jeudi 30 octobre 2014

THE TRIBE: L'ADIEU AU LANGAGE






Par Josh Sug


The Tribe se déroule dans un internat pour élèves sourds-muets. Sergey, nouvel élève, va très vite découvrir les rites des bandes de cette école, comprenant trafic, agressions collectives et prostitution. Au fur et à mesure, Sergey parvient à gravir les échelons et devient le nouveau proxénète. Mais très vite, il tombe amoureux d'Anna, l'une des prostituées.


La réalisation de The Tribe, film violent et en langage des signes non sous-titré, n'est que le déroulement logique du travail de Myroslav Slaboshpytskiy. En effet, il semble dire adieu au langage après son court métrage Diagnosis (2009), où le dialogue oral ne sert qu'à annoncer froidement à une femme qu'elle et son enfant ont contracté le virus du SIDA, ou à proférer des menaces et à préméditer le meurtre d'un nouveau né.

Le dialogue oral est abandonné dans ses œuvres suivantes tels que Nuclear Waste et surtout Deafness, court-métrage à l'origine de The Tribe. Car oui, Myroslav Slaboshpytskiy a construit Deafness sur un seul plan séquence de dix minutes, laissant déjà ses personnages évoluer dans une école spécialisée pour sourds-muets. Il s'agissait d'un environnement presque aussi malsain que celui de The Tribe, où le trafic et la violence étaient aussi présents.

L'abandon du langage parlé s'ajoute aux décors macabres: dans Diagnosis, l'hôpital ressemble à une prison et les maisons abandonnées se transforment en repères à junkie. Dans Nuclear Waste, nous découvrons un décor froid où seules les machines paraissent vivantes. Dans Deafness, les murs sont recouverts de tags.

La violence omniprésente et l'utilisation des plans-séquences mènent au résultat splendide - bien que parfois difficile à regarder - qu'est The Tribe.




Une maison abandonnée dans Diagnosis



La centrale nucléaire dans Nuclear Waste


Les plans séquences sont maîtrisés à la perfection et la mise en scène est très claire. Un sujet correspond à un plan, et vice versa. Filmé à la steadycam, le rendu est très fluide et naturel, on voit les personnages se développer et évoluer dans cette l'école. 

En d'autres termes, la caméra les laisse vivre, libres. Les personnages doivent do faire leur propres choix : de faire du mal pour s'intégrer au groupe, de se prostituer pour quitter le pays, de garder un enfant ou de se faire avorter. 


Le message est clair : nos choix dépendent en grande partie de notre connaissance, notre vécu et notre expérience, et nous servent à prendre des décisions. 


Ces connaissances sont acquises en partie à l'école. En ne filmant qu'une seule scène scolaire, Myroslav Slaboshpytskiy parvient à souligner son importance. On oublie presque que ce film se déroule dans une internat, car toute cette violence semble refléter le message du réalisateur : voilà ce qu'il se passe lorsque l'on ne sait pas faire ses propres choix, que l'on subit la volonté des autres, comme un mouton.



L'utilisation de la langue des signes sans sous-titres est très réussie. Il n'y a pas un seul dialogue oral dans The Tribe. Tout comme dans Deafness, les seules paroles émises sont filmées à travers une vitre ou couvertes par des bruits de voiture, elles sont donc inaudibles. Dès lors, chaque porte qui se ferme, chaque bruit de pas, chaque cri de douleur devient aussi agressif que les personnages. 




Quartier défavorisé dans Deafness


Quand toute cette violence semble les déshumaniser, la langue des signes nous rappelle que leur comportement est humain. En effet, malgré la barrière qui nous sépare (nous ne les comprenons pas, et eux ne perçoivent pas tout les bruits que l'on entend) nous les comprenons. Grâce à cette langue universelle que Slaboshpytskiy met en avant: celle du corps. Sans saisir leur langue des signes, nous ressentons leur peur et leur inquiétude, leur colère et leur amour. 


C'est ce qui fait la force du film.   





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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !