dimanche 26 octobre 2014

INTERVIEW DE MATTHIEU DELAPORTE, RÉALISATEUR D'UN ILLUSTRE INCONNU


Vous savez à quoi ressemblent les réalisateurs du Prénom ?

Pour le découvrir, il suffit de revoir le film.

Ah bon, ils jouent parmi Patrick Bruel, Charles Berling et Valérie Benguigui ? 

Oui. Seulement, il faut être attentif. On les voit chacun une demi-seconde.



Mathieu Delaporte, réalisateur du Prénom et de Un Illustre inconnu, ici en pédopsychiatre



Alexandre de la Patellière, réalisateur du Prénom et co-scénariste d'Un Illustre inconnu, ici en collègue prof de Valérie Benguigui


Petit clin d'oeil en caméo dans Le Prénom, donc, à la manière d'Hitchcock.

C'est d'ailleurs une atmosphère hitchcockienne que vous découvrirez le 19 novembre dans Un Illustre Inconnu.

Le film est unique en son genre, et c'est une chance d'avoir rencontré Matthieu Delaporte pour ma toute première interview.


De quand date l'écriture d'Un Illustre inconnu?

C'est toujours compliqué de dater une écriture. Avec Alexandre, nous menons toujours plusieurs écritures de front. Ces écritures prennent du temps et s'entremêlent avec d'autres. Entre le moment où nous avons écrit la pièce et la première il s'est passé deux ans. Nous avions terminé le scénario d'Un Illustre inconnu quand la pièce a débuté au théâtre Edouard 7.  
Puis la pièce a eu du succès et, quand Dimitri Rassam, notre producteur commun avec Alexandre, nous a proposé de réaliser Le Prénom pour le grand écran, j'ai eu peur que cela se fasse aux dépends d'Un Illustre inconnu. Mais Pathé était déjà intéressé par le projet, et Dimitri m'a dit: "Le Prénom ne t'empêchera pas de faire Un Illustre inconnu. C'est grâce au Prénom que tu réussiras à faire Un Illustre Inconnu." Il a eu raison.  

Le héros d'Un Illustre inconnu s'appelle Sébastien Nicolas. Il pourrait s'appeler Nicolas... Sébastien.

Je trouvais intéressant qu'il n'ait pas de nom de famille évident. Le nom lui-même est réversible, bi-soluble. C'est un nom non-identifiant, pour ce personnage qui n'est l'enfant de personne. 
J'ai remarqué, par ailleurs, que les auteurs donnaient toujours un peu le même nom à leurs personnages.

Qui t'a inspiré le personnage ?

Il ne s'agit pas d'une personne qu'Alexandre et moi connaissons. C'est parti d'une réflexion personnelle et intime sur l'identité. À l'adolescence, tu es souvent plus spectateur de ta vie que réellement acteur. C'est l'écriture qui m'a permis d'entrer dans la réalité.
On avait envie avec Alexandre de créer une histoire de cinéma, de quitter le champ naturaliste ou sociologique et d'assumer complètement le romanesque. De traiter la névrose, le trouble identitaire à travers une grande histoire. Les imposteurs cherchent à s'affranchir du réel. On avait envie d'aller au bout de la logique du personnage et de s'enfoncer dans la fiction. C'était la même idée en mise en scène. Je voulais faire un film à la première personne sur quelqu’un qui doute, justement, de cette personnalité. Il doute du fait même d’être une personne. Il rêve d'être un autre mais n'a pas d'imaginaire. 
Je me suis posé la question suivante: et si je n'avais pas eu d'imaginaire ? Sébastien Nicolas est un être démuni, incapable de s'inventer une vie.
Je trouve  passionnant de voir ce qui se passe avec les blogs aujourd'hui. Ils permettent, notamment aux adolescents, de partager ce flottement, ce questionnement avec les autres.
Je m'intéresse beaucoup à la problématique des trans: ils ont la certitude absolue de ne pas être ce qu'ils sont. Ils veulent se réconcilier avec le miroir, adapter leur corps à ce qu'ils ont toujours été intérieurement. La transformation physique relève d'une recherche d'authenticité.
Je trouve navrant, par contre, que dans le cinéma, trop souvent, on confonde identité de genre et orientation sexuelle. C'est une question d'identité, pas d'orientation sexuelle. Un homme peut très bien devenir femme et toujours aimer les femmes.  

Sur la question d'identité de genre, qu'as-tu pensé de Guillaume et les garçons, à table! de Guillaume Gallienne et de Tomboy, de Céline Sciamma ?

Je connais bien Guillaume. Il a joué dans mon premier film, La Jungle. Je trouve extraordinaire qu'il ait pu sublimer dans l'art tout ce qu'il a vécu de difficile, pour s'en libérer. J'ai le même respect pour ceux qui ont créé La Guerre est déclarée. Transformer ses névroses, ses peurs et ses doutes en un objet artistique et le partager avec les autres, c'est formidable.  
J'aime beaucoup les films de Céline Sciamma, je m'apprête à aller voir Bande de Filles. J'avais beaucoup aimé son premier film (La Naissance des pieuvres, ndlr) et j'ai trouvé Tomboy très réussi. Je n'ai qu'un regret, cependant, à l'égard du film: il se termine au moment où j'aurais aimé qu'il commence. Cette volonté d'être un autre chez cette petite fille est très bien traité, mais j'aurais voulu voir comment on vit une fois qu'on a franchi ce cap.

Et toi, as-tu déjà eu envie d'être quelqu'un d'autre ? 


C'est une question difficile ! (sourire) Je me demande souvent ce que je serais devenu si je n'avais pas eu l'écriture, et si je n'avais pas rencontré Alexandre.  
A l'adolescence, j'aurais signé un contrat avec mon sang, donné ma main, pour faire un métier créatif.  


Était-ce difficile de devenir cinéaste, quand tes parents n'étaient pas du tout de ce milieu (contrairement à Alexandre de la Patellière, dont le père est réalisateur, ndlr) ?

Je suis d'un milieu intellectuel, totalement en-dehors du monde du cinéma. Pour moi, la seule porte créative, c'était de travailler dans le milieu de la publicité. J'ai pensé en faire. J'ai fait quelques stages mais j'ai pris une autre direction. 
Un jour, l'un de mes amis a fait un court-métrage, et ce fut un déclic. 
Après Science-Po (je suis passionné de politique) je me suis donné un an pour tourner un court-métrage. J'ai envoyé des propositions de sketch à Canal Plus, et j'ai eu la chance qu'Alain de Greff (directeur des programmes à l'époque, ndlr) me remarque. Il a proposé mon nom aux Guignols de l'info et à Karl Zéro. C'est ainsi que je suis devenu auteur pour Le Vrai Journal. C'est aussi à cette époque que j'ai commencé à écrire des scénarios, et que j'ai rencontré Alexandre.



Sébastien Nicolas est agent immobilier, comme Vincent, le héros du Prénom. Les deux personnages sont pourtant aux antipodes...

Avec Alexandre, nous avons choisi que Sébastien Nicolas exerce ce métier pour des raisons très différentes de Vincent dans Le Prénom. Il lui fallait un métier qui lui permette d'entrer en contact avec les gens, d'avoir leurs clés, de rencontrer des personnes de milieux sociaux différents. Je trouve surtout le paradoxe intéressant: un homme privé de vie intérieure permet aux autres d'avoir un intérieur.
Par ailleurs, c'était un choix stratégique du point de vue du scénario. On pose beaucoup de questions à des locataires quand on loue un appartement: on demande les fiches de paie, une copie du contrat de travail, le nom et les coordonnées des personnes qui se portent garantes... C'est presque aussi intrusif qu'un procès. Cela permettait au personnage d'avoir le plus d'informations possible sur ses clients, avant de prendre leur place.


Il est étonnant que Sébastien Nicolas désire la vie d'un compositeur cynique et misanthrope plutôt que celle d'une personne plus solaire, non ?

Je ne m'étais jamais posé la question en ces termes. Sébastien Nicolas cherche quelqu'un de vivant, et Henri de Montalte a une vie. On trouvait séduisant que le protagoniste désire la vie de quelqu'un qui n'en veut plus. 


De plus, Sébastien Nicolas et Henri de Montalte ont des points communs: leur rapport à la solitude, et une certaine froideur à l'égard de leur entourage.
On se créé fréquemment un double, une version idéalisée de nous-mêmes, par exemple sur Facebook. Cette version idéale que l'on voit des autres (souriants, bronzés, heureux) créent souvent, d'ailleurs,  un complexe. Nous sommes tous des icebergs, avec une partie immergée, mystérieuse, de l'ordre du secret. Beaucoup d'auteurs prennent un pseudonyme. Pourquoi faire cela, si ce n'est pour se créer un double, s'inventer une autre vie ? Prendre un nouveau nom est libérateur. On s'autorise des chemins que l'on aurait pas osé prendre autrement.

Tu as déclaré dans l'interview du dossier de presse: "Sébastien Nicolas s'auto-engendre." Tu crois qu'on peut s'auto-engendrer ? 



Il y a une part d'auto-engendrement, mais c'est aussi un fantasme. On ne s'auto-engendre pas, mais on peut se construire contre. Même si on se construit en opposition à sa famille, par exemple, c'est aussi une manière de se construire. On ne peut pas faire abstraction des gens qui sont proches de nous, nous aiment et nous détestent.

Ton personnage est assez proche de l'Etranger de Camus...



Je pense, oui. On est tous prisonnier de son corps. On choisit ses amis, ses lectures, mais jamais son corps. Quand Sébastien devient quelqu'un d'autre, il s'affranchit. Si je dois comparer cela à mon parcours personnel... 
Quand j'ai compris que je pourrais vivre de mon écriture, j'ai eu un sentiment de liberté et de plénitude incroyable, qu'on ne ressent qu'une fois. J'ai compris qu'on ne pourrait pas me l'enlever. J'ai eu peur pendant longtemps de ne pas pouvoir vivre de ma créativité, et quand j'ai réussi, je me suis senti comme un esclave affranchi.


Nous avons plaisanté ensemble sur l'introduction de mon article. Je parlais d'une définition de mots croisés qui disait "Illustre inconnu" en quatre lettres. Réponse: Dieu. 

Es-tu croyant ?

Il y a une phrase dans Le Dîner d'adieu (la pièce, toujours de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, est un succès en ce moment au théâtre Edouard VII, ndlr) qui dit: "C'est dur d'être en accord avec soi-même quand on a l'esprit de contradiction."  
Je suis chrétien comme beaucoup se sentent juifs. J'ai été façonné par mon éducation. La religion apportait de la lumière à mes parents. Moi, je suis un être de contradictions et de doutes plus que de certitudes et de foi.

Tu as parlé de Pessoa et Romain Gary pour tes inspirations littéraires concernant  Un Illustre inconnu. Quelles ont été tes influences cinéma? 


Alexandre et moi n'avions pas de film particulier en tête pendant l'écriture du scénario. Il n'y a pas de référence unique qui se dégage. Je peux te parler, par contre, des films qui m'ont marqué. L'un de mes premiers chocs cinématographiques, c'était Le Tambour. Je me suis réveillé la nuit, à onze ans, et je l'ai regardé tout seul, à la campagne. En le regardant, j'ai pris une claque.  
En voyant Buffet Froid, j'ai été surpris par l'écriture du film.
On regarde un Kurosawa et on se rend compte qu'un film japonais peut nous toucher, être proche de nous.  J'ai aussi été marqué par Scorsese, Polanski, et les films asiatiques. J'ai beaucoup aimé The Social Network de Fincher. 


Je n'appartiens à aucune chapelle, contrairement à Woody Allen, par exemple, qui parle de Bergman à chaque interview, sa figure tutélaire. Moi, je suis polythéiste ! (rires) 


Pour les films sur la solitude, j'ai beaucoup apprécié Oslo, 31 août. Il s'agit d'un roman qui avait déjà été adapté par Louis Malle en 1963 dans Le Feu Follet. Quand j'ai écrit le personnage d'Un Illustre inconnu avec Alexandre, je voulais retrouver la fébrilité du personnage joué par Maurice Ronet. 


On souhaitait que le public soit spectateur de la vie de Sébastien Nicolas, qu'il se pose des questions sur le pourquoi de ses actions. Que de l'observation, on finisse par comprendre son cheminement, que de là naisse de l'empathie, et qu'on l'accompagne jusqu'à épouser son point de vue. Il n'y a pas de jugement dans le film. Le seul juge, c'est le spectateur.
L'autre film qui m'a captivé au sujet de l'extrême solitude, c'est Her. Je trouve que Spike Jonze décrit très bien cet être qui semble, à l'inverse de Sébastien Nicolas, pétri d'imaginaire. Son personnage a du mal à avoir prise avec la réalité. Au fond, c'est un être de fiction.
Le film qui revenait souvent pendant la création d'Un Illustre inconnu, c'est Révélations, de Michael Mann, où la question du point est essentielle (les zones de flou et de non-flou.)
Sinon, j'ai été très marqué par le film Morse, de Tomas Alfredson. Le réalisateur a une capacité à créer une ambiance avec très peu de choses.

Tu as un côté collectionneur, comme ton personnage... 





Tout à fait. Je fonctionne avec un herbier, je fais des compilations: je prends des photos et des notes sans arrêt. Je me créé ainsi des banques d'images, de plans de films, d'articles. J'ai tendance à compiler, à ranger, je possède une vraie bibliothèque intime. 
C'est cet éclectisme qui me permet, avec Alexandre, d'écrire des films très différents. Quand on me demande comment on peut passer d'un film comme Le Prénom à Un Illustre inconnu, je réponds que je n'en sais rien. Je ne psychanalyse pas mes envies, j'essaie juste d'en avoir. C'est déjà dur de trouver son chemin, on ne va pas chercher à ce qu'il soit rectiligne.


Tu as qualifié les acteurs principaux d'Un Illustre inconnu, Mathieu Kassovitz et Marie-José Croze, de "Stradivarius" et Henri de Montalte est violoniste. Un goût particulier pour le violon ? (sourire)


Je ne suis pas violoniste. Je faisais référence au violon, parce que quand je parle à des musiciens, ils me disent que l'on peut sortir d'un instrument une musique que l'on ne pensait pas possible. Je crois que c'est pareil avec le cinéma. Quand tu travailles avec des acteurs, qui ont un grand talent et sont si différents de toi, ils te donnent beaucoup, y compris des choses que tu n'attendais pas. Tu es toi-même pris par l'émotion. J'avais conscience de ma chance pendant le tournage. Il a été heureux, malgré les difficultés.
On me demande souvent: "c'est quoi un acteur facile ou un acteur difficile ?"  
Je trouve qu'un acteur difficile, c'est celui qui n'est pas bon. Ne pas avoir ce qu'on veut, c'est très frustrant, et ça referme notre imaginaire. On peut être face à un acteur très gentil, très souriant, mais qui, malheureusement pour lui, n'a pas de talent. Ça arrive à des gens très bien, moi-même je joue comme une saucisse ! (rires) 

Mathieu et Marie-Josée sont des acteurs qui savent se mettre à nu avec talent. C'est au metteur en scène de les mettre à l'aise, en confiance, pour qu'ils prennent des risques. 
Mathieu est quelqu'un de pudique, qu'on n'apprivoise pas facilement. Marie-Josée et lui sont  des personnes à vif, sur la brèche, et en même temps, c'est jubilatoire de travailler avec eux sur un film, car il se passe vraiment quelque chose.

Comment a été écrit, justement, le personnage du violoniste ?


C'est un Arlequin. Il a un costume qui est composé de pièces très différentes. Il s'agit d'un ogre, comme on peut en rencontrer parfois chez certains acteurs, ou d'autres gens que l'on connaît, qui sont plein de leur pouvoir et de leur talent, mais qui sont d'une grande dureté. Le personnage a été inspiré par des gens comme Céline, qui sont des génies dans leur genre et ont conscience de l'être. Ils peuvent être  à la fois d'un immense talent et d'une grande cruauté.
Albert Einstein a dit de son fils: "c'est la seule équation que je n'ai pas su résoudre." On peut être un génie, et peu de choses du point de vue humain. Le compositeur Glenn Gould a été une inspiration essentielle pour Henri de Montalte. Il était très exigeant, maniaque, obsessionnel, et agoraphobe au point d'arrêter les concerts. Il faisait partie de ces gens habités par ce qu'ils font, les créateurs.
Si un jour on me disait "Tu ne peux plus écrire..."
Il y a un moment horrible dans La Vie des autres, où l'on explique comment l'on casse les intellectuels. On leur fait croire qu'ils ne pourront plus jamais écrire. On les libère et ils peuvent écrire de nouveau. En fait, ils sont brisés, ils se sont emprisonnés mentalement dans l'idée qu'ils n'écriraient plus.
Avec Alexandre, on a cherché un personnage qui aurait perdu un sens à sa vie. Ce serait un homme rempli d'une seule chose. il ne vivrait que pour la musique, et une fois qu'il ne pourrait plus jouer de son violon, il aurait l'impression de ne plus valoir grand-chose.
Je voulais mettre face à face un misanthrope et un homme qui préfère les autres à lui-même. Les deux personnages sont des handicapés sociaux. Henri de Montalte est un virtuose du violon, Sébastien Nicolas est un virtuose de l'autre.

Tu dis de Sébastien Nicolas que c'est un acteur qui ne veut plus quitter son rôle.



Il y a des acteurs qui nous fascinent, mais on ne les voit que dans l'exercice de leur art. Souvent, ce que les acteurs ont de mieux à donner aux autres, c'est sur scène, ou face à la caméra. Je vois des acteurs qui éprouvent tant de plaisir sur scène, à être dans une bulle, dans une maîtrise totale, qu'ils trouvent le quotidien terne, difficile à vivre. Jouer dans une pièce, c'est un shoot d'adrénaline de deux heures, mais on ne peut pas vivre comme ça à plein temps.


Beaucoup d'acteurs sont dans l'attente, toute la journée, de leur passage sur scène. Ils rêvent de devenir un personnage de fiction en permanence.


Tu dis du musicien "Il met sa musique entre lui et le monde, pour se protéger." Tu penses qu'il en est de même pour le cinéaste et son art?


Je suis absolument convaincu que mon bouclier avec le monde est l'écriture. Le cinéma, c'est autre chose: c'est la concrétisation collective d'une production personnelle. Si demain, je me retrouve sur une île déserte, je pourrais vivre sans caméra, mais pas sans du papier et un stylo.
L'acte premier, c'est d'écrire, d'inventer. La fabrication, c'est autre chose. Il s'agit d'un travail collectif. Un réalisateur est comme un architecte: on dessine des plans, et ensuite, 25 corps de métiers travaillent dessus.

Tu n'as pas inventé à Sébastien Nicolas de traumatisme d'enfance pour expliquer son trouble. Tu trouves qu'aujourd'hui, au cinéma, on se réfère trop à la psychologie ?

C'est une question que l'on s'est beaucoup posé avec Alexandre pendant l'écriture. On commence à avoir les premiers retours sur le film. Heureusement, la très grande majorité des spectateurs est favorable au film, mais pour ceux qui n'aiment pas, deux reproches reviennent: "invraisemblable," pour ce qui est de l'histoire, et "froid et antipathique" pour ce qui est du personnage. Le pari du film, c'est d'être extérieur à quelqu'un, et petit à petit de passer de l'extérieur à l'intériorité. Si le spectateur rate ce virage, il passe à côté du film.
Dans une intrigue, l'idée d'intégrer un traumatisme initial a valeur d'explication. C'est très séduisant et ça créé immédiatement de l'empathie. Si Sébastien Nicolas était martyrisé dans son enfance, le spectateur comprendrait plus aisément qu'il veuille changer de peau. Mais on voulait rester, avec Alexandre, sur quelque chose de plus universel. On ne voulait pas se montrer simplificateur en expliquant ce qu'il est par un épisode qu'il a vécu. La biographie explique beaucoup de choses, mais elle n'explique pas tout. Par contre, c'est une béquille filmique formidable. Je pense à Dexter, tueur en série, certes, mais tueur en série sympathique, à qui l'on a inventé un traumatisme d'enfance.



Tu as déclaré "Le réel ne m'intéresse pas." Tu peux m'en dire plus ?


Je ne suis pas du tout un documentariste. Le quotidien, la réalité m'angoissent. C'est pour ça que j'ai commencé par la comédie. La vie telle qu'elle est me paraissait trop dure. Ce que j'aime, c'est restructurer le réel par la fiction. Je ne suis jamais aussi à l'aise que dans l'imaginaire. 
Ce que j'aime dans le réel, c'est qu'il ne le reste jamais très longtemps. Sinon, on n'aurait pas besoin d'artistes. Il suffirait de regarder par la fenêtre.










 Un grand merci à Matthieu Delaporte pour cet entretien passionnant de deux heures. Merci à Alexandre de la Patellière pour son écriture remarquable, et son active participation à ce projet d'interview, notamment en m'invitant à la projection presse. Merci à tous deux, enfin, d'avoir été si aimables et disponibles.






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