vendredi 23 janvier 2015

FOXCATCHER: LUTTE DE POUVOIR






Quand la critique est dithyrambique au sujet d'un film, des Cahiers  du cinéma à Télé 7 Jours, du Monde à Gala, a-t-on le droit de dire qu'il est méga-chiant ?

Eh bien voilà, Foxcatcher, c'est méga-chiant. 2h15 sur une bataille de pouvoir entre deux lutteurs et un riche mégalo, quand tout aurait pu tenir en 20 minutes.

C'est décevant de la part de Bennett Miller, réalisateur de l'excellent Truman Capote, sorti il y a tout juste 10 ans.




Le trio d'acteurs est excellent: Steve Carell est très bon dans ce rôle à contre-emploi (même s'il en fait trop) on est heureux de retrouver Mark Ruffalo bien loin de New York Melody, et de voir Channing Tatum ailleurs que dans un blockbuster sans scénario.

N'est pas Clint Eastwood qui veut


La photographie du film et sa réalisation voudraient imiter Eastwood, sans lui arriver à la cheville. Clint, dans Million Dollar Baby, nous parlait boxe. 




Attendez. En réalité, il ne parlait pas boxe. L'intérêt de son film, comme tous les grands films sur le sport, était de se servir de la boxe comme toile de fond pour analyser la nature humaine. Million Dollar Baby est, contre toute attente, une histoire d'amour.

Tous les fans de Rocky vous le diront, les seuls bons opus sont le premier et le dernier, quand Rocky Balboa est humain, faillible. Les autres chapitres qui l'érigent en dieu du ring intéressent nettement moins.

Dans Foxcatcher aussi, c'est l'humain qui prime. Contrairement à l'affiche française, l'américaine nous dévoile l'essentiel: le héros du film n'est pas le lutteur, mais le riche solitaire.




Ce profil à la Hitchcock nous promet un thriller psychologique. Or, point de suspense sur ces deux heures quinze où l'on lutte surtout contre le sommeil.

Pauvre petit vieux riche (Attention spoilers)



Basé sur une histoire vraie, Foxcatcher devrait fasciner, interroger, toucher à l'extraordinaire. Or, tout y est prévisible. 

Un lutteur champion olympique, Mark Schultz, se retrouve engagé par un riche vieillard qui souhaite monter la meilleure équipe de lutteurs au monde et remporter les JO de 1988.

Dave Schultz, champion de lutte lui aussi et frère aîné de Mark, lui a toujours fait de l'ombre.

Idéalement, le milliardaire du Pont aimerait "acheter" les deux. Mark se laisse séduire par le personnage et sa belle demeure, Dave reste incorruptible. S'ensuit un jeu de manipulation attendu où du Pont tentera de diviser les deux frères.

Une scène assez cruelle est révélatrice: John du Pont explique qu'il n'avait qu'un ami dans l'enfance, le fils du chauffeur. Il indique alors que sa mère (l'impériale Vanessa Redgrave) payait en fait le garçon pour qu'il tienne compagnie à son fils.


Vanessa Redgrave dans Foxcatcher, de Bennett Miller (2014)


Du Pont a donc intégré que les amis véritables n'existaient pas, et que tout s'achetait.

Mark, s'il a d'abord l'air séduit par cette figure paternaliste, donne un discours lors d'une réception en l'honneur de du Pont écrit par... du Pont lui-même. Il le lui fait même réciter dans l'avion, dans une scène qui serait comique si elle n'était pas effrayante. 

Dave, lui, garde ses distances, et ne se rapprochera de du Pont que pour protéger son frère.

Dans Foxcatcher, tout commence par une vidéo et tout finit par une vidéo. La première est une vidéo-propagande sur la dynastie du Pont, que Mark regarde, un rien dubitatif. La deuxième est une vidéo promotionnelle de l'équipe de lutte et le centre d'entraînement de du Pont, qui chante les louanges du bienfaiteur.

Le problème n'est pas ce que la vidéo montre, mais ce qu'elle ne montre pas: Dave était censé faire l'éloge de du Pont et l'appeler son mentor. On lui impose de refaire la prise plusieurs fois. Peu convaincant, il est coupé au montage.

Du Pont déteste que Dave ne se soit pas plié à la règle des hommages, et le tue.

C'est hélas prévisible. du Pont refuse que Dave ne soit pas devenu son "ami," ou du moins l'un de ses courtisans. Comme le nazi dans American Beauty, il tue celui qui l'a rejeté.


Le colonel Frank Fitts (épatant Chris Cooper) face à Kevin Spacey dans American Beauty, de Sam Mendes (1999)

Dans le film de Sam Mendes, le colonel Frank Fitts rend visite un soir à Lester Burnham et lui fait des avances. Lester les refuse, c'est son erreur fatale. Celle de Dave dans Foxcatcher sera de ne pas jouer (avec assez de conviction) le jeu de la complaisance.


Mark (Channing Tatum) et Dave (Mark Ruffalo) dans Foxcatcher

Un problème de rythme


Foxcatcher aurait pu être réussi s'il n'était pas si long et répétitif. L'impression finale est un peu "tout ça pour ça." Dans la salle, de nombreux spectateurs consultent l'heure sur leur portable, et certains quittent la séance.

La photo et la réalisation seraient admirables si elles ne s'inspiraient pas tant, sans l'égaler, de celles du maître Eastwood.

Reste un beau trio d'acteurs. Steve Carell tourne depuis 1991, et a connu la célébrité en 2003 avec Bruce tout puissant. Il était temps qu'on lui propose un rôle à sa mesure. Il prend beaucoup de plaisir à jouer ce pervers narcissique, mais après tant de films potaches, il tombe presque dans la caricature opposée: il finit par ressembler à une mauvaise imitation de Brando dans Le Parrain.

En voilà assez de ces films à oscars qui sortent en janvier-février pour viser la fameuse statuette. Le cinéma, c'est plus que ça.

2h15 d'un film au scénario attendu et à la chute prévisible, c'est long. J'avais une envie folle d'aller prendre un chocolat chaud et de lire mon journal. Mais je suis restée jusqu'à la fin. J'ai réussi. De haute lutte.





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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !