dimanche 9 novembre 2014

BILLY ELLIOT, LE MUSICAL: DANSE AVEC LUI









La comédie musicale Billy Elliot, retransmise en direct dans plusieurs UGC, est précédée d'un court documentaire, sorte de making of malicieux, où Elton John, Stephen Daldry, et les artistes du spectacle, s'expriment avec enthousiasme sur le projet.


L'entrée des artistes


Elton John dit s'être identifié à l'histoire. S'est-il senti proche du personnage de Billy, qui tente de devenir danseur dans un milieu ouvrier voyant d'un mauvais œil un garçon en collants ? 

Elton John a été élevé par un militaire, et son père l'aurait plus volontiers vu banquier que chanteur. Au costume gris des gens sérieux, Elton John a préféré les tenues fantasques.



Elton John chante "Crocodile Rock" dans Le Muppet Show


S'est-il senti proche de Michael, l'ami de Billy qui aime s'habiller en robe ? Ce jeune gay affirmé, du haut de ses dix ans, clame dans sa chanson qu'il faut être soi.



Neil McCaffrey dans le rôle de Michael


Dans le documentaire, Stephen Daldry, qui avait déjà réalisé le film de 2002, ainsi que l'excellent The Hours,  prend la parole, ainsi que le jeune Elliot (le bien nommé) Hannah, qui incarne Billy dans le spectacle. Il nous accueille à l'entrée des artistes.

Ce jeune garçon vient de Liverpool. Il est étonnamment doué, et force l'admiration sur deux heures trente de spectacle qu'il semble accomplir sans effort. Il travaille, pour ce obtenir ce résultat, sept heures par jour.



Le premier garçon à avoir incarné le rôle sur scène était Liam Mower. Il est aujourd'hui danseur étoile, à l'affiche, notamment, du fameux Lac des cygnes. Elliot Hanna semble moins académique que Liam Mower, plus spontané, plus vif, un peu comme le double de Nathalie Portman dans Black Swan, interprété par Mila Kunis.

  


Le fantôme de Maggie Thatcher


Le spectacle démarre sur des images d'archives de la grève des mineurs de 1984-1985, souvent traitée au cinéma.

Le film Billy Elliot, en 2002, insufflait de l'espoir à cette période morose, resté traumatisante pour la population anglaise. La fermeture des mines a en effet mis 200.000 personnes au chômage.

Le jeune Billy s'échappe par la danse de la grisaille du village d'Easington, dans le comté de Durham (le héros, dans le film, avoue d'ailleurs n'avoir jamais vu la célèbre cathédrale.)

Si vous vous promenez dans Durham, vous remarquerez peut-être le fantôme du thatchérisme planer sur les toits, sur la gare, dans les ruelles de la ville. Il demeure une mélancolie crasse dans la région, comme si elle ne s'était jamais relevée du drame.

Le spectacle musical est retransmis dans plusieurs cinémas du monde, y compris à Easington, où un cinéma a été spécialement aménagé pour l'occasion.

La comédie musicale fait un pied-de-nez à Thatcher dans une chanson moqueuse, "Merry Christmas Maggie Thatcher" tout à fait dans le ton de ce qui se faisait à l'époque dans le milieu ouvrier. Les paroles ne sont pas tendres avec la premier ministre conservatrice (côté français, on ne l'était pas non plus.)




Margaret Thatcher en marionnette monstrueuse dans Billy Elliot, le musical

Tous les dialogues du spectacle, en fait, sont très représentatifs du verbe du nord de l'Angleterre: accent des personnages (parfois exagéré, nous sommes au théâtre) argot, et même humour sont au rendez-vous. Tous les acteurs ont l'air d'être des natifs du comté de Durham ou de ses environs.

La musique pour oublier le drame


La comédie musicale prouve que Elton John a encore des choses à dire après une carrière de plus de 30 ans et 300 millions d'albums vendus à travers le monde. Sa bande originale du Roi Lion chez Disney (aussi devenu un succès de Broadway) a marqué durablement les films musicaux. Le musical Billy Elliot est un succès depuis 10 ans, et fait salle comble en ce moment au Victoria Palace de Londres.

Tout est montré sur scène, y compris les émotions du garçon: il se protège par la danse d'un univers trop dur, dans une chorégraphie qui mêle la police, les ouvriers et les jeunes ballerines, au son d'un refrain que l'on continue de fredonner en sortant de la salle, comme un slogan de manif enjoué, une devise universelle.

Les 2h30 de spectacle permettent à Stephen Daldry de développer les seconds rôles, ce qu'il n'a pas pu faire, peut-être, dans le long-métrage de 1h50. La grand-mère pétulante, le père borné puis affectueux, et surtout le jeune Michael, joyeux et pétillant, qui vole presque la vedette au héros.

Le remplacement symbolique de la mère de Billy par sa prof de danse est également chanté et chorégraphié, dans une berceuse touchante sous forme de lettre. Si le rapport à la mère est montré avec trop de pathos, l'émotion l'emporte tout de même. Plusieurs morceaux rappellent les grands succès de Broadway, notamment Les Misérables, où des enfants chantaient déjà pour oublier le malheur.




Tout cela est merveilleusement mis en scène par Stephen Daldry, qui semble aussi à l'aise pour le théâtre que pour l'écran. L'usage astucieux et fluide des décors, les robes dansantes de Michael et les marionnettes du soir de Noël, tout est harmonieux, et bourré d'humour. Les passages de claquettes sont particulièrement réussis.

La scène la plus magique est celle où Billy danse avec la version rêvée de lui-même, une fois adulte, sur une version modernisée du Lac des cygnes.





Il est rare d'avoir un silence religieux au cinéma. Cela m'est arrivé deux fois: lors de la retransmission de Tosca (toujours dans un UGC) et vendredi dernier à 20 heures, pour Billy Elliot. C'était une telle joie de pouvoir assister au spectacle dans une salle immense et respectueuse, et de se croire, pour un temps, vraiment au théâtre, puisque l'on peut déguster une glace à l'entracte.


Courez voir le spectacle à Londres si vous le pouvez, pour découvrir ce charmant vilain petit canard qui, au sens littéral, est devenu cygne.




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