samedi 25 octobre 2014

MAGIC IN THE MOONLIGHT : LA POUDRE DE PERLIMPINPIN DE WOODY ALLEN





Un film de Woody Allen, c'est comme le Beaujolais nouveau : on sait qu'il y en sort un par an, et l'on est toujours curieux de la nouvelle cuvée. Alors on goûte.

Le cru 2014 de Woody Allen ressemble davantage à un mélange de vins anciens qu'à du vin nouveau.


Magie, magie


Dès Stardust Memories (1980) Woody incarnait un prestidigitateur dans un film en noir et blanc où il se moquait gentiment du star-system.

Dans Le Secret du scorpion de jade, il évoquait déjà le danger du charlatanisme, avec un illusionniste qui se servait de son pouvoir à de mauvaises fins. La photographie de Magic in the Moonlight est très proche de celle du film de 2001. Woody y mêlait aussi le mystère de l'amour, aux côtés de Helen Hunt, habituée des roms-coms dans les années 90.




Scoop, sorti en 2006, mettait aussi en scène des numéros de magie.

Magic in the Moonlight semble démarrer là où Whatever Works s'arrêtait: l'homme de science cynique se retrouvait en couple avec une voyante, et nous expliquait dans la dernière scène à quel point l'amour était illogique.

Cette fois-ci, Woody trouve un alter ego en Colin Firth, qui incarne un illusionniste de talent. Comme Boris dans Whatever Works, il tombe amoureux d'une charmante tête de linotte, à qui il trouve tous les défauts du monde avant de la qualifier d'adorable.

On retrouve dans ce nouvel opus amoureux une réplique quasiment à l'identique, quand le héros s'enorgueillit d'être un génie, et de savoir réviser son jugement quand il s'aperçoit de son erreur. On entend également en début de film, pendant le tour de magie, le même morceau de Wagner que dans la deuxième scène de Whatever Works.



Melody (Eva Rachel Wood) et Boris (Larry David) dans Whatever Works, de Woody Allen (2009)


Dans Magic in the Moonlight, Stanley Crawford choisit un pseudo douteux, comme Boris Yolnakoff prend le nom de Muggeridge. Les deux héros préféreront une jeune naïve à leur épouse cultivée et rationnelle.

Woody se recyclerait-il ? Si c'est le cas, il n'est pas le seul.

L'orgueil, l'erreur puis la rédemption, Colin Firth connaît bien. Je veux dire par là qu'il a déjà campé ce type de personnage... deux fois.

Colin Firth, éternel Darcy


L'un de ses rôles les plus célèbres était Darcy dans Le Journal de Bridget Jones. Il jouait « Mr Right, » vous savez, le type qu'il faut épouser, face à Hugh Grant, séducteur incorrigible à éviter à tout prix. Bridget, bien sûr, se laissera prendre au piège du beau salaud avant de choisir le gentil garçon.



Un acteur principal n'est jamais choisi au hasard. Colin Firth avait déjà incarné un gentilhomme nommé Darcy, dans une adaptation d'Orgueil et préjugés par la BBC.




6 heures d'une mini-série, 1h30 de rom-com à succès, et Colin Firth, en 2014, incarne une fois de plus un orgueilleux qui s'amende. Sa performance dans Le Discours d'un roi et A Single Man apparaissent comme une bouffée d'air frais dans sa filmographie.

Si Firth a joué dans de nombreuses comédies, ses personnages sont rarement drôles. Ils peuvent être spirituels, comme George VI dans Le Discours d'un roi

Dans Magic in the Moonlight, son accent british devait l'aider à incarner un homme sarcastique, empli de ce flegme si cher aux Anglais. Mais quelque chose ne fonctionne pas : les saillies spirituelles, censées être piquantes, sont attendues et tombent à plat. Dans la salle, le public rit trop peu. Peut-être que certains acteurs, aussi grandioses soient-ils, ne parviennent pas à se glisser dans un personnage comique. Faire rire est un art souvent sous-estimé.

Face à Mr Right, on trouve bien entendu un fâcheux, ici un jeune richard benêt (l'adjectif avait justement inspiré Jane Austen le nom « Bennet, » dans Orgueil et Préjugés) qui chante la sérénade à sa belle sur un ukulélé.

Tiens. Un ukulélé. C'est apparemment l'instrument par excellence du mauvais charmeur selon Woody. On se souvient de l'acteur séduisant dans La Rose Pourpre du Caire, qui s'avérait être un lâche imbu de lui-même. 





Mia Farrow et Jeff Daniels (dans sa jeunesse, si si)
dans La Rose pourpre du Caire, de Woody Allen (1985)

L'homme idéal doit-il nécessairement jouer de la clarinette ?

Les années folles de Woody


Woody est un excellent clarinettiste. Grand amateur de jazz, ce genre musical revient dans tous ces films, quelle que soit l'époque où ils se déroulent, et on l'entend dans tous ses génériques.

Dans Magic in the Moonlight, le réalisateur s'en donne à cœur joie : en avant le jazz, qui se chante et se danse, puisque nous sommes à l'époque de Gatsby le Magnifique. Les années folles, une excuse pour que les jeunes filles portent de jolies robes, dans un décor idéalisé du sud de la France, tels que Woody les aime.

C'est la photographie qui semble le point fort du film : les lieux de tournage ont justement cette magie qui manque tant à l'ensemble. Les costumes sont charmants, les robes savamment travaillées, mais guère plus. Le décor sert le côté désuet du film, qui se veut plaisant mais finit par agacer. Les clichés sont trop nombreux, sur trois des thèmes de prédilection du cinéaste : la magie, fausse mais salvatrice tout de même, l'amour irrationnel et la mort inévitable.

Rom-com et Ran tan plan


Woody Allen a fait 50 films. Évidemment qu'il y aura des redites dans plusieurs d'entre eux, car le cinéaste a ses thèmes fétiches. Magic in the Moonlight rappelle Comédie érotique d'une nuit d'été, dans le choix de la lumière et des décors naturels.



Mais la fraîcheur et l'humour de ce film de jeunesse a disparu dans ce nouveau chapitre. La mécanique de la rom-com se met à grincer.

Emma Stone, pourtant, est pétillante avec sa poussière de fée: Stanley Crawford se laisse enfin aller à des pensées agréables, et se surprend à flotter dans les airs quand, près d'elle, il croit enfin à la magie.

Malheureusement, tout est cliché : l'orage et les éclairs, les tourtereaux qui se rapprochent, la chanteuse à Berlin, et même la fin, qui se voudrait charmant Cluedo, ne prend pas. Les gags, hélas, tombent à plat.

Reste le plaisir de revoir à l'écran les excellentes Eileen Atkins dans le rôle de tante Vanessa et Marcia Gay Harden en Mrs Baker.

On trouvera peut-être mon analyse sévère, mais il n'est pas de pire critique qu'une admiratrice déçue. Avec Woody, c'est la douche écossaise : le bonheur avec Blue Jasmine l'an dernier, l'ennui devant To Rome with Love, le savoureux Whatever Works et le décevant Midnight in Paris. En gardant, au fond du crâne, les répliques d'Annie Hall, les visages de Hannah et ses sœurs, la réflexion sur l'amour dans Manhattan, le suspense et la profondeur de Match Point, la drôlerie de Meurtre à Manhattan...

Woody fait à ses fans l'effet d'une drogue : à chaque prise, c'est la sensation première qu'on espère retrouver.




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