samedi 13 septembre 2014

QUAND APPLE ET U2 JOUENT À BIG BROTHER





Ce matin, je trouve dans ma bibliothèque musicale le nouvel album de U2, apparu là comme par enchantement. Comme si un mauvais esprit avait piraté mon téléphone pour me forcer à écouter une musique sans que j'aie rien demandé.









Il ne s'agit pas seulement d'une opération marketing. Dans la presse, j'avais lu que l'album de U2 serait disponible gratuitement. Disponible, pas imposé. Évidemment, il faut télécharger l'album pour l'écouter, mais il apparaît dans mon téléphone sans que je puisse m'en débarrasser, sauf en faisant une manipulation spécifique : Réglages > Musique puis décocher « Afficher toute la musique. »

C'est une première dans l'industrie musicale. Jay-Z avait au moins eu la décence de proposer une application séparée (voir l'excellent article des Inrocks.) Pourquoi ne pas poser la question à l'usager, dans une petite fenêtre, du type : « Le Nouvel album de U2 est disponible gratuitement. Souhaitez-vous le télécharger ? » Est-ce si difficile de demander son avis au client ?

Nous entrons dans une nouvelle ère de la publicité. À la télé, on peut zapper, sur internet, fermer la fenêtre pop up ou du moins passer la pub après 5 secondes. Apple fait du spam à grande échelle, un album envoyé sans l'accord préalable de ses clients, c'est à dire 500 millions d'individus. Ce genre de méthode mérite un boycott. 

Les fans de U2 seront sans doute ravis. Et si l'on n'est pas fan ? Si l'on pense que U2 n'a plus rien à dire depuis les années 80 ? Si l'on n'aime pas le rock ? Quand je dis que les fans de U2 seront ravis... Seraient-ils ravis de recevoir, de la même manière, le nouvel album de Rihanna, Justin Bieber, ou Marcel l'accordéoniste ?

Il y a un profond cynisme caché sous ce matraquage. Le comble de l'hypocrisie, c'est que Bono fait dans le même temps la promotion de son action humanitaire en Afrique.

Ce qui est effrayant, c'est le boulevard qu'ouvre Apple par ce projet. Aura-t-on bientôt de la publicité directement intégrée à nos outils technologiques, sans avoir notre mot à dire ? Nous réveiller, comme lors d'un matin de Noël, découvrant chez nous des « cadeaux » que l'on n'a pas demandés ?

Ce matin, je me suis sentie comme dans le deuxième épisode de Black Mirror, "15 million merit," où le héros, Bing, se retrouve forcé de regarder de la publicité à la télévision. Dans cet épisode, on doit payer pour éviter la pub, comme à un péage. Les plus pauvres sont gavés de force d'images commerciales parfois obscènes. On n'a pas le droit d'éteindre l'écran, de changer de chaîne, ou même de fermer les yeux.





Bing contraint de regarder une publicité pornographique dans "15 million merit", 2ème épisode de la série "Black Mirror"



À l'heure où le monde entier nous fait la morale d'un téléchargement gratuit qui tuerait la musique et ses artistes, l'une des plus grandes entreprises au monde et l'un des groupes les plus écoutés s'allient pour narguer la musique payante.

Le titre, "Songs of Innocence", reprend par-dessus le marché le titre du recueil classique de William Blake, Songs of Innocence and Experience, qui parlait justement de la perte d'innocence (je vous laisse apprécier l'ironie.)





Quelle sera la prochaine étape ? Nous faire « liker » une musique sur Facebook, et la partager sur notre page à notre place ? Nous obliger à écouter sous peine de pénalité ? Etendre cette méthode aux films, aux livres, ou à tout objet culturel ?

Pour ce qui est des livres, Amazon a fait mystérieusement disparaître des œuvres de George Orwell, dont 1984, fameux roman mettant en scène big Brother, et où le gouvernement supprimait justement les livres gênants pour le pouvoir en place.

La méthode d'Apple s'approche de la dictature : profiter de la popularité de l'iPhone pour imposer un nouveau produit (le fait qu'il soit gratuit n'a guère d'importance) en injectant de la musique non-voulue dans des appareils appartenant à la sphère privée des citoyens.


Apple mériterait le Big Brother Award cette année.



Personne n'aime le Spam. Comment Tim Cook a-t-il pu croire que ses clients ne seraient pas offensés par cette invasion ? Apple voulait se faire de la pub. Pas de chance: la mauvaise publicité, ça existe. 


Hier encore fervente admiratrice d'Apple, je sais aujourd'hui que je n'achèterai plus de produits chez eux.


Mon métier n'est pas la musique. C'est le cinéma. Mais voilà un exemple de réalité qui rejoint les films d'anticipation les plus terrifiants.





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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !