vendredi 19 décembre 2014

TIMBUKTU: CHANT DE COLÈRE










D'abord, des coups de feu troublent la paix d'une nature somptueuse. Nous sommes au Mali, dans un désert immense et magnifique où courent les gazelles. Mais elles sont traquées. Par jeu, des djihadistes leur tirent dessus.

On fera vite le parallèle, dans le film d'Abderrahmane Sissako, entre les gazelles et les femmes. Souvent comparées dans la poésie africaine, elles sont ici chassées, dans tous les sens du terme, par des djihadistes imposant la charia dans la région, et mariant de force les jeunes femmes avec leurs soldats.

Timbuktu décrochera peut-être l'oscar du meilleur film étranger, et c'est ce qu'on lui souhaite. Timbuktu dénonce les lois absurdes de la charia, et évoque les meilleurs films sur l'oppression et la dictature. Il est un roman, aussi, qui vient à l'esprit. Les djihadistes de Timbuktu interdisent la musique. Une étrange dictature la bannit également dans un roman intitulé La Hache et le violon, d'Alain Fleischer.




Le monde du livre est ainsi silencieux. Les rares courageux qui fredonnent font respirer un  temps leurs compatriotes mais sont vite anéantis. C'est le sentiment que l'on éprouve devant Timbuktu. La musique est rare, et là aussi, elle offre des instants de grâce. Rien d'étonnant à ce que le titre alternatif du film soit Le Chagrin des oiseaux.

L'affiche alternative donne la fausse idée d'un film désespéré:



La femme sur l'affiche chante sa révolte dans une scène d'une force étonnante, où elle subit les coups de fouet. Oubliez le pathos dont on témoignait dans 12 Years a Slave. Cette femme combat la douleur et l'injustice par le chant, ajoutant à l'insolence et au courage, le risque de mourir de la main de ceux pour qui la musique est une ennemie.


Et pas seulement la musique. Le football, aussi. Un ballon tombe au ralenti dans les escaliers, et l'on pressent le drame. La scène où les enfants jouent au football sans le ballon est d'une grande beauté, accompagnée par une musique douce.


Le décor ocre rappelle le premier film d'Alexandre Aja, Furia, où des artistes sortaient la nuit pour dessiner et lutter à leur façon contre l'oppresseur.


Affiche de Furia, d'Alexandre Aja (1999)


Entre un imam pacificateur qui ne peut pas grand-chose contre les fanatiques, un jeune Africain embrigadé malgré lui, la violence et la peur à chaque pas, Timbuktu peint des portraits justes et fins de ces meurtriers qui se réclament de Dieu.

Loin de cette folie vivent Kidane, son épouse Satima et sa fille Toya. Ils élèvent paisiblement des vaches et habitent sous une tente, comme les Madianites de l'Ancien Testament. Mais leur paix sera bientôt troublée par le pouvoir en place.

Vous n'oublierez pas la sagesse de Kidane, le regard de Satima et le visage de Toya. Vous vous rappellerez ce chant de révolte sous les coups de fouet, le ballon interdit sur les marches de pierre.

Vous n'oublierez pas Timbuktu. Vous reprendrez malgré vous son chant de colère et d'espoir.




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