jeudi 22 janvier 2015

WILD: LES MILLE BORNES DE REESE WITHERSPOON








Les cinéastes américains aiment nous parler des grands espaceset de voyages à la fois géographiques et spirituels. Cheryl (Reese Witherspoon) prend ses distances avec une relation complexe, en entamant une longue randonnée: 1000 miles (1500 km) à travers l'Amérique, dans le but de se trouver.

Le scénario, hélas, tourne court. Les grands espaces sont jolis à voir mais ne sont pas exploités au maximum. On saisit mal la relation douloureuse qui pousse Cheryl au départ. Les flashbacks sont trop partiels, dans un montage assez brouillon. C'est fort décevant de la part de Jean-Marc Vallée, réalisateur de l'excellent Dallas Buyers Club. 

Surtout, 1500 bornes avec Reese Witherspoon, c'est long. Ses fausses aventures et ce faux danger lassent vite.

Et l'Amérique peut faire beaucoup mieux côté road movies.


L'Amérique sur la route


En regardant Wild, on ne peut s'empêcher de penser à Into the Wild, histoire vraie d'un jeune homme qui laissa tout derrière lui pour partir à l'aventure. Ce film a inspiré toute une génération. Ses paysages superbes (à découvrir sur grand écran, bien sûr) sa philosophie et sa bande originale valent le voyage.





En parlant de bande originale, on découvrait enfin sur les écrans, en 2012, celle de Jack Kerouac: Sal, Dean, et Marylou prenaient vie, plus de 50 ans après la parution du roman mythique On The Road. L'adaptation au cinéma est plutôt réussie, même si elle a été raillée par les puristes. Pour pouvoir lire le manuscrit original de Kerouac, bien meilleur que la version qui fut publiée en 1957, il a fallu attendre 2008. 

Aussi incroyable que cela paraisse, Kerouac a écrit son roman d'une traite.


Rouleau original de Kerouac, On the Road.

On the Road a inspiré les plus grands écrivains et poètes, et a forgé en partie la philosophie américaine, notamment l'idéal de liberté par le voyage.





Quand les femmes prennent le large


L'originalité de Wild est qu'il s'agit d'une épopée féminine. 

Vers la fin du film, un journaliste demande à Cheryl si elle est une "hobo," à savoir une vagabonde. Elle répond non.

Côté français, on rencontrait une vagabonde en 1985 grâce à Agnès Varda. Dans Sans Toit ni loi, Sandrine Bonnaire incarnait Mona, une routarde de 22 ans qui mettait les bourgeois (dont Macha Meryl) face à leurs paradoxes. 

Comme le héros de Into the Wild, elle meurt très jeune, mais au moins aura-t-elle vécu. Agnès Varda démontre, dans ce film très représentatif de la jeunesse des années 80 où l'on reconnaît la gouaille de Renaud, que la liberté effraie la plupart des gens. La réalisatrice donne finalement raison à cette jeune fille insolente, bien plus libre que les autres.





Les femmes prennent aussi la route pour conquérir les grands espaces américains. C'est la cas dans Thelma et Louise, épopée féministe où deux amies quittent leur terne quotidien pour exister enfin, jusqu'au choix extrême de la dernière scène.






Difficile d'accompagner Reese Witherspoon dans Wild sans penser à d'autres films qui nous invitent avec plus de talent au voyage intérieur et à la réflexion. Bonne nouvelle: en Amérique et ailleurs, on n'a pas fini de parler de ces solitaires qui prennent la route pour remettre en question notre propre chemin.


Je terminerai sur cette citation de Jean Grenier: 

" On peut voyager non pour se fuir, chose impossible, mais pour se trouver. Le voyage devient alors un moyen. Il est donc bien vrai que dans ces immenses solitudes que doit traverser un homme de la naissance à la mort, il existe quelques lieux, quelques moments privilégiés où la vue d'un pays agit sur nous, comme un grand musicien sur un instrument banal qu'il révèle, à proprement parler, à lui même".   






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