mardi 13 janvier 2015

CAKE: JENNIFER ANISTON, SANS FARD







Russell Crowe a tenu des propos navrants récemment:

"Ce n’est pas l’industrie cinématographique qui doit élargir la palette de rôles proposés aux actrices, mais ces dernières qui doivent prendre la mesure de leur âge."  


Le sexisme à Hollywood 



Hollywood a toujours été cruel, surtout envers les femmes. Quand les médias ont parlé de Cake, c'était uniquement pour montrer Jennifer Aniston sans maquillage, comme si, au-delà de cette simple anecdote, le film n'existait pas.


On a connu le même phénomène en 2003, quand Monster est sorti en salles:

Oui, il s'agit bien de Charlize Theron


Beaucoup ont salué la performance extraordinaire de Charlize Theron, que l'on voyait pour une fois sans maquillage, dans un rôle de serial killer. Sa compagne était incarnée par Cristina Ricci. Mais au lieu d'un couple lesbien sexy qui aurait surtout fait fantasmer la gente masculine, Patty Jenkins a choisi de montrer les deux actrices sans fard, et leur proposer de vrais rôles de composition.


Contrairement à la déclaration de Russell Crowe, les actrices prennent la pleine mesure de leur âge: Hollywood ne cesse de lancer de jeunes premières qui menacent les actrices de la génération précédente.

Toujours pour Charlize Theron, avez-vous remarqué qu'elle jouait la méchante belle-mère dans Blanche-Neige récemment ?





C'était aussi le cas de Julia Roberts:




Quant à Angelina Jolie, elle a interprété la sorcière de La Belle au bois dormant:


maléfique affiche.jpg



Voilà ce que l'on disait en résumé, à ces trois actrices en leur offrant le rôle:


"Oui, tu es divine. Mais attention, tu es une beauté déclinante, une star vieillissante. Il n'est plus temps pour toi de jouer la jeune princesse. Il te reste l'autre femme des contes: la sorcière."

Pour jouer Blanche-Neige ou Aurore, on choisit une jeune première, star montante quand l'autre, si elle semble au faîte de sa gloire, accepte par ce rôle celui de vieillir et d'être remplacée un jour.

Sils Maria traitait la question en finesse. Et qui Assayas a-t-il choisi pour jouer la jeune assistante qui fascine Juliette Binoche ? La Blanche-Neige du film de 2012: Kristen Stewart. Quant à la starlette reprenant son rôle, il s'agit de Chloë Grace Moretz, qui incarne une écervelée façon Lindsay Lohan.

Il est étonnant que des actrices à la longue carrière aient besoin de faire leurs preuves avec un rôle dit "sérieux."

La chance d'Angelina Jolie est d'avoir été remarqué dans l'un de ces rôles, avant de devenir un sex symbol.


Angelina Jolie dans un hôpital psychiatrique face à Winona Ryder dans Une Vie volée, de James Mangold (1999)

Ce fut aussi la chance de Jennifer Lawrence que de jouer dans A Winter's Bone et frôler l'oscar avant la Hunger Games mania. Elle a d'ailleurs décroché le sésame en 2013 pour Happiness Therapy. 


Nicole Kidman a commencé à tourner en 1983. Il faudra que Gus Van Sant la remarque, en 1995, pour Prête à tout, pour que l'on commence à la prendre au sérieux. Son talent se déploiera aussi sous la caméra de Kubrick, puis de Lars Von Trier, jusqu'à la fameuse transformation physique censée révéler les vraies actrices.


Nicole Kidman, quasi méconnaissable sous les traits de Virginia Woolf dans The Hours, de Stephen Daldry (1999)

Voici enfin le rôle qui valut à Kidman son oscar: Woolf. 

Julia Roberts, quant à elle, dut attendre l'année suivante, avec Erin Brokovitch, pour gagner la précieuse statuette. Belle revanche pour celle que l'on confinait un peu vite aux comédies romantiques et à la seule beauté physique.

Julia Roberts reçoit l'oscar de la meilleure actrice en 2000.


Roberts a débuté sa carrière en 1987, et on lui proposait surtout des rôles de midinette. Ses rôles dans L'Affaire Pélican (1993) et Mary Reilly (1996) auraient dû changer la donne bien  plus tôt, mais la critique se plaît à détester les acteurs populaires.

Jennifer Aniston a 45 ans. Elle a démarré en 1986, avant l'explosion de la série Friends dans les années 90. Cela fait donc près de 30 ans qu'elle tourne. La critique a salué son incroyable performance dans Cake, mais ce que les médias ont retenu, c'est surtout son visage sans maquillage, comme on avait lourdement insisté sur le faux nez de Nicole Kidman pour The Hours.


La vie, c'est pas du gâteau


Cake offre à Aniston un rôle de composition. Avait-elle besoin de cela pour prouver qu'elle est une actrice ? On ne lui a tout simplement pas proposé de pareil rôle plus tôt. Hollywood prend rarement des risques: une fois qu'une actrice est cantonnée à un certain type de rôle, il est difficile pour elle d'en sortir.

Ce qui frappe dès les premières images de Cake, c'est la faculté de transformation de l'actrice: elle devient tout bonnement quelqu'un d'autre. Quant à la jeune première face à elle, un peu dans le même schéma de fascination que pour Sils Maria, il s'agit d'Anna Kendrick, qui a joué, tout comme Kristen Stewart d'ailleurs, dans Twilight



Jennifer Aniston et Anna Kendrick pour al promotion de Cake, de Daniel Barnz (2014)

Jennifer Aniston incarne Claire, une femme en grande souffrance après un accident. Le film débute dans une thérapie de groupe, de celles que raille le Fight Club de Fincher.


Edward Norton participe à une thérapie de groupe dans Fight Club de David Fincher (1999)


L'un des membres du groupe, Nina (Anna Kendrick) s'est suicidée. Claire voudra comprendre son geste et partir sur ses traces, au risque de sa propre vie et de sa santé mentale.

L'idée était bonne, mais après la surprise initiale de la composition d'Aniston, le film s'avère long, ennuyeux et répétitif.

La scène de la piscine rappelle les fantômes de Cronenberg dans Maps to the Stars. Le rideau qui flotte à la fenêtre rappelle le plan terrifiant de We Need to Talk About Kevin, sans l'égaler.


Rideau fantomatique dans We Need to Talk About Kevin, de Lynne Ramsay (2011)


Cake traite pourtant d'un sujet délicat et finalement rare au cinéma: notre rapport au suicide d'un autre, qui renvoie à notre propre mortalité.

Quelques scènes cependant, sont joliment tournées, comme celle du carillon dans le cimetière, ou les paroles de "Honesty" de Billy Joel, qui prennent pour Claire un sens littéral.

Ajoutez à cela le plaisir de retrouver Felicity Huffman (Lynette de Desperate Housewives) dans le rôle de la thérapeute.



Felicity Huffman dans Cake


On retiendra surtout de Cake la performance étonnante de Jennifer Aniston. La dimension pathos du film et son manque de rythme gâchent l'ensemble, mais le trio d'actrices vaut le détour.








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