vendredi 27 février 2015

ANNIE: DE JOHN HUSTON À JAMIE FOXX








Dans la version de 1982, Annie chantait carrément son "Tomorrow" avec le couple Roosevelt. Mr Warbucks les accompagnait, et George Washington veillait sur le quatuor.






En 2015, Annie nous parle de Roosevelt dans un exposé en classe.


Quvenzhané Wallis est Annie

La comédie musicale de 1977 se passe déjà à l'époque du New Deal, mais Will Gluck choisit de transposer la comédie musicale de nos jours, avec succès.


De Warbucks à Stacks


Dire que la version de John Huston est meilleure que celle d'aujourd'hui n'a pas grand sens. Si le Annie de 2015 a été démoli dans la presse française, il reste un spectacle fort sympathique, coloré et rythmé. L'optimisme d'Annie semble infuser le film et les versions modernisées des chansons, qui sont, pour la plupart, réussies.

L'homme d'affaires des années 30, Warbucks, avait fait fortune, comme son nom l'indiquait, pendant la guerre, War-bucks signifiant littéralement guerre-dollars. En 2015, il devient Will Stacks, "celui qui accumule." Le vilain businessman qui s'amende, les anglophones connaissent bien. Depuis Scrooge, on a vu pléthore de grippe-sous qui deviennent sympathiques.



Aileen Quinn et Albert Finney dans Annie, de John Huston (1982)



Quvenzhané Wallis et Jamie Foxx dans Annie, de Will Gluck (2014)


Will Gluck a eu raison de casser le cliché du personnage d'Annie, rouquine sur Broadway et chez John Huston, en choisissant une actrice noire. Aileen Quinn, premier rôle du film de 1982, a un nom irlandais. On retrouve en 2015 Quvenzhané Wallis, étonnante héroïne des Bêtes du sud sauvage (2012.)

La petite fille est fort bien choisie. Elle incarne avec talent et naturel cette orpheline pragmatique, à l'optimisme sans naïveté. Le film de Will Gluck ne manque pas d'humour. Il fait preuve de cette auto-parodie chère aux comédies musicales, et fait même un clin d'oeil à Albert Finney en révélant que Will Stacks est secrètement chauve:



Will Stacks (Jamie Foxx) chauve dans Annie, de Will Gluck (2014)



Une gentille moquerie du capitalisme


Les chansons sont sympathiques, même si certains y verront une adaptation commerciale et sirupeuse. Will Gluck a le mérite de dépoussiérer un peu la comédie musicale. Il réinvente des morceaux pour leur donner un rythme R 'n' B très contemporain, même s'il peut apparaître cliché dans la chanson "New York City," qui tanne une fois de plus les valeurs américaines de suivre son rêve et de travailler dur. 

Annie de 2015 est moraliste, oui, mais pas plus que celle de 1982. À l'époque, Huston dénonçait le danger bolchevique comme menace au capitalisme.

C'est drôle comme les films américains tiennent, quelque part, un double discours: la réussite financière est importante et reste, selon la tradition protestante, signe d'élection divine. En même temps, il ne faudrait pas que l'argent surpasse l'importance de la famille.

Transposer Annie dans le monde actuel permet de dénoncer les manœuvres politiques à visée électorale, quand la com a depuis longtemps pris le pas sur le discours engagé. Will Stacks fait donc sa com quand, en 1982, Huston parlait déjà "d'image de marque."

Une scène potache de film dans le film tourne aussi en dérision le "placement de produit" censé sauver l'industrie du cinéma. L'entreprise de Will Stacks a ainsi intégré son nouveau modèle de téléphone portable dans un film grand public. En plus, y a Rihanna dessus. La mise en abîme est grossière mais assez drôle.



Oui, c'est Rihanna.



Mila Kunis et Ashton Kutcher dans le film parodique Moonquke Lake


Et la musique, dans tout ça ?


Le film de John Huston, s'il est charmant, a carrément vieilli. La chanson "Never fully dressed without a smile" 






a été joyeusement rajeunie par Sia:



Difficile, aussi, de garder en l'état la chanson jazzy façon années 30.




Si l'on peut regretter l'excellent Tim Curry, Cameron Diaz n'est pas si mal en méchante. Hélas, elle devient, comme de nombreuses cruelles d'aujourd'hui, une méchante qui s'amende. On peut regretter le temps où les crapules restaient crapules. C'est le conseiller en com de Jamie Foxx, dans le film, qui fait concurrence à Hannigan sur la méchanceté, dans un tango réussi.


En revanche, la scène où Annie découvre la "maison de rêves" de Stacks est gâchée par sa dimension ultra-technologique, qui rappelle davantage Black Mirror que les contes de fées. La chanson, sur un air vaguement techno, est épouvantable. La scène m'a évoqué l'atmosphère cauchemardesque de Coraline, où tous les rêves deviennent réalité, mais coûtent très cher ensuite.


Dîner faussement idéal dans Coraline, de Heny Selick (2009)

La chanson "Opportunity" aura son petit succès mais s'avère sirupeuse.

Gros hic: la VF est très mauvaise. Deuxième hic: le film ne joue en VO que dans un cinéma parisien (le MK2 bibliothèque, pour ne pas le citer.)

Les plus jeunes seront séduits, sans doute, par cette adaptation qui donne un coup de jeune au musical de Broadway, même si l'on n'évite pas les bons sentiments.




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