samedi 4 avril 2015

GOOD KILL: GAME OF DRONES



Ethan Hawke et Bruce Greenwood dans Good Kill, de Andrew Niccol (2015)




Quand j'étais gosse, je regardais un film où un ado jouait à la guerre sur ordinateur. Il piratait le système informatique du gouvernement américain, et déclenchait, sans le savoir, une guerre nucléaire véritable. (1)






Le film de John Badham date de 1983, à l'heure où les ordinateurs ressemblaient à des fours micro-ondes.




J'ai eu l'un de ces ordinateurs, j'y ai tapé mes premiers textes. Dans les années 80, je n'aurais pas imaginé que les jeux Atari de mon grand frère se transformeraient, 30 ans plus tard, en consoles sophistiquées ou en jeux en ligne à plusieurs participants. 

Comme tous les jeunes de son âge, mon frère jouait à la guerre. Pour de faux.

Jeux de guerre


Good Kill nous montre que l'armée américaine recrute des gamers. Ils savent viser et tirer dans le mille (c'est le sens de "good kill") . Ils sont, en somme, de parfaites machines de guerre virtuelle. Une manne idéale pour cette nouvelle façon de combattre que Andrew Niccol souhaite dénoncer: la guerre des drones. Les soldats envoient des missiles depuis une base de Las Vegas à l'autre bout du monde, à savoir en Afghanistan. Tout se passe en 2010, dans ce que l'on appelle, depuis 2001, la guerre contre le terrorisme.

Dès les premières images, Niccol nous plonge dans l'ambiance: caméra subjective sur la cible à atteindre. La photographie et la mise en scène donnent l'impression de jouer à un jeu vidéo, avec un viseur, et un joystick pour tirer.

Andrew Niccol montre assez bien la confusion entre jeu vidéo et réalité, le contraste entre tuer des civils à l'autre bout de la planète, et rentrer chez soi pour un barbecue.

Tout le monde n'est pas Clint Eastwood


Pour Tommy Egan, la première cible à atteindre est un enfant suivi d'une femme, ce qui rappelle instantanément American Sniper de Clint Eastwood.

Andrew Niccol a indiqué pendant le Master Class (j'en publierai une transcription prochainement) que le héros du film, Tommy Egan, était le sniper ultime: on ne peut pas être plus loin de sa cible.

Niccol traite, comme Eastwood, de la crise de conscience d'un soldat. Chris Kyle, dans American Sniper, culpabilise de ne pas sauver davantage de frères d'armes. Tommy Egan s'en veut de tuer lâchement, à distance, quand les autres militaires risquent leur vie sur le terrain.

Tommy Egan (Ethan Hawke) dans Good Kill, de Andrew Niccol (2015)
Tommy Egan (Ethan Hawke) dans Good Kill, de Andrew Niccol (2015)

Oui mais voilà, la crise de conscience de Tommy Egan tourne court.

Niccol réalise avec moins de brio, et son parti pris de ne montrer que le point de vue de l'armée américaine donne une vision unilatérale, et donc partielle, du conflit.

Une différence essentielle avec Eastwood: le ton. American Sniper est ouvertement patriote. Le générique de fin, en particulier, est écœurant de nationalisme. Niccol semble plus critique à l'égard de la légitimité de la guerre en Afghanistan.

Un point de vue plus critique sur la guerre en Afghanistan


C'est surtout l'aviatrice Vera Suarez, jouée par Zoe Kravitz, qui devient le porte-parole de la mauvaise conscience américaine.


Vera Suarez (Zoe Kravitz) dans Good Kill
Vera Suarez (Zoe Kravitz) dans Good Kill

Elle soulève le paradoxe de tuer un terroriste et d'en créer dix autres, qui auront vu mourir leur famille sous leurs yeux, comptée parmi les "dommages collatéraux."

Niccol parvient à montrer que le rôle des soldats est d'obéir aux ordres, et que cela peut générer un conflit de valeurs.

Le colonel (Bruce Greenwood) lui, indique que ce n'est pas aux soldats de décider si une guerre est juste. Il semble penser qu'une vie américaine vaut plus qu'une vie afghane, et personne, pas même Vera Suarez, ne le contredit.

Niccol, s'il est plus critique que Eastwood, reste trop frileux pour faire un grand film. C'est dommage, car Lord of War était magnifique.


Affiche française de Lord of War


Dans le film de 2005, Andrew Niccol n'hésitait pas à présenter le protagoniste en salopard, et à lui faire dire qu'il était un mal nécessaire, un outil du gouvernement américain, qui négocie avec les chefs d'état infréquentables pour éviter aux officiels de se salir les mains.





Andrew Niccol rate sa cible


Les questions existentielles de ces soldats planqués paraissent un peu vaines. Good Kill devrait être palpitant, il n'en est rien. Le film est un peu long, on s'ennuie presque. La bande originale de hard rock est malvenue.

Ethan Hawke est toujours doué dans le registre de l'émotion, mais il avait un rôle bien plus intéressant dans Bienvenue à Gattaca, du même Andrew Niccol (1998) Il est agréable de découvrir Zoe Kravitz ailleurs que dans Hunger Games.

Le point de vue de Niccol est un peu plus critique que Clint Eastwood, mais pour l'essentiel, il ne se mouille pas. Si l'on peut désapprouver le discours patriotique de American Sniper, on ne peut qu'être admiratif devant la maestria de sa mise en scène.

Andrew Niccol est très fin quand il s'agit de réflexion pure ou de science fiction, et il a réussi l'extraordinaire tableau géopolitique Lord of War. Cependant, il donne la sensation, dans Good Kill, d'avoir raté sa cible.


Notes (1) Pendant le Master Class, j'ai posé la question à Andrew Niccol. Il m'a dit avoir vu War Games, mais que cette référence n'était pas consciente dans le film.



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