dimanche 17 août 2014

NOS ÉTOILES CONTRAIRES: LE CIEL PEUT ATTENDRE... LONGTEMPS








Sortie du métro. Nouvelle rom-com adolescente en salles. Shailene Woodley a quitté sa tenue d'Audacieuse, et Ansel Elgort sa tenue d'Erudit: dans ce nouveau film, Tris se tape son frère.



Point de critique de presse sur cette affiche. A la place, trois tweets qui doivent provenir d'adolescentes émotives, ravies de partager leurs effusions féminines sur la toile.

Le film commence mal avant d'avoir commencé.

Inspirez, Shakespearez


On a lu bon nombre d'âneries sur le titre "The Fault in our Stars." Beaucoup y voient, à tort, une référence à Roméo et Juliette, amants maudits de Shakespeare. Les « étoiles contraires » seraient ce destin tragique qui empêcha les deux adolescents de s'aimer. 

Cela correspondrait à la mode du teen movie actuel : Twilight reprend le mythe du vampire tout comme celui de Roméo et Juliette. Katniss et Peeta dans The Hunger Games sont appelés "Star-crossed lovers" toujours en référence aux amoureux de Shakespeare et leurs étoiles contraires, ou plutôt contrariées.



Katniss (Jennifer Lawrence) et Peeta (Josh Hutcherson) dans The Hunger Games, de Gary Ross (2012)


En fait, le titre du livre de John Green fait référence à une autre pièce de Shakespeare, Jules César



Les vers originaux sont écrits ainsi :

The fault, dear Brutus, is not in our stars,
But in ourselves, that we are underlings.


La faute, cher Brutus, n'est pas dans nos étoiles,
Mais en nous-mêmes, si nous sommes des sous-fifres.

C'est Cassius qui prononce ces mots au début de la pièce. Il tente de convaincre Brutus de se joindre à une conspiration : l'assassinat de César.

Cassius use d'une fine rhétorique pour persuader Brutus de tuer César, qui n'est autre que son meilleur ami. Dans sa tirade, il joue sur l'orgueil masculin et la soif de gloire de Brutus. 

Sa réplique repose sur une idée que Sartre expliquera, beaucoup plus tard, dans L’Existentialisme est un humanisme : l'Homme est responsable de ses actes, il est seul, sans excuse. Il ne peut reprocher à Dieu, au destin ou aux étoiles, les conséquences de ses propres actes. 

Cassius, dans la pièce, veut faire taire les superstitions de l'époque, et clame que les hommes seuls sont maîtres de leur destin, pour peu qu'ils ne se comportent pas en lâches (sous-fifres)

Shakespeare, cependant, démontre dans la pièce que l'on paie le prix fort à mépriser la volonté des étoiles. César mourra de ne pas s'être méfié des ides de mars.


Les liaisons mielleuses


John Green, en racontant l'histoire de ce couple d'adolescents atteints d'un cancer, rétablit la notion shakespearienne que les étoiles choisissent pour nous.

Néanmoins, à l'heure où Sartre a largement pris le pas sur la superstition religieuse, le titre semble infantiliser les personnages: ils sont malades, n'y peuvent rien, et l'on ne peut que les plaindre. 

Le pathos commence ici. On les connaît à peine que déjà le titre nous invite à pleurer pour eux.

Le film ne sera qu'une série de clichés, de scènes creuses d'une longueur impossible, mièvres et larmoyantes, quand Hazel nous promettait pourtant un réalisme cru :





Le livre, apparemment, est meilleur que l'adaptation de Josh Boone. 

Alors que dire d'un film quand il est vraiment mauvais ? Faire du troll, hurler avec la meute ?





Je choisis autre chose. Il existe tant de jolis films sur l'amour et la maladie, sans pathos, emplis d'humanité, de drôlerie, même. Les cinéastes essaient depuis longtemps de noyer le malheur dans la beauté de l'image... ou de la musique.


La musique pour noyer le chagrin




Plusieurs films musicaux ont traité d'amour et de maladie. L'un des plus beaux sortis récemment est sans conteste Alabama Monroe, où un couple devait faire face au cancer de leur petite fille. Leur groupe de country bluegrass emportait l'histoire dans un tourbillon de musique enlevée. La trajectoire, bouleversante, d'un couple qui se déchire parce que l'enfant manque, est servie par un montage original, non-chronologique, une histoire triste et belle sous forme de puzzle musical.

Le couple de musiciens tentera de faire son deuil par la musique. Dans une chanson magnifique pour Maybelle, sa fille disparue, Elise déverse avec pudeur sa tristesse sur scène :






Côté français, un autre couple affrontait la maladie grave de leur fils dans une chronique bouleversante et musicale, sortie en 2010.



L'affiche de La Guerre est déclarée montrait l'un des rares moments de joie du couple. Une déclaration de guerre à la mort et la maladie.





Ce n'était pas la première fois que l'on faisait appel au fantôme de Jacques Demy pour sublimer un drame.

Son fils, Mathieu Demy, a joué, en 1997 dans le surprenant Jeanne et le garçon formidable. "La Java du séropo" restera le grand moment du film. 





C'est paradoxalement un rythme enjoué qui porte le récit doux-amer du personnage.


Si vous écoutez attentivement la mélodie, vous retrouverez peut-être celle d'un tout autre film :



Eh oui, la chanson de Jeanne et le garçon formidable semble calquée sur le rythme et la mélodie de "Chim, Chimney," écrite par les frères Sherman pour Mary Poppins en 1964. Leur histoire a été contée récemment dans un autre film.

Jeanne et le garçon formidable contient aussi une chanson immensément triste, "La Vie réserve ses surprises" où un homosexuel parle de son compagnon, emporté lui aussi par le virus du Sida.


L'urgence de vivre


Récemment, deux acteurs ont reçu l'oscar pour leur performance dans Dallas Buyers Club, où un homophobe notoire ayant contracté le virus devenait malgré lui une icône de la communauté gay, et leader de la lutte pour le droit des malades.


Affiche de Dallas Buyers Club, de Jean-Marc Vallée (2013)
 

Woodroof s'est battu sept ans.

Romain, dans Le Temps qui reste, de François Ozon (2005) décide de ne pas se battre. Il vivra intensément les quelques mois devant lui, et mettra comme il le peut de l'ordre dans son existence avant de la quitter.






C'est également la mission que se donne Anne dans Ma Vie sans moi, d'Isabelle Coixet (2003) A 23 ans, Anne apprend qu'il lui reste deux mois à vivre. Elle tâchera de trouver une nouvelle femme à son mari et une nouvelle mère pour ses enfants, et vivra ses dernières semaines selon sa propre philosophie.



Et puis il y a le classique.





L'idée lumineuse de Love Story est de faire parler Oliver de sa défunte amie dès le générique. Le destin pèse alors sur le couple, le spectateur devient témoin du drame amoureux.




La réplique d'Oliver peut se traduire ainsi : 

Que dire d'une jeune fille de 25 ans qui vient de mourir ?

Qu'elle était belle et brillante ? Qu'elle aimait Mozart, Bach, les Beatles... et moi.

La musique de Francis Lai, devenue mondialement célèbre, raconte déjà la romance et le chagrin. La référence d'Oliver aux Beatles ancre d'emblée son histoire dans sa génération, celles des années 60.


Les Français savent aussi réaliser de beaux films d'amour qui feraient pleurer les pierres. C'est le cas de Se Souvenir des belles choses, de Zabou Breitmann (2001)



 


La performance d'Isabelle Carré en jeune femme de 32 ans atteinte d’Alzheimer, et celle de Bernard Campan qui incarne finement son amoureux, rendent ce drame romantique inoubliable.

Ailleurs qu'au cinéma



Côté théâtre, Oscar et la dame rose est une très jolie pièce sur un petit garçon leucémique qui se lie d'amitié avec l'une des dames de l'hôpital. C'est Danielle Darrieux qui interpréta le rôle sur scène, avant qu'il ne soit repris par Anny Duperey.


Là réside la grande idée de la pièce : c'est la vieille dame qui raconte, et prend tour à tour la voix d'Oscar et sa propre voix.

Le film adapté de la pièce laisse malheureusement cette idée de côté, ce qui gâche le projet.

Il y a tant de beaux films sur l'amour et le malheur. Vous pouvez éviter Nos Etoiles Contraires. Vous n'aurez pas assez d'une vie pour voir tous les autres.







D'accord, pas d'accord avec l'article ? Dites-le en commentaire !










Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !