vendredi 19 septembre 2014

HORNS: DANIEL RADCLIFFE VEND SON ÂME AU DIABLE


Affiche française de Horns, avant-première avec Daniel Radcliffe et Alexandre Aja





L'affiche de Horns nous vend un drame romantique aux allures gothiques, qui n'est pas sans rappeler l'imagerie du Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro (2006)


Affiche du Labyrinthe de Pan



Horns, romance gothique ?




Photographie sombre, cornes diaboliques, jeune fille innocente vêtue de blanc, arbres noirs en arrière-plan qui suggèrent une forêt maléfique, Horns nous promet par l'affiche du mystère, de l'amour et des larmes.

Affiche originale de Horns


L'affiche américaine y ajoute le serpent, et le haut de l'image entre dans la logique de Maléfique, où Disney donnait la part belle à la sorcière plutôt qu'à la demoiselle endormie.


Affiche de Maléfique


Parlons justement de la demoiselle.

Juno Temple en Ophélie


Dans l'affiche originale de Horns, on aperçoit une jeune fille dans une esthétique s'éloignant du réalisme cinématographique pour s'approcher du pictural.




A mi-chemin entre la peinture et la bande-dessinée, le bas de l'affiche annonce du Romantisme (au sens littéraire) et de la tragédie. Merrin, innocente assassinée, est représentée sur l'affiche en Ophélie: héroïne de Shakespeare dans Hamlet, éperdument amoureuse du héros, elle mourra, folle, flottant sur les eaux.

Ophélie, tableau de Sir John Everett Millais (1851-1852)



L'harmonie de la nature alliée au martyre d'une innocente se retrouve sur l'affiche du film et la toile de Millais. Mais le Romantisme de l'affiche française et son côté sombre évoque aussi un autre tableau, que l'on peut trouver au Louvre, contemporain de celui de Millais:


La jeune martyre, de Paul Delaroche (1855)


On pensera aussi aisément aux différentes Ophélie de Waterhouse (celle-ci date de 1889):



Le vert de l'affiche de Horns, c'est un peu Tolkien et le pays des fées, Eve privée d'Eden (remarquez les serpents autour d'elle.)

Quand on parle du diable


A propos d'Eden... Daniel Radcliffe, dans le film, a un tatouage sur le bras: 

Awake, arise, or be forever fall'n

(Eveillez-vous, levez-vous, ou soyez déchus à jamais)

Cette citation est tirée de Paradise Lost (Paradis Perdu) de John Milton. C'est rien de moins que la première phrase prononcée par Satan face à ses disciples.

Paradise Lost de John Milton livre

La première scène du film, montrant Iggy et Merrin heureux en couple, rappelle bien sûr ce paradis d'avant la chute.

Jusqu'à la mort de l'aimée, qui fera subir à l'amant une transformation.

Daniel Radcliffe en démon dans Horns, d'Alexandre Aja
Daniel Radcliffe en démon dans Horns, d'Alexandre Aja


Le diable et la guitare derrière lui évoquent la photographie de Only Lovers Left Alive, de Jim Jarmusch. Rien d'étonnant, quand on sait que le chef opérateur, Frederick Elmes, a collaboré plusieurs fois avec Jarmusch, mais aussi David Lynch et Ang lee, c'est vous dire si c'est pas le dernier des cons.

Horns est plutôt bien réalisé (mouvements de caméra, montage en flash-backs.) Le réalisateur nous parle à nouveau d'amour contrarié, quinze ans après Furia, son premier film. Ce véritable chef-d'oeuvre (où l'on voyait Marion Cotillard dans l'un de ses premiers rôles) est resté, hélas, quasi-inconnu (seulement 3000 entrées en salles) malgré une sublime BO de Brian May, guitariste de Queen, et un beau scénario inspiré d'Orwell.

Dans Only Lovers Left Alive, on associait aussi un mythe du mal (les vampires) et la musique seventies.


Tom Hiddleston dans Only Lovers left Alive, de Jim Jarmusch (2013)
Tom Hiddleston dans Only Lovers left Alive, de Jim Jarmusch (2013)


Ici, la bande originale démarre avec la chanson "Heroes" de Bowie (1977) et continue avec "Where is my mind" des Pixies (1988) bien connue des fans de Fight Club

Alors parlons un peu de Bowie. Bowie, c'est Ziggy, depuis son album-phare Ziggy Stardust, sorti en 1972. Daniel Radcliffe dans Horns, c'est Iggy, en référence à Iggy Pop, à qui Bowie a emprunté le prénom en y ajoutant un Z. 

Cette référence n'a pas dû déplaire à Frederick Elmes, à qui l'on doit la photographie de Coffee and Cigarettes de Jarmusch (on y voit Iggy Pop philosopher avec Tom Waits, une cigarette au bec.) En passant, c'est ce même Ziggy qui a inspiré le personnage de Starmania à Michel Berger.

