samedi 29 novembre 2014

NIGHT CALL: PRÊT À TOUT









Il y a près de 20 ans, Kidman envahissait le grand écran en présentatrice météo carnassière.




Dans Night Call, c'est au tour de Jake Gyllenhaal d'être prêt à tout pour réussir dans le milieu de la télé. L'acteur est méconnaissable, et joue à la perfection ce type flippant au débit rapide, qui se trouve une vocation pour la reportage, mais pas n'importe lequel.

Travailleur indépendant, il veut vendre ses images-choc au plus offrant, dans un monde télévisuel où l'on achète du sang et du scandale.

Quand le cinéma dénonce la télé


Sa patronne, Nina Romina, incarnée par Rene Russo, elle aussi méconnaissable, rappelle Missi Pyle dans Gone Girl




Il est intéressant de noter que la même Missi Pyle jouait une autre présentatrice télé sans scrupules, excitée à l'idée de voir quelqu'un mourir en direct.




En effet, dans Live ! de Bill Guttentag, une émission d'un nouveau genre offrait cinq millions de dollars à cinq candidats prêts à jouer à la roulette russe. Une seule balle dans le barillet, la mort pour l'un d'eux, la fortune pour les autres.

La mort à la télévision, ce n'est pas neuf. On se souvient du grand film de Tavernier, La Mort en direct, où la divine Romy Schneider, malade, allait mourir sur les écrans, pour faire exploser l'audimat d'une chaîne de télé sans scrupules.





En France, on a fait l'expérience d'une vraie-fausse émission où des candidats tuaient un homme en direct, pour accéder à la fameuse fortune. 





L'idée de départ était piquée à Stanley Milgram. Dans cette émission, la télé critiquait la télé, mais avec cette même recette de scandale et de violence qu'elle prétendait dénoncer.

En 1970 sortait Le Jeu des millions (Das Millionenspiel) qui mettait déjà en scène une traque télévisée.

Très récemment, dans l'épisode le plus éprouvant de Black Mirror, une jeune femme était piégée dans un jeu télévisé terrifiant dont elle était la vedette sans le savoir.




L'héroïne de "White Bear" dans Black Mirror


Dans ce jeu un peu particulier, une femme était piégée dans un parc d'attractions monstrueux. Elle y rencontrait des acteurs qui jouaient un scénario cruel (ils ne sont pas sans rappeler, dans leur déguisement, les criminels anonymes de American Nightmare.



       L'une des actrices dans "White Bear"


Tour autour, des spectateurs muets,  excités comme des enfants, filmaient avidement l'héroïne avec leur téléphone. 




Côté comédie


Tiens, tiens... Une personne vedette d'une émission sans le savoir, ça ne vous rappelle rien ?




Du côté de la comédie (qui devenait effrayante lors d'un second visionnage) Andrew Niccoll dénonçait lui aussi les dérives de la télévision prête à tout face au dieu Audimat. Truman (littéralement, "l'homme vrai") était filmé 24h/24 et suivi par des millions de téléspectateurs à travers le monde. Dans le film, il s'agissait de dénoncer le dispositif autant que les spectateurs accro à l'émission.

Si vous aimez Jim Carrey, vous vous souvenez sans doute que, dans Bruce Tout Puissant, il incarnait ce journaliste régional frustré qui rêvait de prendre la place du présentateur-vedette. Bruce se sert donc de ces pouvoirs surnaturels (il devient Dieu pendant une semaine, rien que ça) pour ridiculiser son collègue dans une scène hilarante:





Dans le genre comédie potache, Ricky Gervais dénonçait le milieu pernicieux de la télévision, avec un raté de l'antenne prêt à tout pour arriver au top. Son arme: le mensonge dans un monde où chacun dit la vérité.




La peur fait vendre


Dans Night CallDan Gilroy dénonce la télévision trash. La patronne de la chaîne cherche en effet à montrer comment le crime envahit peu à peu la banlieue chic américaine. Il s'agit de faire peur pour vendre, fasciner le public par des images violentes, et leur faire croire que le danger est à leur porte.

Michael Moore dénonçait déjà cette paranoïa organisée dans Bowling for Columbine. Marylin Manson la résumait fort bien dans son interview face au réalisateur:





Michael Moore explique d'ailleurs, dans une autre interview, que la plupart des Américains possédant une arme sont justement des Blancs des banlieues aisées, effrayés par de potentiels intrus.

C'est ce public que vise Nina Romina, patronne de la chaîne locale dans  Night Call.



Nina Romina (Rene Russo) dans Night Call


Lou, chômeur aux abois, décide de devenir reporter-choc et de s'allier à Nina pour pulvériser l'audience.

Jake Gylenhaal incarne donc un salaud jubilatoire. Le suspense est à son comble, on est curieux de savoir jusqu'où Lou peut aller pour des images à prix d'or. Il joue à un jeu dangereux, celui de l'argent facile et de la violence. Cette obsession rappelle la logique du "toujours plus" des personnages de Scorsese et Costa-Gavras, respectivement dans Le Loup de Wall Street et Le Capital.





Jake Gyllenhaal mériterait-il l'oscar?


Dans Bruce Tout-puissant, le héros s'arrangeait pour provoquer des catastrophes naturelles et être au bon endroit au bon moment pour saisir le scoop. C'est exactement ce que fait Lou dans Night Call, sans pouvoirs magiques, juste avec un cynisme déroutant.

D'où le titre original, non pas Night Call, mais Nightcrawler, qui désigne à la fois celui qui fait ses tournées de nuit (comme on ferait la tournée des bars - "pub crawl") mais aussi le rampant, comme le serpent ou le rat.

C'est aussi avec cynisme qu'il parle à la fois d'argent et d'amour, face à Nina, qu'il espère séduire de force.

Dans un film oppressant et très bien tourné, qui met le spectateur face à ses contradictions, Dan Gilroy dénonce les dérives d'une télévision cherchant toujours plus de violence. Jake Gylenhaal a dans ce film un talent de transformiste dont avait fait preuve Jared Leto dans Dallas Buyers Club. Espérons qu'il soit récompensé de la même manière.





D'accord, pas d'accord avec l'article ? Postez un commentaire !





Ça peut vous plaire:


        




Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !