cachetonne de plus en plus (sans doute cherche-t-il une série télé avec un héros de scientifique récurrent ?!) et le sous-emploi de Min-sik Choi à la limite même du caricatural par moment.
    En revanche, Scarlett n'est pas réduite à la portion belle femme et beau corps que vous décrivez. J'interpréterai plus ce choix comme une envie de Besson de déshumaniser mademoiselle Johansson en objet de désir qu'elle ne souhaite plus être avec l'évolution de ses capacités intellectuelles.

    Le film n'est donc pas exempt de scories mais j'y ai vu un divertissement agréable où par moment, j'ai retrouvé le Besson que j'apprécie : celui de Léon et Nikita ou même un peu les fulgurances d'Angel-A (que je dois être le seul à aimer).

    Toujours un réel plaisir d'échanger avec vous et de vous lire. Je vous souhaite de bonnes séances comme vous avez coutume de me le dire.
    À bientôt !

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    1. Bonjour Emmanuel,

      C'est également une joie de vous lire.

      Je pense, hélas, que Besson dépasse le stade de la référence à d'autres réalisateurs. Il pille. Les idées des autres et les archétypes de personnages. Il n'a pas besoin de copier pour rendre son spectacle attrayant. Besson sait réaliser de scènes haletantes efficaces, sans pomper sur autre chose (Nikita, entre autres)

      Je ne suis pas sûre que Besson soit sexiste. Je crois juste qu'il s'inscrit dans une "tradition" de super-héroïnes aux formes généreuses qui existe depuis els débuts du Comic (Marvel, surtout.) On ne voit jamais dans ses BD de femmes intéressantes au phyique ordinaire.

      C'est peut-être pour cela que j'aime Nikita: Anne Parillaud n'est pas girly, pas glamour, elle porte des cheveux courts qui ont fait sa signature. Dans la seconde partie du film, on se rend compte qu'il s'agit d'une belle femme, grâce à l'aide du personnage de Jeanne Moreau.

      Mais non, vous n'êtes pas le seul à aimer Angel-A ! il est charmant, ce film. Il est même émouvant. On y retrouve Jamel Debbouze dans le genre de rôle où il excelle: le maladroit touchant.

      A bientôt, Emmanuel, continuez d'écrire !

      Marla

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  4. Tombée sur cet article après avoir lu les commentaires sous la critique du Plus du Nouvel Obs, je tenais juste à dire que Beineix, c'est Jean-Jacques, et non Jean-Louis...

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    1. Ah oui, tiens. Je vais corriger.

      Merci de l'info !

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  5. J'aime bien ce que vous écrivez sur le film car vous ne tombez pas dans le rejet un peu systématique de Besson de vos confrères professionnels ou en mal de l'être. Mais je ne suis pas d'accord avec votre principale critique, le pillage - sur lequel vous revenez ensuite en commentaire. Le jugement est sévère surtout si on se rappelle que les artistes et les oeuvres se nourrissent (plutôt que pillent) l'existant pour le transformer et tenter de le transcender. On peut trouver le résultat en dessous du modèle, mais confondre plagiat et inspiration me semble déjà un jugement de valeur un peu insidieux - tandis qu'un Tarantino qui se sert d'une foule de références dans tous ses films ne doit pas si souvent faire face à la même accusation.
    Après je vous rejoins sur votre conclusion, Besson n'est peut-être pas le grand réalisateur français des 25 dernières années, mais il trace un sillon assez cohérent d'une oeuvre à l'autre avec un goût pour les histoires populaires que l'on peut donc aussi appeler le sens des affaires.

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    1. Bonjour,

      Vous posez une vraie question. Il est en effet difficile de trouver la frontière entre le plagiat et la simple référence.

      Besson était le premier, dans Le Grand Bleu, à faire un film sur les plongeurs, qui expliquait leur passion et leur soif de liberté. Il avait une patte de réalisateur bien à lui dans Léon et Nikita, que beaucoup de fans auraient aimé qu'il garde.

      Pour Tarantino, ses films sont truffés de clins d’œil. Le Boulevard de la mort, par exemple, est un hommage aux séries B et Z des années 70. Il reprend des clichés, fait peur à peu de frais, mais parce qu'il a un regard unique de cinéaste, qu'il choisit une belle photographie, une BO superbe, on le lui pardonne peut-être plus facilement.

      Depuis le 5ème élément, Besson fait des films efficaces au box-office mais qui n'ont aucune fibre. C'est justement parce que ses films manquent de contenu et d'originalité formelle que le plagiat se voit.

      "Mister Babadook" sorti récemment, est une série de références aux films d'horreur classiques. Allez savoir pourquoi, les gens ont aimé ou pas le film, mais aucun n'a parlé de plagiat. Jennifer Kent a détourné les références du genre pour faire un film personnel, à savoir un drame psychologique, ce que personne, à mon sens, n'avait fait avant elle dans le genre de l'épouvante. Ajoutez à cela de belles trouvailles filmiques: la suggestion du monstre, les mouvements de caméra, le montage, les ellipses. On peut critiquer le film de Kent, mais pas le démolir.

      Ce qui me gène dans ce dernier Besson, c'est qu'il n'assume pas son statut de blockbuster. Le réalisateur voudrait faire passer son film pour intelligent, voire arty (montage douteux de documentaires animaliers) mais ne trompe personne. Surtout pas ses fans de la première heure.

      Merci pour votre témoignage de lecture et j'espère à bientôt,

      Marla

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  6. Beh moi j aime bien lucy

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    1. Bien moi aussi !...
      Il faut avoir une certaine ouverture d'esprit, ne pas être bloqué par un certain conformisme (toute chose étant relative par ailleurs).
      Peut être avoir un baguage scientifique (un bac suffit amplement).
      Ne pas se prendre trop au sérieux et surtout être jeune ;-)

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  7. Idem j'ai adoré ce film ! Je ne suis pas une grande fan de Scarlett mais j'avoue que là je l'ai beaucoup apprécié dans ce rôle. Ni trop maquillée, ni trop coiffée, déshumanisée, je trouve que pour une fois elle n'est pas là que pour faire "jolie". Les petits passages documentaires sont un régal pour les yeux, un petit rappel à nos instincts animaux vs la "super intelligence" du perso. Etant pourtant une grande habituée de films de SF, je ne vois pas de plagiat dans ce film, bien au contraire je l'ai trouvé très original et audacieux... Et oui peut être avoir un minimum de culture scientifique même si nous sommes d'accord tout ceci n'est qu'un film de fiction ;)

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    1. Les derniers films de Scarlett Johansson sont loin de la mettre en valeur! Je te propose d'aller regarder Her (dans lequel elle n'apparaît pas "visuellement") ou encore Under The Skin.

      Bonne journée à toi ;)

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    2. Je suis d'accord, "Her" est formidable ! http://marlasmovies.blogspot.fr/2014/06/her-de-spike-jonze-de-1984-black-mirror.html

      J'ai été moins convaincue par "Under the Skin." Je ne sais pas pourquoi, l'ambiance m'a déplu...

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    3. Under The Skin est un film d'auteur. Inregardable quoi :)
      C'est surtout une suite de plan LONGS, beaucoup trop longs, sans scénario apparent ni nécessaire...
      J'ai eu du mal à regarder au bout, la fin étant décevante, mais fallait-il une fin ?

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  8. Chaque film est le produit conscient ou non d'une autre oeuvre...

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    1. C'est juste. C'est le talent, peut-être, qui aide à différencier l'inspiration du plagiat.

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  9. Marla, ou tout du moins cher pseudo. je suis de cette génération qui a encensé besson alors que les critiques faisaient feux de tout bois contre lui il y a de ça déjà plus de 20 ans. Je reconnais que remettre en question l'implication personnelle de Besson dans son film est à débattre.
    Toutefois..., comment une critique de film peut être vraiment objective quand elle parle de plagiat, alors que vous même empruntez le doux nom de l’héroïne de David Fincher ?

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    1. Prendre Marla Singer comme pseudonyme est une référence à Fincher, et non un plagiat (le plagiat étant de faire mine qu'une idée est la sienne quand elle appartient à quelqu'un d'autre.) L'une de mes amies, aussi blogueuse, se fait appeler "Vraie cinglée de cinéma" sans rien voler à Jerry Lewis.

      Les gens savent (du moins s'ils connaissent Fight Club) que Marla Singer n'est pas de mon invention, que je suis juste une fan du film qui écrit sur du cinéma.

      Je précise que ce blog ne me rapporte pas d'argent, quand Besson en fait beaucoup en "empruntant" les bonnes idées d'autres cinéastes.

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    2. Marla Singer ... Oui, je me doutais bien que ce choix là était en référence à ce film que je vénère. Toute fois, ce que je souhaitais souligner, c'est qu'une œuvre aussi belle ou mauvaise soit elle, est souvent empruntée ou inspirée, consciemment ou inconsciemment par une autre. Et l'on remonterai le temps que les preuves en pleuvraient. Si l'on remonte à l'origine même du cinéma, je pourrais vous raconter l'histoire de mon prof en culture cinématographique qui criaient haut et fort que Méliès avait beau avoir inventé les effets spéciaux, il n'en reste pas moins qu'il plagiait les histoires de Jules Verne. Mais est ce pour autant qu'un film est mauvais ? N'est il pas simplement inadapté à certains spectateurs ? Combien de personnes détestent Fincher alors qu'ils applaudissent M. Bay qui lui même pompe D.Fincher ! Au final, car cela mériterai un tel débat qu'il en viendrait interminable, je trouve que la critique française est intraitable avec un "gars", qui malgré tous les reproches que l'on peu lui faire, aime le cinéma, aime le cinéma français, et fait tout ce qui lui est possible pour le dynamiser. Au plaisir de débattre... Bruce Wayne

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    3. Bruce Wayne, rien que ça ! Ouh, le vilain copieur ! :-)

      Vous voyez, vous n'êtes pas davantage plagiaire que moi. Je suis comme vous (et Batman) je m'invente une identité secrète pour protéger mon nom véritable.

      Je crois que Méliès a carrément adapté Jules Verne. Verne a rêvé De la terre à la lune ? Qu'à cela ne tienne ! Méliès l'a mis en images. Sa célèbre image de la lune et son obus dans l'oeil a même été repris à Disneyland pour l'attraction "Space Mountain," justement inspirée du roman.

      Je ne suis pas fan de Michael Bay, mais je lui trouve au moins une qualité: il ne fait pas semblant de faire autre chose que ce qu'il fait - du cinéma à gros budget, grand public, grand spectacle. Il n'essaie pas de nous faire croire à un pseudo-film intellectuel, comme le fait Besson pour Lucy.

      Je répète ce que j'ai dit dans un précédent commentaire: Besson était le premier, dans Le Grand Bleu, à faire un film sur les plongeurs, qui expliquait leur passion et leur soif de liberté. Il avait une patte de réalisateur bien à lui dans Léon et Nikita, que beaucoup de fans auraient aimé qu'il garde.

      Je ne suis pas comme certains critiques, cependant, qui reprochent à Besson son succès. Je trouve formidable que de grands films de divertissement fassent marcher le cinéma français en cette période de crise.

      La critique (cinématographique et littéraire) a toujours eu du mal avec l'argent: elle considère, en résumé, que si un film fait beaucoup d'argent, c'est qu'il est d'une qualité moindre.

      Une vieille histoire, aussi, que raillait déjà Molière, selon laquelle les gens "bien nés" ne sauraient apprécier ce qu'apprécie "le bas peuple."

      C'est en tous cas un plaisir de discuter avec vous.

