dimanche 7 décembre 2014

PADDINGTON, L'OURS QUI A MANGÉ PIXAR







Le producteur de Harry Potter revient pour nous faire rencontrer un charmant ours parlant. Comme pour Potter, tout commence dans une gare.


Gare de Paddington à Londres


Nous sommes toujours à Londres, mais plus à King's Cross. Nous voilà à Paddington. Et parce que l'ours perdu sera trouvé dans cette fameuse gare, elle lui donnera son nom.

Londres, ville de rêves


Tout comme la gare de King's Cross pour le jeune sorcier, la gare de Paddington sera idéalisée puis déréalisée, quand le plus British des ours péruviens arrivera enfin à son Eldorado: l'Angleterre.

Londres, c'est la fenêtre de Peter Pan, les aboiements des 101 dalmatiens, le rêve d'Arthur dans Merlin l'enchanteur, les facéties de Nanny Mcphee, les malheurs de la petite princesse et les fantômes de Dickens. Londres et l'enfance, c'est une longue histoire d'amour.

Pour la version française, le choix de Guillaume Gallienne est judicieux pour doubler l'ours le plus civilisé du monde. Dans Les Garçons et Guillaume, à table ! le héros parle avec admiration d'une pension anglaise où il va poursuivre ses études. C'est le même ton qu'il adoptera pour doubler Paddington.




Dans la bande-annonce, nous assistons à la première exploration de la salle de bains par Paddington. Il se récure les oreilles à l'aide de brosses à dents, et rappelle ainsi un certain monstre vert qui recyclait sa cire d'oreilles pour en faire des bougies.

Shrek, des studios Dreamworks (2001)

Pour Paddington, la découverte est plus naïve, plus "mignonne," elle s'adresse davantage aux petits, comparée à l'insolence de Shrek qui séduisait toutes les générations.


Enfin un film pour enfants


Mais c'est peut-être là le charme de Paddington: enfin un film qui s'adresse aux petits, quand de multiples animations s'adressent, sans le dire, aux plus grands.

L'humour est charmant, mais assez attendu. A part quelques clins d'oeil un peu fins, comme cet instant où Paddington est recueilli par Mrs Brown devant le bureau des objets trouvés. En effet, "objets trouvés" en anglais se dit "lost and found." La panneau clignote, comme dans un cartoon, pour nous indiquer que l'ours perdu a été trouvé.


Paddington aux objets trouvés

Quelques plans sont amusants, et ne sont pas sans rappeler l'humour Pixar et l'esthétique Burton, notamment quand Mr Brown menace d'envoyer Paddington à l'orphelinat. Le bureau des explorateurs, sorte de bibliothèque gigantesque, est proche, dans son fonctionnement, de la chocolaterie de Roald Dahl filmée par Burton.





Mais l’esthétique de Paddington est plus colorée, plus joyeuse, pour mieux coller aux critères du film de Noël, sans doute. Elle se rapproche aussi de Roald Dahl, mais davantage de la version de Charlie et la chocolaterie sortie en 1971, bigarrée et chantante.

Toujours côté Roald Dahl, Paddington évoque les adaptations naïves de l'oeuvre de l'écrivain gallois, comme Matilda, sorti en 1996. Même tendance aux très gros plans sur les visages bougons des personnages, usage de la focale courte pour ridiculiser les méchants. Si David Heyman s'était éloigné de Chris Columbus pour Potter, en laissant derrière lui l'esthétique naïve des grands films familiaux pour préférer plus de noirceur (Cuaron et David Yates) il revient, avec Paddington, à la tradition des films grand public.

Mais Paul King, le réalisateur, essaie aussi de s'inspirer de l'air du temps. Peut-être un peu trop. L'introduction au Pérou, en noir et blanc, avec sa voix off désuète pour commenter les images, présente un explorateur venu éduquer les ours mais qui, faute d'avoir rapporté un spécimen, se voit révoqué du cercle des géographes. Il rappelle étrangement un autre aventurier.


L'explorateur Charles Muntz dans Là-Haut des studios Pixar (2009)


Le fauteuil de la tante ourse ressemble à celui de Carl Frederickson dans le même film, et les pigeons mendiants, eux, sont copiés sur les mouettes stupides du Monde de Nemo.


Mouettes imbéciles dans Le Monde de Nemo, des studios Pixar (2003)


Si l'explorateur dans Paddington est un gentil Anglais idéalisé par les ours, Charles Muntz, dans le film de Pixar, était un méchant explorateur à la recherche de l'oiseau rare, au sens littéral.


"Kevin," oiseau rare dans Là-Haut

Cette fois, l'oiseau rare est un ours. On se demande pourquoi Millicent, méchante de l'histoire, tient à l'empailler. 

Millicent (Nicole Kidman)

En effet, on fait beaucoup plus d'argent avec un ours qui parle. La preuve au cinéma, qui fait depuis longtemps son miel des ours.

Les ours qui parlent au cinéma


Ah, qui n'a pas rêvé, comme John Bennet, de voir un jour, au réveil, son Teddy parler comme vous et moi ?


Ted et John se font une bière devant Flash Gordon dans le film de Seth McFarlane (2012)

Bien sûr, Paddington est loin de l'ours en peluche irrévérencieux de Seth McFarlane. Il est voisin des teddies animés à la télévision: Colargol, Winnie l'ourson, Petit Ours Brun, tous ces ours adorables que l'on aime câliner.

En plus humoristiques et plus balourds, notons aussi Yogi et surtout... l'inimitable Baloo.


Baloo dans Le Livre de la jungle, de studios Disney (1967)

Il faut dire que Disney adore les ours. De Petit Jean dans Robin des bois aux Frères des ours, et tout récemment avec Grizzly, Disney montre les ours dans tous leurs états.



Côté français, Jean-Jacques Annaud, dès 1988, émouvait le monde en filmant un ours orphelin.

Casting prestigieux, mais...


Orphelin, c'est aussi la situation de Paddington, recueilli par une famille londonienne.

C'est Mrs Brown, contre l'avis de son mari, qui le ramènera à la maison. Sally Hawkins a dans le film une bonté un peu niaise. Bien que grande actrice de drame et favorite de Mike Leigh, n'est pas si douée pour la comédie (on se souvient de son rire agaçant dans Happy-go-lucky.) Dans Paddington, elle joue la douce maman face au père, ours mal léché.


Hugh Bonneville (Mr Brown) et Paddington


C'est drôle comme Hugh Bonneville ressemble à un autre Britannique qui eût été (admirez le subjonctif) parfait pour le rôle.


Colin Firth


S'il est agréable de retrouver Hugh Bonneville, excellent acteur de la série Downtown Abbey, on peut regretter que Colin Firth ne soit pas de la partie, lui qui est si habitué aux rôles de grincheux qui s'amendent. Le discours final du personnage, moraliste, est lourd et inutile.

C'est la malice de Julie Walters en vieille dame énergique qui fait le plus plaisir à voir (elle jouait Mrs Weasley dans Harry Potter.) Il est aussi sympathique de retrouver Jim Broadbent (qui jouait Horace Slughorn dans Potter- décidément !) en aimable antiquaire. 

Sans oublier Nicole Kidman, plutôt convaincante en Cruella blonde, mais qui semble quand même s'être perdue en chemin...

Deux plans sont poétiques, le train-jouet et la maison de poupées, respectivement en début et fin de film. La bande-originale est réussie également. En somme, Paddington, même s'il ne brille pas par son originalité,  est un joli cadeau de Noël pour les plus jeunes. 








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