vendredi 6 février 2015

IT FOLLOWS: FAIS-MOI LA MORT









"Fais l'amour et t'es mort," voilà en résumé le discours tenu par It Follows aux adolescents. La machine pro-abstinence est en marche, et rien ne l’arrêtera pendant cette heure et demie. Dans une bourgade chrétienne étouffée de pudibonderie et de bienséance, des jeunes sont terrifiés par le sexe. Les vilains garnements qui n'écoutent pas leurs parents seront châtiés: le premier jeune contaminé est "puni" de son coup d'un soir.


Un fantôme nommé MST


Les ados de It Follows craignent pour leur vie après leur corps à corps. Les fantômes qui suivent ces jeunes filles en peurs s'appellent MST, SIDA, grossesse, peut-être.

Combien de fois a-t-on entendu, dans des productions américaines, que l'abstinence était la meilleure protection ? Même dans une comédie d'apparence innocente, Zac Efron nous disait, avec son sourire Disney, que s'abstenir était le meilleur choix. Cette vidéo de Youtube a justement été postée par "Choose Abstinence."





Dans cette vidéo, après un laïus conservateur de Zac Efron, les lycéens jettent avec dégoût les préservatifs dans un panier. Voilà comment on démolit des années de prévention contre le SIDA et les MST, et comment on s'assure qu'il y ait une file d'attente au planning familial l'été suivant.

Le navrant Twilight, écrit par une Mormone, érige aussi l'abstinence comme modèle à suivre. Des milliers de jeunes filles sont ainsi tombées amoureuses d'Edward et de son soi-disant romantisme. Certaines ont intégré cette idée réactionnaire: pas de sexe avant le mariage.


It Follows reprend les codes du film d'horreur pour effrayer les adolescents sur ce monstre qu'ils connaissent si mal: le corps.

Le film d'horreur est un média efficace. Les classiques d'épouvante épargnent toujours la jeune vierge. La première à mourir est souvent la Marie-couche-toi-là. Il y a le Noir, aussi. Et le quarterback de l'équipe de foot. Celle qui survit, c’est la "gentille" qui n'a pas encore vu le loup.

Dans Scream (dont It Follows s'inspire largement) Sidney est encore vierge. Son petit-ami veut l'inciter à baiser pour pouvoir la tuer, justement dans le respect des canons du film d'horreur.




La première scène de It Follows, in medias res, ressemble beaucoup à celle du film de Wes Craven. Tout dans le long-métrage de 2014 rappelle celui de 1996: un teen movie, avec ses dialogues creux, ses gadgets à la mode et ses effets faciles.

Scream était autrement plus réussi et ne prônait pas l'abstinence de manière si directe.

"Il" reviendra


Le "it" de It Follows est le même que celui de Stephen King.




Le fantôme tueur qui suit les adolescents incarne, comme le clown sanguinaire, leur plus grande peur: la vieillesse, la maladie, la laideur, la folie. Le clown de King revenait tous les trente ans. Le monstre du sexe peut vous tuer n'importe quand.

Survient alors la partie la plus dangereuse de It Follows: la nécessité de refiler le monstre (et donc la mort) à quelqu'un d'autre.

Idée piquée à l'excellent Ring, où une vidéo meurtrière circulait parmi des adolescents au Japon. Il fallait la diffuser à quelqu'un d'autre pour sauver sa propre vie.





En reprenant l'argument du film japonais, It Follows assimile ceux qui font l'amour avant le mariage aux individus atteints du virus du SIDA qui propagent sciemment la maladie

Un film abject qui prône l'abstinence


Dans It Follows, pour éviter la mort, il faut la "refiler." C'est justement le verbe que l'on emploie pour un virus. 

Ce que It Follows cherche à propager, c'est la paranoïa, et elle est effectivement contagieuse. 

Sans aucune pédagogie, sans faire la différence entre l'amour sans préservatif et l'amour tout court, It Follows tient un discours abject et nocif. Il est étonnant que le film soit encensé par la critique, et qu'il ait même remporté le grand prix Gerardmer malgré son idéologie nauséabonde. La profession et la presse ont leur part de responsabilité.

La réalisation arty de David Robert Mitchell n'a, par ailleurs, rien d'extraordinaire: les long shots et  la caméra subjective deviennent vite lassants. Ajoutez à cela de multiples croix chrétiennes qui parsèment les images comme un cimetière discret: les croix au fond de la piscine et dans les rues de la petite bourgade nous rappellent que Dieu est partout et qu'il punit les jeunes qui ont osé goûter au fruit défendu.


Je n'aime pas appeler au boycott d'un film. Il est des films que l'on peut aller voir pour mieux les combattre.




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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !