dimanche 19 avril 2015

LEOPARDI, IL GIOVANE FAVOLOSO: L'AMADEUS DE LA POÉSIE ?



Affiche de Leopardi, il giovane favoloso, de Mario Martone (2013)




Dante a eu sa Beatrice, Yeats sa Maud Gonne, et Leopardi, comme eux, a eu des amours malheureuses.

Fragile dès le plus jeune âge, Leopardi voulait écrire là où son père le voyait ecclésiastique. À son époque comme à la nôtre, la poésie n'est pas un métier. Son discours dénonçant la prudence de ses contemporains et son besoin d’exaltation et de nouveauté pour écrire rappellent les plus grands auteurs, comme Sartre.


Leopardi rime avec "maudit"


Si ses vers sont magnifiques, Giacomo Leopardi restera poète maudit toute sa vie, aidé par un ami sincère, mais toujours dénigré par les femmes.

La réalisation de Mario Martone est somptueuse, soignée, et la photographie fait de ce biopic une œuvre d'art à chaque plan. Mais il possède aussi le défaut d'un autrebiopic, Mr Turner, grandiose visuellement mais ennuyeux à la longue. Les deux films durent près de 2h30, et chaque fois, on éprouve la sensation d'agoniser avec le héros.

Affiche française de Mr Turner, de Mike Leigh (2014)
Affiche française de Mr Turner, de Mike Leigh (2014)


N'est pas Milos Forman qui veut


C'est fort dommage, plusieurs scènes auraient pu être coupées, ce qui aurait donné du rythme au film. Mario Martone aurait pu réaliser l'Amadeus de la poésie. Il filme Florence comme Milos Forman filmait Vienne : avec un amour et un sens du détail qui fait de chaque plan un tableau clair-obscur. Martone a été complaisant envers lui-même. Il a refusé de couper des passages qui pourtant n'apportent rien à la trame. Or, Milos Forman lui-même avait vu plusieurs de ses scènes coupées au montage, que l'on découvre dans son final cut, en DVD.





Combien verrons-nous de biopics dont on peut dire qu'ils sont "beaux et chiants à la fois"? Combien de films se verraient bien dans un contexte pédagogique, mais provoquent l'ennui car ils paraissent trop longs en salle ?


Des acteurs remarquables


Les acteurs sont tous remarquables, et Elio Germano, au même titre que Eddie Redmayne pour Une Merveilleuse histoire du temps, aurait pu décrocher l'oscar, tant il incarne bien cet homme de génie gravement malade.

C'est un plaisir de retrouver Anna Mouglalis, qui joue toujours les femmes de charme et de tête : Coco Chanel récemment, mais aussi Beauvoir et Greco. Elle maîtrise fort bien l'italien et s'avère très crédible en séductrice florentine.



L'actrice Anna Mouglalis
L'actrice Anna Mouglalis


Une belle reconstitution, mais trop sage


Martone a réalisé un film académique et sage quand Leopardi ne l'était en rien. Il nous offre cependant une belle reconstitution de l'Italie de l'époque, ravagée par le choléra, qui évoque l'excellente adaptation de Rappeneau du Hussard sur le toit, sorti il y a tout juste 20 ans.


Olivier Martinez et Juliette Binoche dans Le Hussard sur le toit, de Jean-Paul Rappeneau (1995)
Olivier Martinez et Juliette Binoche dans Le Hussard sur le toit, de Jean-Paul Rappeneau (1995)


On admire le film de Martone comme on considère un tableau dans un musée : on s 'émerveille devant sa beauté formelle, mais on attend, en vain, que l'ensemble prenne vie.




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Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpg Pas bon À hurler !