Horns va donc osciller entre les années 70 et 80, dans un hommage aux films fantastiques impossibles qu'on louait dans les vidéo-clubs, avec une image qui saute, des costumes douteux, et surtout, une esthétique kitsch qui s'apparente à de l'auto-parodie. La voiture de Radcliffe dans le film est même immatriculée "Gremlin," c'est dire.



Gremlins de Joe Dante (1984)
Gremlins de Joe Dante (1984)



James Gunn rendait hommage aux geeks trentenaires dans Les Gardiens de la galaxie. Dans Horns, Aja adresse de multiples clins d’œil aux cinévores de sa génération. En 2007, Tarantino faisait de même dans Boulevard de la mort, avec plus de maestria, il est vrai.

Récemment, sur un mode sérieux, Jennifer Kent témoignait de son amour pour les classiques du film d'horreur, dans le très réussi Mister Babadook, qui parlait, une fois n'est pas coutume, d'un démon intérieur.

Oui, parce que des films sur le diable, il y en a un paquet. Du diable sympathique (Jules Berry dans Les Visiteurs du soir, Pacino dans L'Associé du diable) au démon séduisant (Gérard Philippe dans La Beauté du diable) en passant par le terrifiant (L'Exorciste, Rosemary's Baby) les cinéastes ont débordé d'imagination pour dépeindre cet illustre inconnu. Pourquoi ? Parce que les méchants sont plus intéressants que les autres.


Alexandre Aja reprend le mythe du diable dans tout son folklore et tous ses clichés, s'en amuse, plonge dans le ridicule avec bonheur, en  nous offrant, l'air de rien, une réflexion sur le côté sombre de chacun.

Le rire du côté obscur


Bon, elles ont quoi de spécial, ces fameuses cornes? Face au diable, les habitants de la paisible bourgade n'ont pas d'autre choix que d'avouer leurs pires péchés, leurs fantasmes les plus sombres, dans des dialogues étonnants, qui passent sans prévenir du drame à la farce.

Alexandre Aja et Daniel Radcliffe, lors de l'avant-première au Gaumont des Champs Elysées, ont insisté sur le mélange des genres dans le film. Radcliffe a remercié Aja de lui avoir proposé un rôle où il pouvait montrer différentes facettes de son jeu.

Daniel Radcliffe et Alexandre Aja lors de l'avant-première de Horns, au Gaumont Champs-Elysées
Daniel Radcliffe et Alexandre Aja lors de l'avant-première de Horns, au Gaumont Champs-Elysées

En toute honnêteté, Juno Temple est meilleure que lui dans le film (elle avait déjà brillé dans Mr Nobody et Killer Joe, entre autres.) Radcliffe excelle, par contre, dans les scènes de colère, dont il avait pris l'habitude dans la saga Potter.

Radcliffe prendrait-il le même chemin que Kristen Stewart et Robert Pattinson, héros de Twilight, en choisissant, après une série à succès, des films d'auteur ? Il sauvait déjà le film La Dame en noir, au scénario convenu.

Il est ici entouré d'une belle pléiade d'acteurs. Max Minghella, cependant, était bien meilleur dans The Social Network, Mais David Morse est parfait en père meurtri.


On retrouve avec plaisir, dans le rôle de la secrétaire médicale, l'actrice qui incarnait Dolores Herbig dans Dead Like Me. Toujours côté série, on reconnaît avec bonheur James Remar, Richard dans Sex and the City.

Dans Horns, le scénario est ultra-prévisible, mais c'est fait pour: la croix qui protège du mal, le coupable que l'on devine d'avance, la fourche et les serpents,  Iggy qui se met à fumer parce que c'est bien connu, les méchants, ça fume, tout y est, dans une outrance joyeuse loin de celle, vulgaire, de Piranha 3D.

Pour définir le ton du film, on peut revenir à l'affiche américaine et son slogan, "Love hurts like hell" (l'amour fait un mal de chien / l'amour, c'est l'enfer) qui parodie la devise du Dracula de Coppola "Love never dies" (l'amour est éternel)


Affiche française de Dracula de Coppola (1992)



Film culte ou nanar ?


Horns, c'est fun. Certaines scènes sont hilarantes, d'autres ridicules, le ton général se rapproche des films d'Edgar Wright, emplis d'auto-dérision, d'ironie, et d'une distance à la fois tendre et moqueuse vis-à-vis du genre qu'il traite. Le film, bien sûr, n'est pas exempt de défauts, et même d'incohérences (ferait-on d'un lieu du crime, protégé par la police, un lieu de recueillement collectif?) La fin est cliché au point de rappeler les pires teen movies.

Horns en déroutera plus d'un, et fera dire aux uns "Attention, film culte" et aux autres, "à fuir!"

Drôle, décalé, complètement kitsch, nanar revendiqué, Horns ravira les cinévores de tout poil, et peut-être même les intellos. 

Si le film est démoli et encensé, tant mieux. C'est Beaumarchais qui a dit le premier: "Dieu a toujours besoin du diable."



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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !