vendredi 27 mars 2015

"CENDRILLON" DE KENNETH BRANAGH: LE CONTE N'Y EST PAS



Cendrillon de Kenneth Branagh



Les adaptations de Cendrillon au cinéma sont presque aussi vieilles que le cinéma lui-même. Nous fêtons cette année les 120 ans du 7ème art, et Méliès fut le premier, en 1899, à mettre Cendrillon en scène pour le cinématographe.





Il reprendra l'idée en 1912.

Des adaptations de Cendrillon, il y en a pléthore. De la version classique à la version parodique, du dessin animé à la comédie musicale, on a raconté sur tous les tons ce conte-type, transmis depuis des générations.

Si l'on pense à Cendrillon, c'est souvent la version animée de Disney qui vient à l'esprit. Si l'on tape le nom sur Google, c'est aussi la première image qui apparaît.


Cendrillon de Walt Disney, 1950


Cette Cendrillon date de 1950. A-t-elle tant évolué depuis ? A-t-elle même évolué depuis le conte des frères Grimm et celui de Charles Perrault? Pas si sûr...


Un conte recyclé à l'infini


Disney donne l'impression, ces dernières années, de se recycler, ou plus exactement de se nourrir lui-même.

Maléfique reprenait, du côté de la (fausse) méchante, l'histoire de la princesse endormieInto the Woods est un musical peu inspiré où Cendrillon se pose des questions sur le prince qu'il lui faut. Disney, en somme, tourne en rond, ne trouvant plus, peut-être, de nouvelles histoires à adapter pour faire suffisamment tourner la machine à fric.

Quid de cette version de Kenneth Branagh ? Le mot qui jaillit de ma plume, c'est "laideur." Laideur esthétique, des acteurs talentueux rendus laids par la caricature, couleurs criardes, dialogues sirupeux, et surtout, une héroïne nunuche au possible.

La gentillesse et le courage, mots d'ordres du film de Branagh, font de Cendrillon une "trop bonne, trop conne," rageante au possible.

Disney avait pourtant fait de timides tentatives sur les rêves de femmes pour leur donner un coup de jeune. Tiana, dans La Princesse et la grenouille, écoute son père dans l'enfance. Cet Obama pragmatique lui dit que prier la bonne étoile, c'est bien, mais que dans la vie, il faut travailler dur pour obtenir ce qu'on veut.

Tiana et son père dans La Princesse et la grenouille (2009)
Tiana et son père dans La Princesse et la grenouille (2009)


Tiana tente d'ouvrir un restaurant qui, faute d'argent, restera fermé. Disney ne peut alors s'empêcher de revenir à son schéma classique: un gentil prince qui vient tout arranger.


Le prince Naveen dans La Princesse et la grenouille
Le prince Naveen dans La Princesse et la grenouille

Les princes crétins chez Disney


Le prince, parlons-en. Si la princesse est souvent tarte dans les films de Disney, y compris ses parodies - Il Était une fois et Into the Woods - les princes ne sont pas épargnés. Ils sont même joyeusement crétins.









Dans la version de 2015, le prince n'est autre que Richard Madden, Robb Stark dans Game of Thrones.





En tant que fan de Game of Thrones, je suis en deuil.
.

Talents gâchés


Mais Richard Madden n'est pas le seul bon acteur à gâcher son talent dans ce navet. Lily James, dans le rôle-titre, est l'une des actrices de l'excellente série Downtown Abbey.

Quant à Cate Blanchett, elle est enlaidie dans ce rôle vu cent fois de méchante belle-mère. Branagh retrouve Derek Jacobi, qu'il avait déjà dirigé dans le très bon Dead Again. Jacobi incarne le père du prince, ajout inutile dans cette trame pourtant maigre.

Kenneth Branagh ne sait pas faire de bons films commandés par des studios de production. Il sait faire des films personnels, sa meilleure période remontant aux années 90.

Superbe version de Beaucoup de bruit pour rien en 1993, film délicat et drôle avec Peter's Friends, Branagh s'est perdu ces dernières années avec Thor (2011) et The Ryan Initiative (2014)

Avait-il tant besoin du chèque ? N'a-t-il plus d'idées pour des films originaux ?

D'accord, on ne peut pas reprendre Cendrillon et tout changer. Mais de nouvelles histoires feraient du bien, ou au moins un lifting des histoires anciennes.

La Fox avait proposé, en 1998, une jolie version de Cendrillon qui, loin d'être révolutionnaire, montrait une jeune fille pauvre et érudite, qui venait parler au roi de la pauvreté dans son royaume en citant Thomas More. Les dialogues étaient bien écrits, et une fantaisie scénaristique faisait que la future princesse rencontrait, en guise de bonne fée, un certain Léonard de Vinci.





Mais dans l'ensemble, les adaptations récentes du conte sont plutôt décourageantes.

Côté français, on a même eu droit à une comédie musicale navrante, de Luc Plamondon, pourtant auteur de l'indémodable Starmania.


Cindy, Cendrillon, comédie musicale




De Cendrillon à Pygmalion




On a maintes fois tenté de relooker le conte ancestral. Le meilleur exemple est le savant mélange du conte et du mythe de Pygmalion.

Ovide, dans Les Métamorphoses, nous contait l'histoire de ce sculpteur tombé amoureux de sa statue, Galatée.

Pygmalion et Galatée, de Jean-Léon Gérôme (1890)
Pygmalion et Galatée, de Jean-Léon Gérôme (1890)

L'artiste qui tombe amoureux de sa création, on le retrouve dans la plupart des contes modernes au cinéma. De My Fair Lady à Pretty Woman, il s'agit chaque fois d'une fille de rien qui devient princesse grâce à un homme qui la façonne. C'est en fait une pièce de théâtre qui donne le ton en 1914.


Pygmalion affiche de théâtre


Shaw, dramaturge irlandais, a compris l'importance du mythe d'Ovide et sa portée dans le fantasme féminin. La jeune fille ne serait qu'une chenille rêvant de devenir un jour papillon. D'où le passage obligé, dans la pièce et tous les films qui suivirent, de la scène de bal où la souillon (marchande de fleurs pour Audrey Hepburn, prostituée pour Julia Roberts) devient divine.

Les teen movies ont repris jusqu'à plus soif ce mythe, dans des versions édulcorées, où les acteurs et les décors semblent interchangeables.


Affiche de Elle est trop bien (She's All That)  Une Histoire de Cendrillon teen movie



Où sont les héroïnes féministes des contes ?


Ras le bol. Va-t-on un jour proposer autre chose, aux petites filles et aux adolescentes, qu'une cruche qui attend passivement son prince, en rêvant du soir du bal ?

Alice au pays des merveilles de Burton n'était pas son film le plus inspiré, mais il avait une fin féministe où Alice, plutôt que d'épouser un soupirant désolant, claquait la porte et devenait marin.

Disney, plus conservateur que jamais dans ce Cendrillon réchauffé, s'est peut-être repenti de La Reine des neiges, vu par certains fanatiques comme une apologie de l'homosexualité

Elsa, qui laisse tout derrière elle pour aller vivre seule, peut être vue comme une héroïne féministe. Elle sera d'ailleurs sauvée, non pas par le prince, mais par sa sœur. 


Mulan montrait une jeune fille combattante. La série, kitsch mais sympathique, La Caverne de la rose d'or, révélait Fantaghiro, princesse guerrière. Elle refusait un prince arrogant et machiste comme époux, et partait combattre pour défendre le royaume de son père. 


Alessandra Martines en Fantaghiro dans La Caverne de la rose d'or, de Lamberto Bava (1991)
Alessandra Martines en Fantaghiro dans La Caverne de la rose d'or, de Lamberto Bava (1991)

Restent aussi les héroïnes, non pas de contes, mais de dystopies, souvent plus courageuses que les garçons. C'est le cas dans Hunger Games et Divergente. Mais avant qu'elles aient l'âge de découvrir Katniss ou Tris, que peut-on raconter aux petites filles ?



D'accord, pas d'accord avec l'article ? Dites-le en commentaire !



Ça peut vous plaire:


    


Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !