samedi 29 novembre 2014

DE L'AUTRE CÔTÉ DU MUR : UN NOUVEAU SOUFFLE SUR L'HISTOIRE ALLEMANDE






Par Cinémaniaque 21


La fracture allemande au cinéma



Le cinéma ne cesse de questionner la fracture allemande et sa répercussion sur l'Histoire moderne. Au-delà, il tente de traiter le devoir de mémoire pour éveiller les consciences et bousculer les certitudes.

Comme si le traumatisme d'un passé communiste  ne demandait qu'à resurgir à la moindre étincelle populaire, révélatrice d'une méfiance à l'égard de classe politique d'aujourd'hui.

La contestation de l'ordre établi semble à nouveau inspirer les cinéastes, qui s'emparent avec beaucoup d'habileté d'un matériau dramatique usé jusqu'à la corde pour lui donner un nouveau souffle. 

Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un œil à la dernière décennie, de Good Bye Lenin en 2003 à La Vie Des Autres en 2006, en passant par La Bande à Baader (2008) et Barbara (2012) Ils ont eu pour la plupart une belle reconnaissance internationale.




Que peut nous apporter, en 2014, une énième variation sur cette dualité ? À première vue, une histoire d’espionnage sur fond de guerre froide et d’incompréhension entre les peuples, rien de plus classique. Et pourtant, la singularité de De L'Autre Côté du mur est de marier ce classicisme un peu rétrograde à une forme d’utopie consolatrice, et de placer ces deux tendances sur un pied d'égalité.

Les fêlures d'une mère... et d'une nation



Le danger de cette synchronisation était de privilégier une repentance morale trop écrasante et faire de Nelly et de son fils des martyres symboliques, de « bons » allemands incompris, qui franchiraient la frontière pour mieux révéler l’effroyable emprise de la RDA. Ce n’est pas le cas ici, où l’apparence irréprochable de la mère cache bien des fêlures, métaphore d’une liberté viciée de l’autre côté du mur.




Jördis Triebel (Nelly) et Tristan Göbel (son fils Alexej) tentent de fuir la RDA dans De L'autre côté du mur


Si Christian Schwochow base son intrigue sur les rouages bien connus de la fuite, c’est pour mieux dépeindre la confusion d’une nation à la recherche d’une nouvelle identité. La réunification, lente et douloureuse, demande une union non pas parfaite, mais à même d’apaiser les esprits et de maintenir un sentiment d’appartenance au pays.

De L'autre côté du mur incite donc les pays de la vieille Europe à apprendre de leurs erreurs pour mieux vivre ensemble. De ce passé soviétique naît une communauté faisant fi des antagonismes pour s’inscrire dans un avenir serein, indépendamment de l'impérialisme américain, venu sauver le monde tout en assujettissant l’opprimé de manière insidieuse.

La dictature dénoncée



L’ouverture, glaciale, de contrôle et de privations, dépeint la suspicion permanente et l’absence d’espace privé à l'époque. Le corps (en particulier féminin) n’appartient plus à l’individu mais doit se soumettre au regard méprisant du corps collectif. Les démarches administratives, nombreuses et harassantes, instaurent l’emprise étatique et parachèvent, dans une implacable démonstration, la machine infernale d’un système totalitaire.

Dénoncer la dictature revient à s’isoler encore davantage, et devenir traître à sa patrie. Le compagnon de cellule de la jeune femme incarne un beau personnage indécis, tiraillé entre son illusoire échappée fédérale et son hypothétique retour en démocratie. 

L’enjeu principal est là : la liberté chèrement acquise n’est-elle pas, sous ses dehors attrayants, vidée de toute émancipation véritable ? Se peut-il qu’une division aussi béante s’efface dans un simple transfert territorial ? Qu’en est-il de l’état de droit quand il réduit des vies entières à de simples numéros ? Le film montre le parcours du combattant de Nelly pour obtenir les papiers qui feront d'elle une résidente. Dans cet univers kafkaïen, elle devient une sorte de "femme-robot" répétant sans cesse les mêmes mots, les mêmes gestes.

Un beau film, malgré ses défauts



De L'autre coté s’empare avec force et subtilité des interrogations qu’il suscite et parvient à captiver l’attention, aidé par des acteurs en totale adéquation avec le projet. Ce n’était pas facile, d’autant que le scénario alambiqué demande de la concentration, et qu’il n'est pas évident de suivre ses nombreuses pistes.

Le résultat final aurait été plus exaltant sans certaines fausses notes. La brève romance avec l'inspecteur américain suggère qu'une femme ne peut s'en sortir sans l'aide d'une homme. La séquence surréaliste d'un nouveau bonheur façon encart publicitaire est assez maladroite. Ajoutez à cela une fin, certes ouverte à de multiples interprétations, mais sans réel lien avec l’ensemble.

N’en demeure pas moins une belle découverte et la preuve que l’héritage germanique reste bien vivant.




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