samedi 13 décembre 2014

WHITE GOD: MON CHIEN, C'EST QUELQU'UN









Par Sirius





Bonjour à tous, je suis Sirius, le chien de Marla. Je l'ai suivie au cinéma aujourd'hui. Personne n'a rien vu. Enfin si, elle, à la sortie. Elle a voulu me houspiller, mais elle a remarqué que j'avais les larmes aux yeux à cause du film, alors elle m'a filé un bout de cookie, et on est rentrés à la maison.

Mais elle m'a dit: "Très bien. Puisque White God est un film à hauteur de chien, c'est toi qui écrira le texte sur le site."

Savait-elle que je rêvais de créer mon propre blog avec quelques cabots de ma connaissance? Il s'appellerait "Les Toiles du chien."

Alors, pour me faire la patte, j'ai accepté.

Une histoire d'amour


Lili et Hagen sont amoureux. Oh, ce ne sont pas deux ados dans un film allemand. C'est une petite fille et son chien dans un film hongrois, dont le réalisateur a un nom impossible. Le genre de film que va voir Marla, quoi.

Pour sûr, ils s'aiment, ces deux-là. Lili ferait tout pour son chien. Quand le gouvernement hongrois, pour favoriser les chiens de race, impose un impôt sévère sur les bâtards, beaucoup d'entre eux sont abandonnés dans les rues de Budapest. 

D'après mes copains, c'est de la blague, rien de tel n'est jamais arrivé en Hongrie, mais le film fout les jetons quand-même. Apparemment, le réalisateur a un jour rencontré un chien en cage, et a décidé de faire la leçon aux bipèdes sur les mauvais traitements infligés aux animaux.

Tout d'abord, on rencontre le père de Lili, qui travaille dans un abattoir. Autant vous dire que tout le monde le regarde en chien de faïence.

Sa fille vient le rejoindre à contrecœur, mais se console avec Hagen, beau spécimen croisé de labrador et de shar pei. 


Lili et Hagen dans White God


Mais pour le père, Scrooge de l'histoire, Hagen coûte trop cher. Il l'abandonne donc la rue, au désespoir de sa fille, qui le cherchera pendant des semaines, seule sur son vélo.



Dénoncer la cruauté des hommes


Une fois livré à lui-même dans les rues de la capitale, nous suivons les péripéties de Hagen, bavant sous des steaks qu'il ne peut savourer, et trouvant une compagne dans une chienne bâtarde, perdue comme lui. Il se fait dognapper par des voleurs, puis acheter par un escroc, qui le dresse pour des combats de chiens.

Moi, chien d'appartement, je me suis soudain demandé ce qui se serait passé si j'avais eu un autre maître. De ces affreux qui torturent mes potes pour de l'argent. Ma nature gourmande et cinéphile se changerait-elle en instinct de tueur ?


Je n'aurais jamais imaginé une telle cruauté chez les bipèdes. Avec Marla, on  se promène, je suis gavé de saucisses cocktail, et on se tape plein de films, avec des chiens ou non. Elle évite quand-même les Aristochats, question de bon goût.


White God n'est pas à recommander à tout le monde. Les jeunes chiots sont d'ailleurs interdits d'entrer. Beaucoup de scènes violentes, donc. Rien que la première scène, dans l'abattoir, m'a donné envie, pour la première fois, de devenir végétarien. Les scènes de combats de chien sont choquantes, et font brillamment la preuve qu'un chien violent a toujours derrière lui un mauvais maître.


Mais je parle trop peu de Lili. C'est une petite fille merveilleuse qui joue de la trompette. La musique du film est splendide, des scènes bouleversantes nous montrent que l'art nous sauve de tout, de la laideur et de la méchanceté des hommes. Lili, petite lumière dans un monde noir, est entourée d'adultes épouvantables. C'est peut-être mon reproche au film. Certains bipèdes sont très bien. On les aime, et ils nous aiment. Marla, par exemple, me laisse une place de choix sur le tapis quand elle regarde un film, et sa nièce me file son steak en douce sous la table.



Les inspirations de White God


White God est sombre, et manque de moments plus légers pour respirer un peu. A part, peut-être, en dernière partie du film, les chiens regardant la télévision comme dans Les 101 Dalmatiens.




L'un des chiots devant la télévision, dans Les 101 dalmatiens, des studios Disney (1961)

D'ailleurs, ce n'est pas la seule référence que l'on  remarque au classique d'animation. Les chiens s'organisent dans les rues de Budapest comme ceux de Disney dans les rues de Londres. Quand Hagen et sa compagne d'infortune échappent aux brigands, et se parlent avec les yeux, on pense à L'Incroyable voyage, toujours des studios Disney (1992)


Il faut dire que les chiens de White God sont particulièrement bien dressés. De très jolis plans sur la ville nous font découvrir un Budapest désert et magnifique. Le plan final est bouleversant. Marla me dit que c'est un God's eye shot, comme si Dieu regardait la scène.


C'est d'ailleurs intriguant, cette histoire de Dieu. Quand j'ai vu le titre de White God, j'ai d'abord cru lire "White Dog," qui m'aurait semblé plus logique. Alors, j'ai fait des recherches. En fait, il y a déjà un film intitulé White Dog, sorti en 1982.






Le film de Samuel Fuller a largement mis la puce à l'oreille de Kornel Mundruczó.



Il a aussi pensé à la main de l'homme, considérée par les chiens comme la main divine qui nourrit, caresse, mais aussi frappe et humilie. 

Si le chien peut être le meilleur ami de l'homme, White God nous prouve que l'homme peut être le pire ennemi du chien. C'est un film terrible et magnifique, sur la cruauté et l'amour, où la beauté de la musique nous sauve, pour un temps, de la folie du monde.




D'accord, pas d'accord avec l'article ? Postez un commentaire!




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2 commentaires:

  1. Sur le film "enragé" de Fuller, (très) librement adapté de Gary (son récit romancé vaut aussi sa lecture), je vous renvoie ici :
    http://lemiroirdesfantomes.blogspot.fr/2014/07/dresse-pour-tuer-black-mic-mac.html?view=magazine

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