mercredi 19 novembre 2014

RESPIRE: MA MEILLEURE ENNEMIE


Affiche du film Respire, de Mélanie Laurent


Par Jérémy

Après avoir réalisé "Les adoptés" et  deux courts métrages ("De moins en moins" et "A ses pieds") Respire est le second long métrage de Mélanie Laurent.

Un sujet délicat traité avec finesse



La réalisatrice traite le sujet délicat de l'adolescence en peignant la relation complexe entre deux jeunes filles. La première, Charlie (Joséphine Japy) lycéenne sans histoires, dont le visage mélancolique semble exprimer la banalité de son existence, jusqu'à l'arrivée d'une nouvelle élève: Sarah (magnifique Lou de Laâge). 




Joséphine Japy et Lou de Lâage dans Respire, de Mélanie Laurent


Si Charlie apparaît comme réservée, discrète, voire effacée, la seconde respire l'assurance et la confiance en elle. Elle va illuminer la vie de Charlie par son aura. Belle, souriante, pleine de vie et mature, Sarah va bouleverser le quotidien de Charlie, qui paraissait si terne. Une amitié fusionnelle et brève va naître de cette rencontre.

Mais le comportement de Sarah va vite changer pour ne devenir que froideur et arrogance. A mesure que la jeune fille dévoile son côté sombre, le film monte en puissance et en tension jusqu'à la scène finale, d'une grande intensité.


Des personnages secondaires trop peu développés




Joséphine Japy et Lou de Laâge portent le film sur leurs épaules, tant les autres personnages sont secondaires et peu développés. C'est notamment le cas de  Laura, interprétée par Claire Keim.

Ce qui est frappant, c'est le peu de place laissé aux hommes. Le père de Charlie est présenté comme instable et volage, et  celui Sarah n'est tout simplement jamais mentionné. Dans ce portrait de femmes, les hommes semblent transparents. 

Les amitiés féminines destructrices au cinéma



Cet univers totalement féminin rappelle celui du film Cracks de Jordan Scott (2008) avec la sublimissime Eva Green. Ce film traitait également les manipulations et rivalités entre femmes à travers le portrait de jeunes filles dans un pensionnat.


Eva Green dans Cracks


De nombreux films ont abordé l'adolescence et ses relations conflictuelles, comme  Thirteen de Catherine Hardwicke, qui conte également l'histoire d'une étudiante modeste et classique qui se retrouve prise dans une spirale infernale (drogues, alcool) suite à sa rencontre et sa fascination une nouvelle venue dans l'école.






Dans Créatures Célestes, Peter Jackson, bien avant la trilogie du Seigneur des anneaux, parlait d'une amitié féminine passionnée qui poussait au crime, dans un film qui révéla Kate Winslet.


Affiche originale de Créatures Célestes


Côté français, un film révélait, en 1997, une certaine Virginie Ledoyen. Deux amies devenaient stars de la chanson, seulement voilà: l'une seulement chante, cachée dans l'ombre, et l'autre, plus extravertie et sexy, fait du playback sur la voix de son amie. Le film était librement inspiré du roman de Didier Daeninks, Playback. Le film de Gérard Krawczyk (réalisateur de Taxi) bien que mineur, aurait une pertinence particulière aujourd'hui, à l'heure où les télé-crochets et émissions de télé-réalité se multiplient et où, bien souvent, le seul physique prime sur le talent.

Affiche du film héroïnes, de Gérard Krawczyk


Dans un style proche de Chabrol, Je te mangerais proposait une amitié féminine emplie de manipulation et qui virait à la relation amoureuse dévorante.




En somme, la force de Respire se trouve non pas dans son scénario mais  dans le jeu de ses actrices, qui arrivent avec justesse à transmettre les émotions dans cette relation toxique qui paraît sans issue. 

Un film manichéen et un peu long



Le film n'est cependant pas exempt de défauts. Le début comporte quelques longueurs mais surtout, on peut lui reprocher le côté un peu trop manichéen des personnages: d'un côté la "gentille" Charlie, de l'autre "la mauvaise" Sarah. Le personnage de Sarah manque clairement de nuances, et aurait mérité d'être mieux approfondi. Son triste environnement familial est légèrement abordé (Une mère alcoolique et violente et un père aux abonnés absents) et il est assez frustrant de ne pas en savoir davantage.

Le film se base (trop?) sur le perception et le point de vue Charlie. Cela donne l'impression que la réalisatrice a un parti pris. Elle semble par moments juger le personnage de Sarah, qui se montre d'une immense cruauté sans raison apparente.




Respire: un film d'actrices



Respire montre cependant combien Mélanie Laurent est douée pour diriger d'autres acteurs. La sensibilité avec laquelle elle aborde le thème de la manipulation est remarquable. C'est sans mièvrerie et toujours avec beaucoup d'intelligence. Respire apporte une bouffée d'air frais comparé à toutes les productions françaises sans âme qui sortent en ce moment. Rien que pour la découverte des deux jeunes actrices, le film vaut la peine d'être vu. 


Lou de Lâage, Mélanie Laurent et Joséphine Japy
Lou de Lâage, Mélanie Laurent et Joséphine Japy


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