mercredi 1 octobre 2014

SAMBA: LE RIRE AU COEUR DU DRAME





Eric Toledano et Olivier Nakache, trois ans après Intouchables, s'essaient au drame social. Avec succès. Loin de la noirceur et l'unité de ton que l'on voit par exemple chez les frères Dardenne, Toledano et Nakache n'hésitent pas à faire éclater le rire au cœur du drame.

Omar et Charlotte, nouveaux Intouchables


Comme dans Intouchables, deux personnes paumées se rencontrent et se sauvent l'une l'autre. Omar Sy et Charlotte Gainsbourg incarnent dans Samba deux abîmés de l'existence comme on en voit peu au cinéma. 

Samba a un prénom qui danse et des lendemains qui déchantent. Sans papiers, en France depuis 10 ans, il court après le travail au noir et une régularisation tant espérée. 

Alice, insomniaque, dépressive, soigne son récent burn-out dans une asso. Elle répare son âme brisée au contact d'autres gens en souffrance, qu'elle s'évertue à aider, malgré l'absurdité de l'administration française. Scènes savoureuses et dialogues de sourds, paradoxe de sans-papiers qui croulent sous la paperasse, tout est bien vu, tout sonne juste, la maladresse de certains échanges ajoute même à l'émotion.

Samba: Les Temps Modernes


Tout est montré, dans Samba: l'espoir et la fatigue des associatifs, le découragement des sans-papiers, qui travaillent, s'épuisent, se cachent, envoient le peu d'argent qu'ils gagnent à leur famille, se font refouler par la justice et connaissent toutes les formes de l'humiliation. Pour Samba et son ami Wilson, c'est tout les jours la place de Grève, où règnent les trafics, et la peur, toujours, de faire quelque mauvaise rencontre qui leur ferait prendre l'avion.

On aurait pu être chez les frères Dardenne, dans ce genre de films qui plaît tant, à Cannes. Comme le dit Albert Dupontel: "Cannes, c'est l'inverse du football: ce sont des riches qui regardent des pauvres."

Et là, Omar et Charlotte nous enrichissent. Ils nous feraient dire en fin de journée:

"Oui, je suis fatigué(e), mais dans quel état serais-je si je sortais, comme Samba, du centre de triage, tel un nouveau Chaplin ?"



"Oui, je suis sous-payé(e), mais que ferais-je si je recevais 50 euros au noir comme gardien, et que j'y passais la nuit ? Si j'étais à la merci de petites frappes revendant une fortune de faux papiers navrants?"

Le film ne donne pas de leçon, on les tire seul(e). Des scènes hilarantes (celles sur les toits, notamment) viennent faire respirer le drame.


Wilson (Tahar Rahim) et Samba (Omar Sy) dans Samba, d'Eric Toledano et Olivier Nakache
Wilson (Tahar Rahim) et Samba (Omar Sy) dans Samba, d'Eric Toledano et Olivier Nakache


Omar Sy est touchant. Charlotte Gainsbourg a la beauté qu'idéalisait son père: diaphane, fragile, l’œil tragique, son sourire éclate tout à coup: il éclaire son visage, l'écran, la salle, peut-être.

Les seconds rôles sont remarquables: Izia Higelin est convaincante en fraîche grande gueule, et Tahar Rahim est pétillant en "brésilien" dragueur et optimiste. On retrouve avec plaisir Clotilde Mollet (serveuse malicieuse dans Amélie Poulain) en quadra sentimentale.

Beaucoup de justesse et de drôlerie, dans une rencontre étonnante et un scénario original.

Après Intouchables,  Toledano et Nakache passent, avec Sambadu coq à l'âme.


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