lundi 1 décembre 2014

ASTÉRIX, LE DOMAINE DES DIEUX: PARLONS POLITIX







Quand j'étais môme, ma sœur m'emmenait chaque année au cinéma voir le dernier Disney. Pour faire bonne figure devant ses amis, elle disait "Oh, tu sais, c'est pour faire plaisir à ma p'tite sœur." Mais la plus excitée des deux dans la file d'attente, c'était elle, même si elle le cachait bien.

Pour Astérix, même principe: les parents se servent des enfants comme alibi pour retomber avec bonheur dans la potion magique.

Mais dans Astérix, Le Domaine des dieux, la potion magique opère-t-elle?

Pamphlet écologix


L'intérêt de ce nouvel opus, c'est sans aucun doute son ton engagé, comparé aux dessins animés, plus naïfs, et aux films, carrément potaches.

Uderzo et Goscinny ont toujours aimé les anachronismes chez nos ancêtres les Gaulois, dans les noms des personnages, notamment. Il était du goût des auteurs de la BD de faire de multiples clins d’œil à leurs contemporains, par des jeux de mots ou gags de situation. Le film d'Alexandre Astier et Louis Clichy perpétue cette tradition, avec, entre autres, un légionnaire nommé "Travailler Plus pour Gagner Plus."

Changement d'époque oblige, Guilus (Guy Lux) qui rendait hommage au célèbre présentateur télé, a disparu dans l'adaptation de 2014.

Dans Le Domaine des dieux, il s'agissait de dénoncer, déjà, l'économie de marché, les habitations en toc venues polluer le paysage, et l'exploitation des ouvriers. César, plutôt que d'appliquer la recette habituelle en envoyant ses légions envahir nos irréductibles, décide d'envoyer des civils. Voilà l'idée ingénieuse qui paralyse le village gaulois: on tape sur les soldats, pas sur les familles. 

La question de l'assimilation des "sauvages" gaulois plutôt que la soumission par la force résonne curieusement dans l'actualité.

César déclare d'ailleurs dans la BD: "J'ai décidé de les forcer à accepter cette civilisation !"

Le dialogue entre Anglaigus, architecte, et le centurion Oursenplus, raille les réflexions anti-immigrés trop souvent entendues sur les ondes, dans une réplique très drôle:


Les Gaulois, plutôt que d'être soumis par la force, se laissent séduire en douceur, et prennent goût, au grand dam d'Astérix et Obélix et le druide, à la vie à la romaine.


Une allégorix du monde du travail


Les esclaves affranchis transformés en travailleurs exploités est une juste parabole du monde du travail aujourd'hui. Dans Astérix et Cléopâtre, déjà, Uderzo et Goscinny tentaient de dénoncer l'exploitation des employés, aidés par la potion magique dans leur dur labeur, mais pas, comme dans Le Domaine des dieux, pour exiger de meilleures conditions de travail.






Astérix, Obélix, et l'esclave numide Duplicatha dans Le Domaine des dieux

On peut déplorer, cependant, que l'esclave numide ne soit que le Duplicatha de la BD, qui date de 1971. Uderzo, s'il n'a pas, bien sûr, le point de vue condescendant d'Hergé dans Tintin au Congo (1931) a tout de même représenté l'esclave selon les clichés coloniaux: grosses lèvres et boucles d'oreilles. Un lifting de ce personnage aurait été bienvenu dans un film de 2014.

Anglaigus est l'architecte du Domaine des dieux, au même titre que Nuémrobis, dont les maisons s'écroulent, doit ériger un palais en trois mois dans Astérix et Cléopâtre.



Numérobis dans la BD et Jamel Debouze, qui l'a incarné à l'écran pour le film d'Alain Chabat, en 2001.



Maison de Numérobis dans Astérix et Cléopâtre (1965)


Un film tragi-comix


Ce ton plus sérieux a peut-être desservi la drôlerie du film, et il est vrai que la BD est plutôt moins amusante que celles qui laissent de côté le débat social (Astérix chez les Belges, par exemple.)

Ajout par rapport à la BD originale, le petit garçon, Applejus, qui apporte une touche d'émotion et des rebondissements au scénario. Il aide, sans doute, à étoffer le film. 

Oui, mais voilà, on ne rit pas assez. Les gags proposés par Astier ne font pas d'Astérix une Kaamelott, mais on se pose par moments la question, tant certaines répliques, assez lourdes, tombent à plat. On le remarque dès la bande-annonce:






Le passage au numérique est plutôt réussi, quand on aurait pu craindre qu'Astérix perde son âme dans la modernité, à l'instar des villageois face à la nouveauté romaine. Le doublage n'est pas trop mal, Laurent Lafitte est étonnant en Duplicatha, mais Guillaume Briat l'est moins dans le rôle d'Obélix, et nous fait un peu regretter Pierre Tornade. Astérix, lui, n'a pas changé de voix depuis ses débuts. Roger Carel, qui prête également sa voix à Casimir, lui donne vie une fois encore en 2014.

En somme, c'est surtout l'engagement politique, écologique et anti-capitaliste, que l'on retiendra de cet opus, qui se terminait, dans la BD originale, sur une note douce-amère:





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