vendredi 19 décembre 2014

LA FAMILLE BÉLIER : DE QUOI DEVENIR CHÈVRE







Mesdames et messieurs, je vous préviens tout de suite, je vais parler pour ne rien dire. Vous allez me dire "s'il n'a rien à dire, il ferait mieux de se taire." Eh bien non, mesdames et messieurs, quand je n'ai rien à dire je veux qu'on le sache. Je veux en faire profiter les autres.

Cette introduction de Devos va comme un gant à La Famille Bélier. Le film n'a rien à dire. Deux trois choses à chanter, peut-être. Et encore, Louane Emera est loin d'être aussi talentueuse que d'autres passés avant elle par le télé-crochet, mais qui n'ont pas eu la chance d'être boostés par TF1.

TF1, parlons-en. Une jeune fille s'occupe d'une ferme avec ses parents, mais rêve de monter à Paris pour chanter. Ça vous semble déjà vu? Déjà entendu ? Il ne manque plus que Joséphine ange gardien pour arranger tout cela. L'ange, c'est un prof de musique désabusé. Eric Elmosnino mérite bien mieux. Ironie facile: engager l'interprète de Gainsbourg pour incarner un vieux prof de musique qui fait chanter la Marseillaise à ses élèves pour les auditions, avant de  leur proposer (imposer, plutôt) le répertoire de Sardou.

Xavier Dolan nous a réconciliés avec Céline Dion, Ozon avec Nicole Croisille. Eric Lartigau ne vous fera pas aimer Sardou. Après La Crème de la crème, c'est un autre mauvais film qui reprend les standards de ce vieux routier de la chanson française.

C'est dommage, des chansons anciennes remises au goût du jour par de jeunes talents, il y en a eu un paquet passés, comme Louane Emera, par la télévision pour se faire connaître.

Petite sélection:







Tous ces jeunes rêvent d'une audition qui changera leur vie, à l'image de Susan Boyle, pourtant plus si jeune, et qui l'a payé cher. Cette ambition d'être célèbre était déjà raillée dans Bugsy Malone, qui date tout de même de... 1976.

Devenir chanteur au cinéma


Les films chantants sont pléthore. D'Une Etoile est née à Chantons sous la pluie, de Bugsy Malone à Chicago, nombre de jeunes filles et jeunes gens désireux de réussir dans la chanson rivalisent de rythme et de talent pour convaincre des producteurs sceptiques. L'audition de Paula dans La Famille Bélier ressemble aux premières minutes de Fame, où une timide tentait de pousser la chansonnette, sa mère inquiète dans la salle.




Dans Bugsy Malone, un jeune homme frappe tous les jours à la porte d'un producteur pour qu'il lui laisse sa chance, mais le producteur lui répète sans cesse de revenir demain. Ça a donné une belle complainte où se reconnaissent beaucoup d'artistes.




Les rêves de gloire et l'hypocrisie du show-business étaient dénoncés dans Chicago:



Une vraie chanteuse révélée au cinéma fut Lauryn Hill, remarquée dans Sister Act 2:






Le schéma est toujours le même. Une jeune fille sans prétention dans une province ennuyeuse, a une passion et se fait repérer par un adulte, sorte de joyeux parent de substitution (pour Billy Elliot, c'était sa prof de danse.) Puis il y a l'audition décisive où l'on arrive toujours en dernière minute et à bout de souffle. Pour Paula, il s'agit de la maîtrise de Radio France.

Le handicap autrement ?



Originalité du film, mais qui tourne court, la surdité de toute sa famille. Comment leur faire partager l'amour du chant ? Hormis deux-trois gags réussis (le père de Paula, merveilleux François Damiens, se présente comme maire et choisit comme slogan "Je vous entends") la surdité n'est qu'un enjeu de pacotille, prétexte, tout de même, à deux jolies scènes, musicales ou presque.


Karin Viard mérite également mieux que ce triste téléfilm. Le couple des parents reste savoureux, même si certaines scènes sont carrément vulgaires, notamment les premières règles de Paula, devenues un carnaval familial. Ce passage nous fait regretter le désuet mais charmant Diabolo Menthe de 1977.



Anne Weber (Eleonore Klarwein) dans Diabolo Menthe, Diane Kurys (1977)



Zéro pointé côté réalisation, La Famille Bélier peut être vu sans regret à la télévision, un mardi soir d'ennui, avant que de nouveaux films sortent en salles le lendemain.




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