vendredi 12 septembre 2014

LES RECETTES DU BONHEUR : L'EMPIRE DES SENS






Au début des Recettes du bonheur, on découvre une Inde pleine de sourires et de couleurs, mais qui n'exclut pas le drame. On est loin de l'Inde idéalisée de Indian Palace et Joue-la comme Beckham, pour s'approcher de Slumdog Millionaire.

Lasse Hallström nous raconte l'exil, sans pathos, des problèmes à la douane à la question de l'intégration, et nous propose, en fil rouge, rien de moins qu'une philosophie du goût.

Cette semaine au cinéma, c'est la France qu'on idéalise, le Sud après la Normandie. Le village où atterrit la famille de Hassan a le charme désuet du Montmartre d'Amélie Poulain.


La saveur des mots


Dolto disait qu'avant de donner un bonbon à un môme, il fallait lui parler du bonbon.

Le film de Lasse Hallström a l'intelligence de nous parler cuisine avant de nous la montrer. Les Recettes du bonheur donne d'abord l'eau à la bouche par les mots. On témoigne de la beauté des vieux livres de cuisine et de la joie d'en parler, comme pour Jean d'Ormessson dans Les Saveurs du palais. Face à Catherine Frot, il racontait déjà la poésie des recettes de cuisine.


Jean d'Ormesson et Catherine Frot dans Les Saveurs du palais, de Christian Vincent (2012)


D'accord, le titre est cul-cul, mais les dialogues sont plein d'esprit. Plutôt que de tomber dans les mauvais clichés de la France ou de l'Inde, les répliques jouent sur les stéréotypes pour mieux s'en moquer. C'est rafraîchissant à l'heure où le Front National gagne du terrain.


Un mets plus fin qu'il n'y paraît


On retrouve le contraste attendu entre la « grande cuisine » et les plats copieux d'un restaurant indien. Le film ne tombe pas dans la facilité, cependant. Il ne raille pas la « nouvelle cuisine » des restaurants étoilés et leur dimension expérimentale, même si ces restaurants ont des allures d'usines branchées. Le film de Lasse Hallström est respectueux de toutes les cuisines, sans pourtant être démago. Il n'angélise personne, ne diabolise personne. Les personnages secondaires s'approchent peut-être plus des stéréotypes habituels, et on n'échappe pas à « La Vie en rose » en fond sonore. Mais les personnages, principaux, eux, sont plus fins qu'il n'y paraît.


Hassan (Manish Dayal) dans Les Recettes du bonheur


Hassan, le héros, détient une sagesse pragmatique, et allie avec talent les ressources indiennes et françaises. Helen Mirren est splendide en femme sèche et fragile, et le père de Hassan s'approche de Clavier dans Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu ? en moins caricatural.

Bonne surprise, Helen Mirren dénonce la violence des paroles de la Marseillaise.

Et puis il y a Charlotte le Bon, petite fée sur un vélo, qui illuminait déjà le film Yves Saint-Laurent l'an dernier. La ressemblance de l'actrice avec Audrey Tautou (d'autres diraient Winona Ryder) ajoute à l'effet Amélie Poulain de l'ensemble.



Charlotte le Bon (Marguerite) dans Les Recettes du bonheur


Bon, trêve de plaisanterie. Parlons de l'essentiel : la bouffe.


Les madeleines indiennes


Des films qui donnent faim, y en a plein. Ratatouille, des studios Pixar, m'avait réconciliée avec ce plat honni depuis mes déjeuners à la cantine scolaire.

On sort des Recettes du bonheur avec une envie folle de se faire une omelette. La ratatouille, c'était la madeleine de Proust du critique dans le film au rat cuisinier. Hassan et Marguerite s'accordent à dire que la cuisine, c'est la mémoire. La chanson d'Aznavour, à la fin de l'histoire, nous parle nostalgie en liant les destins des jeunes et des moins jeunes.


Om Puri et Helen Mirren dans Les Recettes du bonheur



Bref, courez voir ce joli film sur le mariage des saveurs et des différences.





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