      Marla

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    4. Chère Marla…
      Et oui, le grand frisson de tous les temps, l’identité secrète par excellence pour se protéger. Bruce Wayne étant le héros de mon enfance, je me devais de lui rendre hommage... A 41 ans (un indice, je donne mon âge…), je fais partie de cette génération qui fut bercée par la BD. Du classique du genre, en passant par les Spiroux et autres Gaston, jusqu’à la SF. On pourrait maintenant se demander le pourquoi du comment je vous parle de BD alors que notre conversation est partie de Luc Besson. Parce que tel mon héro se sent obligé de défendre la veuve et l’orphelin, je me dois quand même de défendre ce cher Luc Besson. Car, au final, ce qui m’a poussé la toute première fois à vous écrire, c’est votre phrase ô combien assassine sur besson qui dit, je cite : « Besson a tourné Le Cinquième élément en 1997. Son long-métrage était déjà une série de plagiats éhontés de films de SF des années 80 »
      Il n’en fallait pas plus pour que je décide d’enfiler ma combinaison de cuir et mon masque pour vous répondre… Afin de réaliser son 5° élément, Luc Besson a fait appel aux deux plus grands dessinateurs de BD SF que nous ayons : Moebius et Mézières pour ne pas les citer. Hors, ce sont ces mêmes dessinateur qui ont été pillé et plagié de leur travail dans ces fameux films de science-fiction que vous tenez pour référence. Et ce sont ces mêmes dessinateurs qui ont créé le story-board et dessiné le graphisme du 5° élément. Finalement, Besson n’a fait que rendre à César ce qui appartenait à César. De plus, à l’époque, Besson avait eu le courage de pousser la production à réaliser des scènes de jour, impliquant une post production encore jamais réalisées en termes de trucages pour un film français de l’époque. Maintenant, et pour conclure ce texte, Besson a toujours reconnu qu’il n’était pas le meilleur auteur, alors certes, Lucy est un ovni inachevé, surement due à des Majors qui pensent « Marketing et retour sur investissement » avant de réfléchir au fond de l’histoire, mais je ne pense pas que Besson mérite autant de critiques négatives sur ce film comme pour les autres.

      Toutefois, je vous rejoins sur le fait que l’homme d’affaire qu’il est devenu a pris le pas sur le cinéaste, mais je ne lui jette pas la pierre, étant moi-même passé du côté obscur…
      Bruce

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    5. Cher Bruce,

      Merci pour vos arguments.

      Je ne savais pas que Moebius et Mézières avaient participé à la création du 5ème élément. Cela rendrait Besson plus "honnête" que les autres. Peut-être. En tous cas, il a en vous un beau défenseur.

      Si je puis me permettre, quel est votre côté obscur ?

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  10. Marla Singer...
    On fait tout juste connaissance et déjà vous me demandez de vous dévoiler mon côté obscur... Jamais au premier rdv ... ;-)
    Bruce Wayne

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  11. Bonjour,
    Je suis l'un de ceux qui adorait Besson dans mes jeunes années avec la noirceur, la violence et la maestria visuelle de Nikita et Léon, des films qui m'ont vraiment donné envie de faire des films en me disant que c'était possible en France, ça m'avait impressionné.
    J'attendais énormément du "cinquième élément" dans un style de SF sombre et même si la réalisation est formidable, la déception était du côté de l'humour, du kitch et d'une fin un peu moralisatrice enfantine, ceci dit ça reste un bon divertissement, mais ça a été le début d'un goût amer. Et c'est le sentiment de beaucoup d'anciens fans qui pensent qu'en effet Besson est devenu un producteur voulant faire du fric (je crois qu'il ne s'en cache pas). En faisant ça son idée était de pouvoir faire, un jour, ses films dans son coin sans l'aide de personne, hors du système, en "indépendant", et là, pour le coup c'est plutôt légitime, ceci dit, ça donne des franchises d'action sans réelles originalité, et on est tous d'accord là-dessus, et en même temps, ça marche, une catégorie de spectateurs va voir et aime ça. Besson a vu juste, il fait en France ce que d'autres refusent de faire par souci artistique ou moral, en 10 ans sa boite est devenue puissante.
    Je ne vais pas voir ses franchises, parce que je n'aime pas ça, et pour ceux qu'il réalise, j'ai essayé d'en voir 2 (Les minimoys 1 et Adèle Blanc-sec pour la BD), parce que le travail des techniciens méritait le coup quand même, mais niveau scénario, humour, originalité et aventure c'est vide et triste, mais surtout, il n'y avait plus la magie de ceux que j'avais adorés.
    Du coup en sacrifiant certaines choses il a quand même réussi a aller jusqu'au bout de ses ambitions qui consistait à monter une major's en France (développement, production, distribution), un studio d'enregistrement sonore et musical complet (comme Georges Lucas), un énorme studio de tournage pouvant accueillir des décors impressionnants (comme Pinewood où il avait tourné le 5ème élément et Cinecitta) et une grande école de cinéma dans laquelle les élèves pourront profiter de chaque département technique et être stagiaire sur les productions Besson (films ou séries) devenant du coup des futurs techniciens ou réalisateurs de "l'écurie Besson".
    Donc c'est un homme d'affaire oui et qui a réussi quelque chose d'important en France en plus de faire des films de genres et d'actions qui peuvent même cartonnés jusqu'aux Etats-Unis, rien que pour ça je le félicite au détriment d'une intégrité artistique certes.

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  12. ...Suite
    Je n'ai pas vu ses derniers films, mais j'irais peut-être voir Lucy cette semaine malgré mes doutes. Bien sûr il y a des ressemblances à Nikita, Léon (comme "Columbiana" d'ailleurs), au 5ème élément et aussi à toute la vague des super-héros genre X-men, ça peut-être sympa comme ça peut être lassant, mais c'est son style comme Tim Burton à le sien (gothique, monstre en tout genre, cimetière, poésie macabre), ou James Cameron également (action SF, robots, grosses armures, hélicoptères, ambiance aquatique, extra-terrestre), ou encore Tarantino (truands, braqueurs, tueurs, macs, dialogues, réalisation cool et old-school) et Jean-Pierre Jeunet (les couleurs, décors anciens, cadrage/réalisation, humour, acteurs à gueule), on ne peut pas vraiment lui reprocher ça.

    Ensuite concernant le choix de copier le style de certains films et même des plans etc., tout le monde fait ça depuis longtemps, depuis le début du cinéma d'ailleurs, puisqu'au début la caméra restait fixe avec aucun point de montage, puis quelqu'un à eu l'idée de bouger la caméra, et un autre de découper le film en mixant différents cadres, il y a eu le premier gros plan, puis le premier travelling, les autres ont trouvé ça formidable et ont copié, ce qui a donné la grammaire cinématographique qu'on connait aujourd'hui, c'est le propre de l'humain de copié. Un enfant copie ses parents et les gens qui l'entourent, c'est ça période d'apprentissage lui permettant de marcher et de parler, les scientifiques, les historiens se basent sur des travaux de leurs confrères, dans tous les corps de métiers d'ailleurs et mêmes dans l'art, ce qui donne lieu à des courants artistiques. Dans le cinéma on a le courant de "l'expressionnisme" (principalement allemand) que l'américain Orson Welles ou l'anglais Hitchcock ont récupéré, Star Wars s'inspire des sérials tel que "Flash Gordon" et "Buck Rogers" et aussi des BD SF Française de l'époque, Terminator copie "deathlock" (cyberman en français) un perso Marvel, Robocop s'en inspire également mais aussi de Judge Dredd, que ce soit Matrix, Tarantino (vous l'avez dit) ou Christophe Gans utilise un mix de références, c'est un constat tout le monde le fait consciemment ou inconsciemment, le vrai plagiat, ce n'est pas ça.

    Le vrai plagiat serait de piquer un scénario complet sans dire qui l'a vraiment écrit et sans le payer, pour ça Luc Besson à eu de nombreux procès, je pense qu'on ne saura jamais la vérité, il en a soi-disant été acquitté pour la plupart (il a eu des affaires pour Léon, Taxi, Jeanne d'Arc, Columbiana).
    Après, il y a d'autres choses évidentes, il y a d'un côté l'inspiration d'autres films qu'il a aimé (Léon=Gloria + Taxi Driver / Le 5ème élément= Taxi Driver + Die Hard + Blade Runner + Star Wars + Metal Hurlant + total Recall + L'incal).

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  13. ...suite
    Et puis il y a la récupération d'un canevas scénaristique complet:
    Le film "Lock Out" écrit et produit par Luc Besson.
    "MS One est une prison spatiale expérimentale où les 500 criminels les plus dangereux au monde sont maintenus dans un sommeil artificiel. Chargée d’une mission humanitaire, la fille du Président des Etats-Unis, Emilie Warnock, arrive à bord de la station. Une mutinerie d’une rare violence y éclate. Emilie et l’équipe du MS One sont prises en otage par les détenus. Le Président décide d’y envoyer l’agent Snow avec pour seule et unique mission de sauver sa fille et personne d’autre… "

    "New-York 1997" de John Carpenter:
    "En 1997, Manhattan est devenu une immense île-prison ou trois millions de détenus sont organisés en bandes rivales. A la suite d'un attentat, l'avion du Président des Etats-Unis se crashe dans le pénitencier. Le chargé de sécurité Bob Hauk décide d'envoyer un prisonnier pour le récupérer. Ce détenu s'appelle Snake Plissken."
    Dans la suite de ce film c'est la fille du président que Snake doit récupérer à Los Angeles devenue une île prison après un tremblement de terre.

    Je suis complètement d'accord sur ce que vous dites sur Morgan Freeman.

    Ce qu'on reproche à Besson c'est quelque chose qu'on voit globalement dans le cinéma mondial.
    Pour Lucy, il veut faire un film d'action de divertissement un peu plus intelligent, je préfère les films intelligents avec un peu d'action.
    D'autres font ça aussi: "Inception" est un simple film d'action de divertissement, son réalisateur à voulu le rendre plus intellectuel pour paraitre original en imaginant un truc complètement artificiel qui ne sert à rien, uniquement à montrer une scène d'action en apesanteur dans un corridor ou un montage parallèle d'un camion qui tombe au ralenti avec ce que vivent en rêve ses occupants (c'est pourtant efficace et bien fait) on nous promet des choses hallucinantes dans la bande-annonce comme pouvoir retourner Paris (effet vu dans plusieurs pubs avant) mais qui ne sert qu'à appâter le futur spectateur (comme pour une pub) on voit la scène dans le film, mais elle ne sert à rien, on ne revoit pas ce genre de chose à la fin. On nous annonce que les personnages peuvent faire tous ce qu'ils veulent dans un rêve mais ne le font pas, un perso le dit à un moment donné: Tu peux faire ce que tu veux, pourquoi tu prend un pistolet alors que tu peux prendre une mitraillette, fais fonctionner ton imagination" ridicule, c'est de l'arnaque, mais bon tout le monde était subjugué.
    On reproche à Besson, le fait de copier les américains, mais on va tous voir les films américains. C'est vrai que Besson pourrait faire plus original encore, ce n'est peut-être pas dans ces capacités, on ne peut pas lui reprocher de faire quelque chose qui marche (pas tout le temps).

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    1. Que vous êtes prolixe, Yälrok !

      Je vois sans surprise que vous tenez vous-même un blog. A quand un critique de "Lucy"?

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  14. Voilà, j'ai vu le film et c'est exactement ce que j'en pensait, il y a du bon et du mauvais, je suis mitigé. C'est un divertissement efficace, pas plus con ni plus intelligent que les autres films du même genre, avec les mêmes invraisemblances. C'est en même temps génial et en même ridicule. Il aurait même pu aller beaucoup plus loin avec cette idée, surtout à la fin, plutôt que de donner une simple clef USB cosmique, Lucy aurait pu partager ses connaissances télépathiquement à toute l'humanité avant de s'éloigner telle une entité cérébrale complète pour aller explorer le cosmos intersidéral. Bon ça ressemblerait à Silver Surfer, en même temps Besson n'est plus à ça près.

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    1. Si, bien sûr: "Lucy 2: la revanche de la clé USB."

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