dimanche 15 mars 2015

CROSSWIND - LA CROISÉE DES VENTS: LE TEMPS ARRÊTÉ



Crosswind, la croisée des vents




Dieu sait que j'aime les films intellos. De ces merveilles contemplatives qui font fuir les amateurs de blockbusters. En regardant la bande annonce de Crosswind - la croisée des vents, j'ai immédiatement été séduite.




Plan séquence et acteurs en statue, musique émouvante façon Liste de Schindler, description de l'horreur stalinienne sauvée par la beauté formelle, Crosswind avait tout pour me plaire, m'émouvoir, me parler.

L'enfer stalinien transcendé


Le cinéma a maintes fois traité les atrocités des camps, mais souvent sous Hitler, plus rarement sous Staline. On oublie souvent que le dictateur russe envoyait lui aussi des ennemis de la nation dans des camps de travaux de travaux forcés. Il décima ainsi les pays de l'est - Lituanie, Estonie et Lettonie, entre autres - en destinant des millions de gens à la mort. Rares sont ceux qui revinrent au pays.

Erna fut de ceux-là. Séparée de son aimé, elle vécut avec sa fille l'enfer des purges staliniennes. Une femme raconte ici son histoire en voix off.

Voyons de près cette bande-annonce: d'abord, un plan séquence qui nous fait découvrir, en travelling arrière, les frères et sœurs d'infortune d'Erna. 

Beaucoup d'écrivains, dont Primo Levi, ont expliqué que le temps dans les camps était différent du temps habituel. Ici, il est arrêté. Les visages figés en noir et blanc rappellent la photographie de Dorothea Lange et les pauvres qu'elle suivait dans le Dust Bowl américain. 


Migrante photographiée par Dorothea Lange
Migrante photographiée par Dorothea Lange


Dans plusieurs scènes du film, les images auront des allures de Doisneau tragique. 


Elles évoqueront aussi Lars Von Trier et son Dogville, où l'on voit, d'une autre manière, le pire des Hommes.

Le plan séquence sur les rails évoque les photographies d'Auschwitz.


Les rails d'Auschwitz-Birkenau, par Tony Pringle
Les rails d'Auschwitz-Birkenau, par Tony Pringle


Les flashbacks sur les moments de bonheur sont (trop) peu nombreux dans Crosswind. On assiste surtout à une série de plans séquences qui, à l'instar du premier, nous font des découvrir des acteurs en statue, comme dans un musée de cire.

Et voilà bien le problème. Le spectateur peut être envoûté par la beauté de l'ensemble et en être bouleversé. Mais pour d'autres, ils resteront extérieurs, passifs, et décrocheront vite de l'histoire d'Erna, pourtant passionnante.

Crosswind, c'est une beauté formelle indéniable, un vrai parti pris de cinéaste. Mais on peut lui préférer un film qui aurait alterné ces plans séquences avec des scènes véritables, faites de dialogues, de mouvements, de joie, peut-être.

L'ennui, ennemi du cinéma


Le monologue est vite lassant. Vanessa Lapa, qui nous racontait, dans son documentaire sur Heinrich Himmler, le parcours du bras droit d'Hitler, avait eu la bonne idée d'alterner les voix, et l'on suivait une série de photographies et d'images d'archives avec passion.

L'ennui est l'ennemi du cinéma. Il faut susciter l'intérêt jusqu'au bout. D'autres films y parviennent, comme Le Moulin et la croix, où l'on témoigne, cette fois, de la barbarie des forces espagnoles en Flandres.




Là aussi, la caméra filmait des acteurs en statue, et pour cause: il s'agissait de rendre la création du célèbre tableau de Bruegel. L'un des personnages dit d'ailleurs au peintre qu'il faudrait que le temps s'arrête.

Dans Crosswind, le temps s'arrête... trop longtemps. On se prend à rêver, comme dans cette publicité pour le chocolat, de pouvoir faire naître un peu d'action dans ce film de silence qui rappelle Bergman. C'est d'ailleurs le cinéaste suédois qui est parodié dans la publicité en question:




Crosswind rappelle ces films moqués par les Inconnus, sponsorisés par Arte ou France Culture, tout en lenteur et en réflexion, qui vident les salles mais emplissent les discours d'intellectuels "bouleversifiés."






On trouvera mon jugement sévère, mais je crois que l'histoire d'Erna, si elle avait été traitée de façon plus vivante et moins maniérée, aurait ému les foules plutôt qu'intéressé une poignée d'intellos dans mon genre. Il est dommage de filmer des acteurs figés, comme morts, quand le discours d'Erna est une célébration de l'existence. 

Il en faut du talent pour rendre universel le destin d'une seule personne. Spielberg a eu ce talent-là, Benigni aussi. Martti Helde ne manque pas de talent. Mais en parlant au plus grand nombre, il aurait touché au génie. Il aurait rendu Erna immortelle.



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2 commentaires:

  1. j'ai été déçu par ce film ressemble à une bande annonce de 2 heures.

    Marla, ton blog est horrible mais le contenu est vraiment excellent.

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