dimanche 19 octobre 2014

LE LABYRINTHE: SA MAJESTÉ TUE-MOUCHES



Le Labyrinthe Affiche







Vous pensiez que Hunger Games était pompé sur Battle Royale ? Détrompez-vous. Les deux auteurs ont en réalité copié un roman jeunesse des années 50, devenu une référence de la dystopie adressée aux jeunes lecteurs. Sa Majesté des mouches de William Golding est en effet étudié dans les écoles depuis des décennies. 




sa majesté des mouches golding livre




Suzanne Collins, auteur de Hunger Games, avait au moins l'honnêteté de dire que sa trilogie s'inspirait à la fois de Golding et d'Orwell.

Schéma de Golding : mettre des enfants seuls sur une île, livrés à eux-mêmes, et raconter ce qui se passe. Dans Battle Royale, l'auteur transformait l'idée de Golding en combat à mort organisé par les écoles japonaises. 

affiche battle royale


Suzanne Collins en faisait un jeu télévisé dans de nouvelles arènes romaines.


katniss hunger games 3 snow tv



Et Le Labyrinthe... n'en fait rien. On reprend Golding, on insère vaguement une histoire de labyrinthe avec des monstres dedans, et on ajoute une fille à la bande de gars, car il ne faudrait pas vexer le public féminin : il rapporte autant, voire plus, que les garçons. Et puis, il faut bien saupoudrer le tout de romance pour créer un suspense à faire soupirer les jeunes filles.



De Lord of the Flies à "Lord of the Fleas"





Tout ressemble à la trame de Golding. On assiste à la guerre des chefs attendue et à des rituels barbares. Golding prouvait déjà que des enfants livrés à eux-mêmes, après avoir tenté un semblant de civilisation, revenaient vite à l'état primitif. Le Labyrinthe n'invente rien, ne va pas plus loin que l’œuvre de Golding, et la ferait même régresser. Le petit obèse, Chuck, est une réplique exacte du Piggy de Golding, si ce n'est qu'il n'est pas martyrisé par ses camarades. 



Chuck (Blake Cooper) dans Le Labyrinthe
Chuck (Blake Cooper) dans Le Labyrinthe



Piggy face à Ralph dans le Sa Majesté des mouches de 1963, réalisé par Peter Brook
Piggy face à Ralph dans le Sa Majesté des mouches de 1963, réalisé par Peter Brook

 

La photographie du film, ses couleurs estivales et ses décors pseudo-sauvages sont un copier-coller de l'adaptation cinéma de Harry Hook, L'Ile Oubliée, sortie en 1990.




L'indigence du scénario de Le Labyrinthe et l'impossibilité de s'attacher aux personnages change cette majesté des mouches (lord of the flies) en majesté des puces (lord of the fleas.) Je veux dire par là que le film gratte, qu'il agace, et se contente de sautiller.
 

Les nouveaux enfants perdus


En réalité, il faut remonter plus loin que Sa Majesté des mouches. Il faut revenir à d'autres enfants perdus sur une île.



Dans Le Labyrinthe, quand une jeune fille arrive enfin dans ce camp pour garçons (appelé le Bloc) ils la regardent comme les enfants perdus de JM Barrie considéraient Wendy.
 

Les enfants perdus dans Peter Pan, de PJ Hogan (2003)
Les enfants perdus dans Peter Pan, de PJ Hogan (2003)



L'acteur qui joue Newt, avec son air mutin, est très proche de la description originale de Peter Pan.


Thomas Brodie-Sangster est Newt dans Le Labyrinthe
Thomas Brodie-Sangster est Newt dans Le Labyrinthe




Couverture d'une édition de Peter Pan
Couverture d'une édition de Peter Pan

En passant, vous reconnaîtrez peut-être, dans ce visage d'ado qui a gardé ses traits d'enfants, le petit garçon amoureux dans Love Actually :

Thomas Brodie-Sangster dans Love Actually, de Richard Curtis (2003) petit garçon amoureux newt labyrinthe
Thomas Brodie-Sangster dans Love Actually, de Richard Curtis (2003)



Un cinéma formaté



Si le film pille allègrement les classiques, il n'oublie pas d'intégrer dans sa trame des éléments qui ont fait le succès des films récents pour la jeunesse.

Le choix des acteurs, d'abord.


Dylan O'Brien est Thomas dans Le Labyrinthe
Dylan O'Brien est Thomas dans Le Labyrinthe

Brenton Thwaites est Jonas dans The Giver
 Brenton Thwaites est Jonas dans The Giver 

Kristen Stewart, héroïne de Twilight
 Kristen Stewart, héroïne de Twilight 

Kaya Scoledario est Teresa dans Le Labyrinthe
Kaya Scoledario est Teresa dans Le Labyrinthe


Ajoutez à cela l'éternelle figure du Noir sage et sacrificiel (Alby) le "bully" (petit dur qui martyrise les plus faibles) représenté par Gally, une méchante peu crédible, pourtant interprétée par l'excellente Patricia Clarkson, perdue ici, on ne sait pourquoi. Meryl Streep, dans The Giver, est meilleure, mais guère plus. On retrouvait une méchante dans Divergente, sous les traits de Kate Winslet.

Cette ressemblance troublante entre les héros du Labyrinthe et ceux des dystopies récentes n'est pas due au hasard: elle prouve que le cinéma pour adolescents est de plus en plus formaté, qu'il cherche, davantage qu'à faire réfléchir, à faire recette.

C'est peut-être la plus grande hypocrisie de ces films: prôner la rébellion, la différence, l'anti-conformisme (c'est le cas dans Divergente, qui reprend pourtant tous les codes de la publicité) tout en proposant un produit lisse, ultra-codifié, sorte de préfabriqué cinématographique.
  

Un labyrinthe peut en cacher un autre

Au-delà des personnages, on découvre d'autres éléments du Labyrinthe empruntés aux œuvres récentes pour la jeunesse.

Le plus évident est peut-être Harry Potter.

Le labyrinthe comme troisième épreuve des champions dans Harry Potter et la coupe de feu, de Mike Newell (2005)
Le labyrinthe comme troisième épreuve des champions dans Harry Potter et la coupe de feu, de Mike Newell (2005)


Les murs du labyrinthe de Thomas et ses amis bougent, comme le escaliers de Hogwarts dans la saga Potter.

Mais ils bougent de façon mathématique, ce qui permet aux coureurs de savoir comment la grande machine fonctionne.

Les jeunes sont enfermés aux portes d'un labyrinthe sans savoir pourquoi. Le slogan du film pourrait être "Ne cherchez pas une raison. Cherchez une issue." Ah, non. Ce slogan-là est déjà pris.


affiche de cube


Dans Cube, film claustrophobique et ingénieux (décor unique, utilisé avec brio) six personnes se réveillent prisonnières d'un cube géant, dédale meurtrier dont il faut sortir à tout prix. 

Les personnages parlent des créateurs du Cube à coup de "ils" et de "eux." On ignore pourquoi ils sont jetés là.


Dans Le Labyrinthe, ce sont à nouveau les adultes qui tuent les enfants, comme dans Hunger Games.


Alby dit à Thomas de se souvenir de l'ennemi véritable, et c'est le conseil de Haymitch à Katniss dans le deuxième volet de Hunger Games. On retrouve dans le teen movie de Wes Ball la valeur courage, mise en exergue dans toutes les dystopies de ces dernières années.



La quête d'un juste au cœur d'un labyrinthe n'est pas neuve: cela remonte à Thésée dans la mythologie. Cette épreuve a largement été reprise dans les jeux de rôle et l'heroic-fantasy (Tolkien, entre autres.)

Il est même un film, déjà intitulé Labyrinthe, où une jeune fille de seize ans affrontait mille dangers pour retrouver son petit frère.



Le labyrinthe imaginé par Jim Henson pour son film de 1986
Le labyrinthe imaginé par Jim Henson pour son film de 1986


Le labyrinthe pseudo-sombre de Wes Ball peut enfin rappeler Le Labyrinthe de Pan, sans lui arriver à la cheville.


Ofelia (Ivana Baquero) aux portes du labyrinthe de Pan, dans le film de Guillermo del Toro (2006)
Ofelia (Ivana Baquero) aux portes du labyrinthe de Pan, dans le film de Guillermo del Toro (2006)

Oh, les grosses bê-bêtes


Tout est pompé, donc, dans Le Labyrinthe. Jusqu'aux monstres du dédale, les Griffeurs.  


monstre griffeur le labyrinthe



Il s'agit en réalité de plusieurs monstres en un seul:

l'araignée géante de Harry Potter, Aragog:


 

un soupçon d'Alien:




monstre alien film


Et un côté monstre-robot dans Edge of Tomorrowlui-même copié sur les extra-terrestres de Starship Troopers:




monstre starship troopers

Alors pourquoi mettre des monstres dans le  labyrinthe ? Pour ajouter du suspense à une histoire creuse ? Pas seulement. Les monstres sont là pour que les garnements se tiennent tranquilles, et c'était déjà l'idée-phare du film de M. Knight Shyamalan, Le Village (2004):   
 



En somme, Le Labyrinthe est une énième dystopie adolescente, et elle est ratée. Vraiment ratée. Mal interprétée et bourrée d'incohérences. Si l'on espère que le bouquin est meilleur, on n'ose plus trop tenter le coup après ces deux heures laborieuses d'un scénario qui sent le déjà vu à plein nez.


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Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpg Pas bon À hurler !