dimanche 22 mars 2015

DIVERGENTE 2: PAS DE SUITE DANS LES IDÉES



Tris (Shailene Woodley) dans Divergente 2, Insurrection  (Insurgent)




Pas de suite dans les idées, pas d'idées dans la suite, voilà comment l'on peut résumer Divergente 2.



Moins d'action et de suspense que dans le premier opus, Divergente 2 a les défauts de Hunger Games 3: plus gnan-gnan, plus caricatural, les spectateurs qui ne sont pas des inconditionnels s'ennuient vite.

Jeanine, Big Brother féminin




Tout commence par le discours de la méchante avec un nom de grand-mère, Jeanine, toujours interprétée par Kate Winslet.



Kate Winslet et Ansel Elgort dans Divergente 2, de Robert Schwentke
Kate Winslet et Ansel Elgort dans Divergente 2, de Robert Schwentke


Dans ce discours, elle attaque les Divergents en les faisant passer pour des ennemis de la nation, comme le président Snow fustige les rebelles dans Hunger Games. Sa paranoïa correspond à celle des dictateurs visés dans les dystopies depuis Zamiatine (Nous Autres, 1921) à savoir désigner un ennemi intérieur qu'il faut éradiquer au nom du bien commun.

Son visage sur grand écran en fait un Big Brother féminin. Son discours final contient aussi deux réflexions typiques des dictateurs:

"Dark times call for dark measures" (les temps difficiles appellent des mesures difficiles) et "I do this for the greater good" (j'agis pour le bien commun.)

On sait combien de morts ont engendré les actes de Staline et Hitler, qui se réclamaient aussi  du bien commun.

JK Rowling ne s'y est pas trompée. Dans Harry Potter, "Pour le bien commun" devient la devise du gouvernement autoritaire de Grindewald, tyran avant le fameux Voldemort.


Gellert Grindewald dans Harry Potter et les reliques de la mort, partie 1, de David Yates (2010)
Gellert Grindewald dans Harry Potter et les reliques de la mort, partie 1, de David Yates (2010)

Cette devise est également gravée sur les portes des camps de Nurmengard (vous apprécierez la proximité sonore avec Nuremberg, où se déroulèrent les procès des chefs nazis) prison que le despote ouvrit pour y enfermer ses opposants.


Des personnages caricaturaux



Au-delà des méchants, les gentils sont aussi caricaturés. Le pire exemple est celui des Fraternels, hippies solidaires, qui passent pour des imbéciles heureux.



Pour les demis-méchants, le frère de Tris, Caleb, est un lâche vaguement traître. Miles Teller, bien meilleur dans Whiplash, joue ici un méchant vaguement fourbe mais finalement brave gars, qui coupe court à sa possibilité jubilatoire. Les vrais méchants manquent cruellement dans cet opus.


Tris elle-même perd l'humanité qui permettait dans le premier épisode une identification à son personnage. Elle devient une sorte de Supergirl. 


Tris, super-héroïne


Il suffit de regarder la bande-annonce pour voir que Tris devient une super-héroïne de jeu vidéo, ce qui boostera sans doute les ventes des produits dérivés. Elle devient aussi une guerrière cliché de blockbuster, quand Katniss, dans Hunger Games, conserve au moins un idéal révolutionnaire.






Décor apocalyptique, comme dans Hunger Games et les derniers Harry Potter, course contre la montre, la bande-annonce nous promet de l'action mais nous grille en réalité la seule vraie scène d'action du film, quand le reste est lent, et certaines scènes frisent le ridicule.


Ici, Tris participe à un test qui lui permet de percer le mystère d'une sorte de boîte de Pandore.




Boite de Divergente 2
Boite de Divergente 2



Le but du jeu est donc d'ouvrir la boî-boîte, et vous voyez à l'image qu'il s'agit d'un jeu cruel, puisqu'on peut mourir en essayant. Mourir dans une simulation ou un jeu vidéo, l'idée était déjà présente dans l'excellent Avalon, de Mamoru Oshi (2001)









Dans cette dystopie, la vie est si terne que les jeunes préfèrent s'enfermer dans un jeu vidéo. Ils espèrent tous rejoindre Avalon, île légendaire des héros. Mais si l'on meurt dans le monde parallèle, on ne revient pas dans le monde véritable.



Dans une réalisation qui voudrait imiter Matrix sans l'égaler, Robert Schwentke (réalisateur du mauvais Red mais de l'assez bon Flight Plan) nous présente dans Divergente 2 une jeunesse 2.0 trop numérique pour être humaine.



Des acteurs peu convaincants



Tris est, comme Katniss et Harry Potter, l'élue. C'est la seule à pourvoir ouvrir la boî-boîte. Toujours dans l'idée qu'une ado d'apparence ordinaire est secrètement exceptionnelle, Divergente 2 surfe sur les codes rabattus de la dystopie jeunesse récente. Ajoutez à cela que Shailene Woodley n'a toujours pas le charisme de Jennifer Lawrence, et que Ansel Elgort est carrément transparent, un peu comme son homologue Peeta Mellark dans Hunger Games: un mec sans envergure qui grandit l'héroïne d'autant.




Caleb Prior dans Divergente 2 et Peeta Mellark dans Hunger Games


Tris détient toutes les qualités des cinq factions (altruiste, audacieuse, intelligente, fraternelle et franche.) Ces cinq factions sont calquées sur les castes du Meilleur des Mondes d'Huxley.

Au-delà du mur


Chez Zamiatine, qui inspira Huxley, il existe aussi un mur à ne pas franchir qui recèlerait du danger. Dans le livre de 1921, derrière le mur habitent les Méphi, peuple sauvage, libre de la dictature en place.

Le mur est un élément classique de la dystopie, au point d'avoir donné son nom à l'album de Pink Floyd, qui fut adapté au cinéma par Alan Parker en 1982.




Le film dénonce la manière dont l'école, trop rigide, tue la création dans l’œuf, et transforme les élèves en chair à pâté, voire en chair à canon (montrée dans le clip de façon très littérale.) Divergente 2 se propose le même but, mais s'y prend maladroitement.

Une allégorie politique naïve (Attention Spoilers)


Dans le premier épisode, les Audacieux sont transformés malgré eux en machines à tuer.

Dans le deuxième, la série de suicides censée convaincre Tris de se rendre aux Érudits rappelle étrangement la sommation de Voldemort, dans le dernier Harry Potter, qu'on lui livre le jeune homme, sous peine de condamner des innocents à la mort.

Tris se retrouve face au même dilemme que le jeune sorcier: voir ses amis mourir ou se livrer à l'ennemi. Elle choisira, en bonne altruiste, le sacrifice, autre canon des dystopies récentes. Elle mènera aussi ses semblables vers la lumière, comme Jonas dans The Giver.  La fin utopique de Divergente 2 évoque celle de Time Out, où les pauvres franchissent les frontières pour parvenir à New Greenwich, ville des riches.


Affiche de Time Out, d'Andrew Niccol, avec Justin Timberlake et Amanda Seyfried (2011)
Affiche de Time Out, d'Andrew Niccol, avec Justin Timberlake et Amanda Seyfried (2011)

Mais le plan final de Divergente 2 suggère qu'une nouvelle dictatrice prendra bientôt le pouvoir au sein de l'utopie (qui tournera à son tour à la dystopie.) Veronica Roth fait ainsi bêtement la preuve que l'égalité parfaite n'est pas meilleure qu'un système de castes. De manière sous-jacente, elle souhaite démontrer que le communisme n'est pas préférable au capitalisme.

Nous sommes loin d'Orwell et de sa Ferme aux animaux. Encore plus loin de 1984. Nous sommes loin d'Huxley son Meilleur des mondes. Nous sommes loin de Zamiatine et son avertissement visionnaire dans Nous Autres. Mais il faut espérer que de mauvais livres soient des ponts vers de plus grands.


Nous Autres de Zamiatine



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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !