samedi 17 janvier 2015

THE SMELL OF US: LE CORPS À CORPS DE LARRY CLARK







Le cinéma a 120 ans cette année. Kids a 20 ans. Larry Clark en a 71, et il continue d'explorer les possibilités de l'image. The Smell of Us, c'est le Blow Up de Larry Clark. 

Antonioni posait dans Blow Up la question de la limite de l'image et de la photographie, en déformant le gros plan jusqu'à l'incohérence dans la dernière scène. Brian de Palma, dans Blow Out (titre directement inspiré d'Antonioni) analysait le pouvoir du son. Clark nous propose en 2015 un essai sur l'odeur. Dans The Smell of Us, il revient au cinéma expérimental. 


L'odeur est un sens peu traité au cinéma. Il y eut Le Parfum de Suskind, qui donna un assez bon film malgré ses mauvaises critiques.





Clark s'intéresse à l'évolution de l'image et de la jeunesse. Toff, l'un des personnages, filme ses camarades avec son portable: une image pixelisée, qui rappelle en même temps le style psychédélique des années 70. 


Paris, cité des anges (déchus)


Le héros a une gueule d'ange.

Math (Lucas Ionesco) dans The Smell of Us, de Larry Clark (2015)


Ange dans "La Madona del Magnificat" de Botticelli (détail, 1485 - Galerie des Offices, Florence)


Ange musicien, de Melozzo da Forli (1726)

À plusieurs reprises dans The Smell Of Us, Larry Clark insère des gros plans sur des anges de l'architecture parisienne.

Math est un ange abîmé. En arabe, son prénom signifie "mort," et l'on ne sait si son prénom est Mathieu (apôtre) ou Matthew, version anglaise. Il est intéressant de noter le clin d'oeil de Clark à la fin du film à The Dreamers, où Michael Pitt incarnait un jeune vierge, Matthew, qui découvrait la sensualité grâce à un Louis Garrel et Eva Green. Le film a été habilement traduit en français par Innocents :





Michael Pitt, plus âgé, désabusé, fait face à Lucas Ionesco. L'ancien Matthew regarde le nouveau et semble lui dire "je suis ton miroir, la route que j'ai prise est devant toi."


À corps perdu(s)


Math n'en est plus au stade de la découverte. Avec son ami JP, qui est amoureux de lui, ils se prostituent, et gagnent un argent fou au prix de leur innocence.

Mais n'attendez pas un film surfait comme le Jeune et Jolie d'Ozon, ni même le tendre Gerontophilia, où un jeune homme s'éprenait d'un vieux.



Larry Clark n'a pas peur de montrer la perversion dans tout son dégoût, son malaise, sa souffrance. Shame le faisait pour l'addiction sexuelle, mais avec pudeur. Chez Larry Clark, c'est cru et désespéré, teinté de drogue et d'inceste, comme à son habitude. Son obsession de l'odeur, c'est un retour  au primitif. Il ne s'agit pas de parfum raffiné mais de l'essence du corps.

La prostitution masculine est également peu traitée au cinéma. Clark aurait-il choisi Paris parce qu'il pensait à Téchiné ?



J'embrasse pas traitait aussi de l'innocence perdue d'un jeune homme, de son éducation sentimentale et sexuelle dans la folie de la capitale.

Clark a un talent fou pour filmer le malheur. Là où Lars von Trier ne montrait que de la laideur dans Nymphomaniac, Clark réussit à rendre la laideur belle: il l'esthétise, nous la fait découvrir autrement, avec des plans splendides. Kant disait:

"L'art ne veut pas la représentation d'une chose belle, mais la belle représentation d'une chose."


The Smell of Us apparaît comme une réflexion de Clark sur lui-même. Quand une vieille dit à Math "ça te fait peur, un corps détruit?" il s'agit peut-être d'une pensée du réalisateur septuagénaire sur son propre corps. Quand une autre vieille, en évoquant la dernière phrase de son mari, indique: "Tu y mets le sens que tu veux, c'est l'avantage avec les fous," c'est peut-être ce que nous suggère Clark à propos de son cinéma: participer.

Bien sûr, son film n'est pas à conseiller à tout le monde. D'aucuns diront que les gros plans sur les corps sont trop nombreux, deviennent lassants et peuvent choquer. Il faut aimer le cinéma de Larry Clark pour aimer The Smell of Us, comprendre son parcours, l'évolution de son point de vue.

Paris got the blues


Dans The Smell of Us, Clark revient à ses thèmes fétiches; la jeunesse et la musique. Dans Another Day in Paradise, déjà, la bande originale blues accompagnait fort bien les images.






Le grain de l'image de The Smell of Us rappelle toujours les années 70. Le montage de certaines scènes musicales évoque le film sur les trois jours mythiques de Woodstock:






The Smell of Us pourrait apparaître comme un long clip musical, à l'instar du The Wall d'Alan Parker, dystopie basée sur l'album des Pink Floyd.





La culture skate chez Larry Clark (et ailleurs)


La musique accompagne souvent les skateurs. C'est une thématique qui revient souvent chez Larry Clark. Dans Wassup Rockers, il filmait des skateurs du ghetto.






Paradoxalement, la jeunesse dorée parisienne lui apparaît plus désespérée. La caméra de Clark qui suit les skateurs rappelle celle, planante, de Gus Van Sant dans Paranoid Park:


La culture skate a aussi intéressé Dolan dans Mommy, ce qui donna l'une des grandes scènes du film, et un plan d'anthologie.




L'atmosphère d'une époque et d'une génération



Larry Clark a choisi des lieux de tournage magnifiques. Il nous fait redécouvrir Paris dans un réalisme cru et en même temps une esthétique rare, dans une variante sur la jeunesse désenchantée. Il capte, dans un Kids modernisé, l'atmosphère d'une époque et d'une génération.







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1 commentaire:

  1. Bonjour,

    Je suis a la recherche d'une musique du film,

    [SPOIL]

    C'est le morceau blues que chante "rockstar" a coté de math.

    "You're gonna miss me when i'm gone"

    Si quelqu'un peut me trouver qui chante la chanson ça serait cool ! :)

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