jeudi 12 février 2015

50 NUANCES DE GREY: ATTACHE-MOI ?


50 nuances de grey martinet sexy




Dans la salle obscure, des couples, des adolescents, un public féminin venu entre copines. Tous et toutes rient avant même le générique.

La séance ressemblait à ces drive-in à l'américaine où l'on vient voir un navet pour balancer des tomates sur l'écran.

Les personnages sont d'emblée peu convaincants. Les acteurs jouent tout simplement mal, on ne croit pas une seconde à cette amourette qui ne ferait même pas une page acceptable dans le magazine 20 ans.

Teen movie raté, 50 Nuances de Grey ne propose même pas du porno-soft: ses images n'auraient pas alimenté un téléfilm de M6.

Pour les références que j'aime tant trouver au cinéma ? Deux seulement, et introduites dans le film avec tant de grossièreté que c'en est risible.

L'une à Alice au pays des merveilles: le "mangez-moi" et "buvez-moi" après la gueule de bois de l'héroïne, Ana.


alice au pays des merveilles disney mangez-moi


L'autre à Mrs Robinson, personnage sulfureux du Lauréat


Mrs Robinson (Anne Bancroft) dans Le Lauréat, de Mike Nichols (1967) référence 50 nuances de grey
Mrs Robinson (Anne Bancroft) dans Le Lauréat, de Mike Nichols (1967)




Dans Le Lauréat, du regretté Mike Nichols (aussi réalisateur de Closer) Mrs Robinson séduisait Benjamin, jeune homme innocent et encore vierge.


Christian Grey aimerait nous faire croire qu'une Mrs Robinson l'a initié à l'amour. Le discours que tient 50 Nuances de Grey sur le sado-masochisme est un contresens complet.


Un discours délirant sur la sexualité


Si 50 Nuances de Grey ne vaut même pas un film pornographique, il présente les mêmes tares: d'abord, un sexisme avéré. La femme innocente est entièrement soumise à l'homme qui l'initie, avant de reprendre sa liberté, le cœur brisé.

Le film veut faire croire, comme les pornos, que le plaisir féminin est quasi instantané. Qu'il suffit d'une demie caresse pour envoyer une partenaire au septième ciel. Ce navet est nocif pour l'homme comme pour la femme: combien d'adolescents se sentiront diminués de ne pas faire jouir leur petite-amie aussi facilement ? Combien d'adolescentes se demanderont pourquoi elles ne jouissent pas au quart de tour ?

Le film enfonce le cliché sexiste selon lequel la femme aime se soumettre et avoir mal.

Il suffit d'écouter l'une des chansons de 50  Nuances de Grey, Earned It (Tu l'as bien mérité) pour se rendre compte du discours archaïque de ce film qui se dit sexy et contemporain.


Il n'est pas évident de traiter de sexualité, et encore moins de sado-masochisme au cinéma et en littérature. Certains, pourtant, y sont parvenus avec brio.


Le sado-masochisme en littérature et au cinéma




Celui qui donna son nom au sado-masochisme fut Sacher-Masoch, qui expliqua dans La Vénus à la fourrure son fantasme originaire: sa tante, pour le punir, l'avait humilié devant des domestiques en le fouettant sur une zibeline. 



vénus fourrure livre


Il en retira une passion pour la fourrure et un plaisir dans la douleur et l'humiliation.

Ce livre fut très bien adapté dans le film de Polanski. 



Par son scénario, sa mise en scène, ses dialogues, Polanski changeait, contre toute attente, l'écrit de Sacher-Masoch en film féministe.

Pour Christian Grey, il semble y avoir un fantasme originaire, mais on ne saura pas lequel.


Dans cette détestable morale à l'américaine qui veut qu'il y ait un traumatisme dans toute déviance sexuelle, on indique dans 50 Nuances de Grey que Christian eut une enfance malheureuse.


Sauf que Sacher-Masoch est un masochiste heureux.


Toujours en littérature, le penchant est fort bien expliqué dans Le Valet de Sade.


Le Valet de Sade livre


Pour les classiques, Rousseau avait lui-même parlé, dans Les Confessions, d'une fessée qui lui procura du plaisir. Il décrivait la sensualité du geste, l'érotisme insoupçonné de la punition.

Pour le désir et le plaisir partagés, Attache-moi d'Almodovar présentait avec originalité et une esthétique kitsch la relation passionnée et violente d'un ravisseur et de sa captive.




Un film grotesque


50 Nuances de Grey est tout bonnement ridicule. Il s'agit du degré zéro de la réalisation, tout comme le roman était le degré zéro de l'écriture. Le film touche au burlesque, au grotesque, et fait rire malgré lui. On se lasse vite de ces ébats sans intérêt et de ces dialogues creux d'ados émoustillés.

Grande amatrice de thé, j'aurais dû me rendre dans mon coffee shop favori plutôt qu'en salle hier après-midi. Je préfère, aux mauvais romans et aux mauvais films, 50 nuances d'Earl Grey.


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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !