jeudi 5 mars 2015

THE VOICES: PARLE À MON CHAT, MA TÊTE EST MALADE


Affiche française de The Voices, de Marjane Satrapi (2015)



Pour le Master Class de Marjane Satrapi, c'est ici.


Par Sirius



Bonjour à tous, me revoici. Je suis Sirius, le chien de Marla. Elle m'a dit d'écrire l'article sur The Voices parce qu'elle trouvait que j'aurais du flair pour ce film. Je me suis donc glissé dans la salle de projection.

Après le type qui se prend pour un oiseau, voici celui qui parle à ses animaux domestiques. Je me méfiais déjà des chats, mais Monsieur Moustache surpasse tous les autres.

Monsieur Moustache dans The Voices
Monsieur Moustache dans The Voices

Effrayant, hein ? Bien qu'il ne soit pas un chat noir, Monsieur Moustache reprend la tradition selon laquelle un chat serait une sorcière déguisée, un envoyé du diable.

Comme chiens et chats


Nom sympathique et assez commun pour les matous, "Monsieur Moustache," c'est un peu comme Médor pour mes frères canins.

Pour les fans de Burton, Monsieur Moustache, c'est celui-là:




Dans le film Frankenweenie (2012) c'est plutôt sa maîtresse qui fout les jetons.


On trouve aussi un Monsieur Moustache sympa à la télévision. Un lapin, cette fois.


Le lapin de Brandy et Monsieur Moustache, série télé animée
Le lapin de Brandy et Monsieur Moustache, série télé animée


Rien à voir, donc, avec le chat menaçant de The Voices. C'est drôle, parce que le héros du film a un nom de souris, Jerry. Se fera-t-il dévorer par son propre chat ? Quant à son nom de famille, Hickfang, il signifie littéralement "Croc de Péquenaud." Autant vous dire qu'il a besoin de ses animaux  pour plus de mordant.

Mais le meilleur personnage du film, c'est le chien.


Le chien de The Voices, Bosco


Je ne dis pas ça parce que j'en suis un. Quand je dis "meilleur," j'entends par là qu'il a la plus belle fibre morale. Il est doux, loyal, fidèle, encourageant.

Je vous sens dubitatif sur ce dernier adjectif. Quand on voit les animaux de Jerry, on se dit qu'il ne leur manque que la parole. Notre vœu est exaucé dès les premières minutes. Oh, rien à voir avec un joli film de Disney où des chiens qui chantent ont la voix de Billy Joel. Ici, le chien et le chat parlent parce que leur propriétaire est disons... particulier.

Des tas de bipèdes parlent à leur chien. Mais il est rare que le chien réponde. Par exemple, quand Marla me parle, je ne réponds jamais. J'écris juste ses textes.

Dans les films, si le chien parle, il y a souvent de la magie dans l'air. Dans Absolutely Anything, qui sortira prochainement, Simon Pegg, vieux complice d'Edgar Wright, fait parler son chien par magie. Le toutou est doublé par Robin Williams, ce cabot qui nous manque.






Le Jerry de Marjane Satrapi possède donc un chien et un chat, ou plutôt se laisse posséder par eux. C'est Ryan Reynolds (épatant) qui joue Jerry et double les animaux.


Ryan Reynolds entouré de son chien et de son chat dans The voices, de Marjane Satrapi (2015)


La mise en scène nous donne un indice: le chat est en position de domination. Dans cette histoire de Jekyll et Hyde, c'est Hyde qui tient la laisse.

Ce plan rappelle les scènes de dessin animé où un ange et un démon apparaissent aux côtés du héros, pour lui souffler le meilleur ou le pire.

Homer Simpson entouré d'un ange et d'un diable


Le brave chien de Jerry, Bosco, ne fait pas le poids face à Monsieur Moustache, Jiminy Cricket inquiétant.

Après Birdman, Zero Theorem, The Double et Enemy, le cinéma récent a prouvé qu'il avait un faible pour la schizophrénie. Mais ces films parlent de gens charmants qui pensent juste être plusieurs, pas de tueurs en série.


C'est pas moi, c'est le chat (Attention Spoilers)


Les voix qui poussent au crime sont anciennes au cinéma. Dès 1931, dans M le Maudit, Fritz Lang plaidait la cause d'un schizophrène, dans une dernière scène magistrale où le tueur d'enfant expliquait sa folie.





Le criminel clame durant son procès:


Je ne peux pas m'en empêcher. C'est plus fort que moi. Ce mal est en moi, le feu, les voix, la torture !

Psychose, c'est l'histoire d'un gars qui se prend pour sa mère. Il parle aussi à deux voix. Jerry, que l'on voit petit garçon, puis adulte qui n'a pas grandi, a des airs de Norman Bates.

Dans Shining, Jack Nicholson se croit possédé par un ancien occupant de l'hôtel.

Mais Jerry est bien plus drôle que les affreux cités plus haut. À bien regarder l'affiche, il rappelle un peu Dexter, serial killer sympa.





Dexter, serial killer sympa


Ce qui différencie The Voices des autres films sur la schizophrénie, c'est le ton. On rit rarement devant un serial killer. Dans une esthétique kitsch, accompagnée d'une bande originale formidable, Marjane Satrapi nous fait suivre Jerry dans une course burlesque.

Du bonheur de perdre la tête


Mais je parle trop peu des jeunes femmes. Il en est une, jouée par Gemma Arterton, qui transforme tous les hommes en loup de Tex Avery.

Loup de Tex Avery


Une scène nocturne où Jerry la raccompagne en voiture rappelle la ballade des jeunes mariés dans The Rocky Horror Picture Show. Les couleurs (rose bonbon sur fond noir) et l'horrifique hilarant semblent aussi inspirés de la comédie musicale de 1975.



Dîner dans Le Rocky Horror Picture Show


L'important, dans les films d'horreur (même drôles) ce n'est pas qui on invite pour dîner, mais comme dîner. Dans le Rocky Horror, si j'ose dire, l'essentiel se passe sous la table. 

Si Frank Further mange ses invités, d'autres cinglés, au cinéma, collectionnent les têtes.

C'est le cas dans Sin City...



Vignette de la bande dessinée de Frank Miller, têtes de femmes
Vignette de la bande dessinée de Frank Miller


....et même dans une étrange suite du Magicien d'Oz, où une sorcière collectionne les têtes de jeunes filles pour en changer comme de chemise.


Têtes coupées dans Oz, un monde extraordinaire, de Walter Murch (1985)
Têtes coupées dans Oz, un monde extraordinaire, de Walter Murch (1985)

Dans The Voices, ne reste de Gemma Arterton que le haut.



Gemma Arterton et Ryan Gosling dans The Voices, de Marjane Satrapi (2015)
Gemma Arterton et Ryan Gosling dans The Voices, de Marjane Satrapi (2015)

Je sais, c'est très étonnant. Marjane Satrapi avait déjà montré dans Poulet aux prunes une esthétique proche du Delicatessen de Jeunet, et The Voices continue sur cette voix (voie, pardon.)

Eh oui, Jerry entend ce qu'il veut entendre, voit ce qu'il veut voir. Voilà ce qui arrive qui arrive quand on ne prend pas ses médicaments. Marjane Satrapi parvient à créer de l'empathie chez le spectateur pour ce tueur malheureux. Les cachets rendent la vie terne et triste. Quand on est sans ami, mieux vaut parler au chat qu'à personne. 

The Voices: la folie à bras le corps


Le film plaira aux psychanalystes de tout poil et aux fans de comédies noires. C'est un plaisir de retrouver Anna Kendrick, qui prouve qu'elle est faite pour le cinéma d'auteur. Jacki Weaver est très convaincante en psy quinquagénaire douce et complexée.


Dans The Voices, Marjane Satrapi prend la folie à bras le corps, dans une course effrénée d'un homme contre lui-même. Hilarant, déroutant, à la mélancolie subtile sur la solitude et le doute de soi, The Voices est un film unique en son genre, et possède le talent d'en mêler plusieurs.  




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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !