mardi 6 janvier 2015

COURS SANS TE RETOURNER : VA, VIS ET DEVIENS



Affiche de Cours sans te retourner






Joli mélodrame de cette fin d'année, Cours Sans te retourner suit la fuite et le vagabondage d'un garçon juif polonais qui tente d'échapper aux nazis. Srulik erre à travers les saisons et les villages, à la recherche d'un travail et d'un gîte. De braves gens en mauvaises rencontres, il lutte pour sa survie, s'invente une identité et affronte maints dangers.

Certains critiques ont reproché au film de ne pas rendre de façon convaincante l'horreur de l'époque. Or, il le fait. À hauteur d'enfant. Srulik échappe aux camps de concentration. Mais les « horreurs » de l'époque, c'est aussi ce qui se trame du côté des civils. Maisons de résistants brûlées, refus de soins aux Juifs blessés, délation en tous genres, échapper aux camps ne veut pas dire échapper au mal.

Et ce n'est pas neuf au cinéma.

Les enfants et la Shoah au cinéma



Dans Europa Europa, la réalisatrice polonaise Agnieska Holland racontait aussi l'histoire vraie d'un jeune juif allemand qui, à travers maintes péripéties, échappait au pire mais pas à l'absurdité de l'époque. Solek suit, comme Srulik, les conseils de son père. Là où certaines familles ont pu envoyer leurs enfants à l'abri en Amérique en payant fort cher le bateau, d'autres ont cru bon de leur dire d'aller vers l'est. D'où le trajet de Srulik qui ne sort pas de Pologne, et celui de Solek, qui va se retrouver, dans une ironie formidable, membre des jeunesses hitlériennes puis communistes.


Solek, ou Solly (diminutif de Salomon) dans Europa Europa (1990)
Solek, ou Solly (diminutif de Salomon) dans Europa Europa (1990)


Dans une scène qui vire au comique, un professeur nazi, après un laïus sur la laideur du Juif et la supériorité aryenne,  "démontre" que Solly a des traits aryens (la scène est ici, en allemand sous-titré anglais.)

Dans La Vie est belle (dont nous parlions ici) un père réussit, avec courage, à dissimuler à son fils l'horreur des camps, en inventant un jeu où le premier prix serait un char d'assaut. Les images finales sont inoubliables, et la dernière réplique, "Abbiamo vinto" ("On a gagné") restera une devise pour les Italiens vaincus à la guerre mais victorieux contre l'oppression fasciste.


Giosuè devant le char d'assaut à la fin de La Vie est belle, de Roberto Begnini (1997)
Giosuè devant le char d'assaut à la fin de La Vie est belle, de Roberto Begnini (1997)

Roberto Begnini expliquait à ceux qui pensaient le voir sortir du char d'assaut que son personnage devait mourir pour rendre justice à toutes les victimes de la Shoah. Le happy end sera pour Giosuè et sa mère.

Dans Monsieur Batignole, Simon d'enfuyait d'un camp et frappait à la porte d'un charcutier, devenu héros de circonstances.





Même si les enfants de l'histoire sont sans doute orphelins, le film se termine sur une note heureuse.

Le happy end est rare dans les films sur la Shoah. Les récits de survivants n'en sont que plus frappants, et acquièrent une dimension héroïque.

C'est la règle, et non l'exception, qui est illustrée dans La Liste de Schindler.


Petite fille en rouge dans La Liste de Schindler de Spielberg



Si la petite fille en rouge, dans ce film en noir et blanc, est mise en valeur, c'est pour mieux montrer que le happy end n'existe pas: on reconnaîtra son manteau sur un charnier à la fin du film.

La scène finale d'Au revoir les enfants restera dans les mémoires comme l'une des plus bouleversantes.





L'espoir triomphe


Si certaines scènes peuvent sembler trop tire-larmes voire misérabilistes, Cours sans te retourner reste un noble mélodrame fort bien interprété.

L'espoir jaillit, comme pour Europa Europa, dans les lieux les plus improbables. Le film de Pepe Danquart est basé sur l'histoire vraie d'un polonais aujourd'hui installé en Israël. La dernière scène rappelle celle du film d'Agnieska Holland où le vrai Solomon chantait Hine Matov Umanaim, chanson qui tient en une seule phrase: 


"Regardez comme il est bon et agréable que des frères demeurent ensemble et unis."



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