jeudi 2 octobre 2014

TU VEUX OU TU VEUX PAS ? PATRICK BRUEL EN MIME MARCEAU







Tu Veux ou tu veux pas a été démoli dans la presse. Pour la pièce Le Prénom, Patrick Bruel n'avait pas reçu de Molière, alors qu'il portait le spectacle, devenu ensuite un succès au cinéma.

L'injustice du Bruel / Marceau bashing


En interview, il semble toujours souffrir de ne pas être reconnu par la profession. Vu par les cinéphiles snobs comme un éternel chanteur pour adolescentes, sa carrière musicale (pourtant vieille de près de trente ans) semble nuire à une reconnaissance qui serait méritée pour son jeu d'acteur.

Sophie Marceau est elle aussi victime du bashing que subissent les personnalités très populaires. Il est de bon ton de dénigrer Bruel et Marceau, comme il était bienvenu de mépriser Terry Gilliam il y a quelques mois

On aurait pu attendre Tu veux ou tu veux pas comme une grossière farce. L'affiche alternative, à ce titre, était décourageante.




La bande-annonce est trompeuse et ne donne guère envie de se déplacer. Le fait que le film soit sponsorisé par les mouchoirs Lotus n'arrange rien.

Parler sexe autrement


Certains critiques ont reproché au film de traiter l'addiction sexuelle de façon légère. Eh bien ? Tous les films évoquant le sujet ne peuvent être comme Shame.


Affiche de Shame, de Steve McQueen (II) (2011)


Comme si l'on ne pouvait pas rire d'un sujet sérieux. 

Il se trouve que le film de Tonie Marshall est une comédie légère et plaisante. Jeux de mots, comique de situation, dialogues à double sens, tout est savoureux, jamais vulgaire, jamais facile.

Le couple Bruel/Marceau fonctionne fort bien.

Les escarpins verts de Judith rappellent les bas verts de Shirley Mac Laine dans Irma la douce.



À moins qu'il ne s'agisse d'un clin d’œil à la chanson de Lynda Lemay, "Les souliers verts":






Les dialogues sont assez finement écrits, et la scène surréaliste au bar, où Sophie Marceau voit les hommes en animaux de fables, ajoute au film un côté onirique qui ne manque pas de charme.

L'addiction joyeuse


La bien-pensance décrète qu'il vaut mieux avoir honte d'une addiction au sexe (c'est le sens du titre Shame.) Lambert, le personnage de Patrick Bruel, est un accro au sexe honteux, et qui se soigne. Judith est une femme à l'addiction joyeuse. Elle déshabille les hommes du regard au sens littéral, un sourire triomphant aux lèvres. Pourquoi ne pourrait-on pas voir cela au cinéma ? Polanski nous montrait bien, dans La Vénus à la fourrure, un masochiste heureux.



Affiche de La Vénus à la fourrure, de Roman Polanski (2013)


Tonie Marshall a l'audace de la série Sex and the City dans les années 90: oser montrer une femme qui aime le sexe, sans complexe, avec une jouissance qui est d'abord celle de l'existence. Elle n'oublie pas, cependant, la question du manque affectif. 

Tu Veux ou tu veux pas est un vrai feel-good movie: on sort de la salle léger et joyeux. 

Faire de deux accros au sexe des thérapeutes de couple est une bonne idée de départ, et nous montre que les psys ne sont jamais que des malades qui en soignent d'autres.



Sophie Marceau et Patrick Bruel en thérapeutes de couple dans Tu Veux ou tu peux pas, de Tonie Marshall 


D'accord, le film n'évite pas les clichés. Le couple d'homos qui vient consulter est navrant, et le couple passionné (bien que ce soit une joie de revoir Pascal Demolon) est ridicule. Les jeunes cathos à la sexualité débridée ne sont guère mieux. François Morel, cependant, reste savoureux.

Si les rôles secondaires sont caricaturaux, le couple central pétille et fait rire.

Là où le cinéma à oscars encense la culpabilité (le titre de Shame, encore) Tonie Marshall propose une forme de libération. Dans des dialogues souvent truculents,  elle chasse le manichéisme, et nous fait aimer ce couple avant qu'il s'aime lui-même.




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