dimanche 14 décembre 2014

COMMENT TUER SON BOSS 2: Y A-T-IL TROIS CONS POUR TUER LE PATRON ?







Les trois tueurs amateurs de Comment tuer son boss reviennent pour Noël. Ô joie. Ils rappellent les Dalton, mais ne sont que trois. Le cerveau de l'affaire, c'est Nick, accompagné de ses deux copains, Kurt et Dale. Et les trois ont la finesse d'Averell.




Cette fois, les z'héros ont inventé un gadget fascinant: le shower buddy (en anglais, "copain de douche") sorte de double pommeau qui permet d'envoyer du shapooing dans les cheveux quand l'eau coule. Ils présentent leur trouvaille dans une émission télé, parodie des émissions navrantes à l'américaine.

Le rêve américain parodié


Sean Anders tenait une bonne idée en voulant démonter le rêve américain. Après avoir subi trois affreux boss, Nick, Kurt et Dale veulent devenir leurs propres patrons. Quand une entreprise gigantesque leur propose d'acheter leur produit, ils refusent, désirant créer, selon le mythe du self-made man, leur propre boîte.

Un golden boy carnassier (Chris Pine, sexy et sans intérêt) ne parvient pas à convaincre les lascars, mais son père (génial Christoph Waltz perdu ici on ne sait pourquoi) par un discours attendu sur le travail acharné menant à tout, parvient à obtenir les droits du pommeau magique.

La meilleure réplique du film est celle, cynique, du jeune premier: "Votre rêve américain est fabriqué en Chine." Petite boutade aux grandes entreprises (Nike, Apple entre autres) qui fabriquent leurs produits pour un prix modique en Chine ou ailleurs, pour les revendre cent fois plus cher en Occident.

Les z'héros, bien sûr, se font avoir, et c'est là qu'ils préparent, toujours avec autant de finesse, leur vengeance.

De grands acteurs qui ont besoin du chèque


S'ensuit une série d'aventures burlesques et incohérentes où l'on croise plusieurs stars, avec plaisir ou désespoir. Comme dans le premier épisode, on se demande ce que vient faire ici l'excellent Kevin Spacey. Le charme de Jennifer Aniston ne relève pas cette farce vulgaire.

Tous les acteurs du film méritent mieux: Jason Bateman est bien meilleur dans les films indé de Jason Reitmann. Jamie Foxx, le génie de la composition qui nous faisait croire que Ray Charles était à l'écran, dans sa fière jeunesse, joue ici un escroc afro-américain cliché.

Le sexisme revendiqué du film est écœurant. Les trois "patrons" embauchent des nanas sexy sans cervelle ou se laissent distraire par elles dans un moment-clé du projet criminel.

Les fans retrouveront sans doute avec plaisir des clins d’œil et l'humour graveleux qui ont fait le succès du premier volet (mention spéciale pour la scène de la brosse à dents, d'une grande délicatesse.)

Chose étonnante: le film est incroyablement long. Si l'on rit un peu au début, les gags s'essoufflent vite, l'amateurisme des trois nigauds tourne court. C'est bien dommage, de nombreux films parlent avec talent d'escrocs ratés.

Les escrocs ratés au cinéma


Prends l'oseille et tire-toi, de Woody Allen, est un brillant exemple de ce qu'on peut faire avec un braqueur maladroit dans une comédie. Dans une scène d'anthologie, le personnage de Woody Allen peine à braquer une banque (extrait en anglais):



Sa tentative d'évasion est aussi savoureuse (extrait en français):


Woody reprenait le thème de criminels à la petite semaine dans Escrocs mais pas trop, où il s'agissait de braquer une banque en creusant (discrètement) un tunnel à l'arrière d'une  boutique de cookies...





Tarantino proposait lui aussi un braquage raté dans Reservoir Dogs, en nous annonçant d'emblée l'issue malheureuse du braquage. C'est un montage ingénieux qui nous faisait remonter le fil de l'intrigue.





Tout récemment, dans un style plus coloré et burlesque, The Grand Budapest Hotel reprenait les canons du cinéma comique (Chaplin, Buster Keaton) pour nous offrir une histoire de meurtre et de vol d'oeuvre d'art.






Avec Comment tuer son boss 2, on est en droit de s'inquiéter de la bêtise triomphant au cinéma, surtout si l'on sait que Dumb and Dumber 2 sort la semaine d'avant. Mais rassurez-vous, un tas de films parlent d'imbéciles avec intelligence. J'attends le prochain avec impatience.







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