lundi 16 février 2015

SOLEIL VERT: FAITES PLACE !





Soleil Vert, dès 1973, exposait les fléaux de 2015: misère, famine, pollution, corruption, états policiers, et par-dessus tout - surpopulation. Le film est adapté d'un court roman Make Room ! Make Room ! de Harry Harrison, publié dès 1963.




Make room ! c'est à la fois "faites place" pour les camions anti-émeute





et "faites de la place" car la population de cesse de s’accroître. 

Si vous regardez bien le camion anti-émeute, il embarque des gens comme une benne à ordures chargerait des déchets. C'est l'un des indices annonçant l'une des fins les plus marquantes au cinéma.


Pamphlet écologique



Les dystopies sont par essence pessimistes. Elles servent à nous faire réagir, nous indigner sur les absurdités de notre époque, en les transposant dans un monde futuriste pas si différent du nôtre.

On retrouve dans Soleil Vert l'esthétique futuriste des années 70. La (jolie) femme est réduite au rang de mobilier. Dans ce monde terrifiant, un héros justicier, l'inspecteur Robert Thorn (Charlton Heston) voudra comprendre la corruption du milieu agro-alimentaire. Son nom, "épine," évoque sa ténacité et sa nature coriace.

Charlton Heston est Robert Thorn dans Soleil Vert, de Richard Fleischer (1973)


Dans la société de 2022 (1999 dans le roman) l'air est vicié, les ressources naturelles sont épuisées. Le livre et le film peuvent être lus comme des pamphlets écologiques. Dans la première scène du film, l'un des responsables agro-alimentaire affirme que le soleil vert est fabriqué à partir de plancton. Il desserre sa cravate, visiblement mal à l'aise.

Le soleil vert, après le soleil jaune, a beaucoup de succès. La nourriture telle que nous la connaissons n'existe plus. C'est Sol Roth, ami de Robert Thorn, qui incarnera la voix de la sagesse dans un monde devenu fou. C'est l'un des plus grands rôles de Edward G. Robinson, presque de 20 ans après Dathan dans Les Dix Commandements de Cecil B DeMille (1956) toujours avec Charlton Heston dans le rôle-titre.

Ironie du sort, Soleil Vert fut le dernier rôle de Edward G. Robinson.


Tout commence par la fin (Attention Spoilers)




La "release ceremony" de The Giver est un doux euphémisme pour une exécution.


The Giver, de Philip Noyce (2014)

Tout comme pour le décès de Sol Roth, la mort passe pour un paisible endormissement. 


Edward G. Robinson dans Soleil Vert, de Richard Fleischer (1973)


La révélation de la vraie nature du soleil vert est donnée par Sol à Thorn sur son lit de mort. S'ensuit une scène d'un suspense insoutenable, où le détective va découvrir la vérité.




Côté français, Claude Zidi nous a offert, trois ans après, un Soleil Vert version comique, où Louis de Funès et Coluche découvraient avec horreur les usines Tricatel et leur nourriture douteuse...






Les scandales alimentaires récents laissent à penser que Tricatel est omniprésent dans nos sociétés.

Mais Richard Fleischer allait encore plus loin.


Si les ressources naturelles sont épuisées, et que l'époque souffre de surpopulation, quelle solution ? 

Elle est simple: revenir au cannibalisme. 

Le bout de la civilisation sera un retour au primitif: manger ses semblables.




Le traumatisme est de taille: Sol Roth ne supportera pas la vérité, et préférera mourir. Traumatisme aussi pour le spectateur devant ce film à chute.

Il est intéressant de voir Charlton Heston en héros de Soleil vert, quand on l'avait vu, cinq ans avant, à l'affiche de La Planète des singes, de Franklin D. Shaffner. Le film était adapté du roman français de Pierre Boulle, sorti, comme Make Room! Make Room! en 63.



Pour La Planète des singes, la fin est grillée dès l'affiche du film. La planète des singes, c'est la nôtre. Heston devait avoir un goût pour les dystopies et les films à chute.

Les dernières secondes du film de 1968 resteront aussi dans les annales du cinéma.





Le travelling latéral sur les pointes d'une certaine statue est censé mettre la puce à l'oreille du spectateur.

Toujours dans sa dernière réplique, Heston révèle l'essentiel du film: "They blew it up" ("Ils l'ont fait sauter") dénonce la bombe atomique et la folie des hommes.


Soleil Vert dans la culture populaire


Au-delà des dystopies récentes (Hunger Games traite le thème de la famine) Soleil Vert a largement été repris dans la culture populaire.

Les Simpson, par exemple, font référence au soleil vert dans l'un de leurs épisodes futuristes.





Homer propose à ses enfants du soleil vert. On retrouve, version parodiée, le thème de la surpopulation. Un gag est ajouté: "Maintenant avec plus de filles," slogan censé rendre le produit plus... appétissant.




Toujours dans une dimension parodique, un faux magazine propose 50 recettes pour cuisiner le soleil vert. Regardez les autres titres, tout aussi... savoureux.



Sur un ton plus engagé, ces crackers au soleil vert indique le label "People Food" (la nourriture du peuple) dans un jeu de mots effrayant.


Nous sommes en 2015. Petite, je me demandais si cette année regorgerait de voitures volantes, de lacets automatiques, de pizzas à hydrater, et si Les Dents de la mer 19 sortirait en salles.



Nous n'en sommes pas encore là.

2022 n'est plus si loin. Je ne sais pas pour vous, mais le soleil vert me semble... plus vrai que nature.



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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !