vendredi 17 avril 2015

UNE BELLE FIN: Y AURA DU MONDE


Affiche du film Une Belle Fin, de Uberto Pasolini (2015)




Voir Une Belle fin quand il fait 25°C à Paris, c'est comme écouter les Beach Boys sous la neige : ça fait bizarre.

Après un après-midi ensoleillé dans un parc, je suis entrée en salle et j'ai découvert l'Angleterre mélancolique de Uberto Pasolini.



Vous avez dit Pasolini ?


Avec un nom pareil, vous vous direz qu'il est peut-être de la famille de Pier Paolo Pasolini. Eh bien, pas du tout. C'est en fait le neveu de Visconti. Ce réalisateur italien a le cœur à l'anglaise. 


Uberto Pasolini à la Mostra de Venise, en 2013, où il a obtenu le prix Horizons de la réalisation.
Uberto Pasolini à la Mostra de Venise, en 2013, où il a obtenu le prix Horizons de la réalisation.

Étonnante carrière que celle de ce cinéaste qui a produit, en 1997, la comédie sociale The Full Monty.


Affiche française du film The Full Monty, de Peter Cattaneo (1997)
Affiche française du film The Full Monty, de Peter Cattaneo (1997)


Il est depuis passé à la réalisation. Si Une Belle fin se passe également en Angleterre, le ton est très différent de la comédie où des chômeurs deviennent Chipendales. C’est plutôt un ton doux-amer qu'a choisi Pasolini pour son film. On y trouve de l'humour british, souvent grinçant, empli d'ironie vis-à-vis de l'Angleterre et de ses habitants.


La vie des autres


John May a un nom printanier, et pourtant il s'occupe de l'hiver des autres. Il prend soin des solitaires, des exclus, de ces malchanceux qui meurent seuls. Chaque fois, il tente de retrouver des proches du disparu, afin que quelqu'un vienne à l'enterrement.

Bien souvent, il y assiste seul. 


Mr Frederiksen, seul à l'enterrement d'Ellie dans Là-Haut, des studios Pixar (2009)
Mr Frederiksen, seul à l'enterrement d'Ellie dans Là-Haut, des studios Pixar (2009)


Il choisit avec soin la musique qui sera jouée à l'enterrement, et écrit même l'éloge prononcée par le prêtre. Il rassemble pour cela toutes les informations possibles sur ses clients. Il garde même leur photo dans un album, qui n'est pas sans rappeler celui de Nino Quincampoix dans Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain (2001)


Album photo de Nino Quincampoix dans Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain, de Jean-Pierre Jeunet (2001)
Album photo de Nino Quincampoix dans Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain, de Jean-Pierre Jeunet (2001)


ou carrément le livre de St Pierre au paradis, qui décide si on peut entrer, ou si on doit revenir l'année prochaine.





Une Belle fin parle de notre trouille à tous: mourir seul, et que personne ne vienne nous célébrer lors du dernier adieu. C'est un film profondément mélancolique, mais qui, dans la logique british, est émaillée d'humour.



L'Angleterre pince-sans-rire


Une Belle fin est truffé de répliques drôles et de drôles de répliques. Cependant, devant le film, je mesentais un peu comme devant Réalité de Quentin Dupieux : la salle était silencieuse, déroutée par le film et ses dialogues incongrus, mais on entendait, au fond de la salle, un rire sonore : le mien.




C'est peut-être parce que je suis allée à Whitby, dans le Yorkshire. Whitby est une charmante ville portuaire, avec une belle abbaye sans âge. 


La ville de Whitby, dans le Yorkshire (Royaume-Uni) est tristement filmée dans Une Belle Fin
La ville de Whitby, dans le Yorkshire (Royaume-Uni) est tristement filmée dans Une Belle Fin


Mais ce n'est pas ce que montre Uberto Pasolini dans Une Belle fin

Il montre l'aspect le moins glamour de l'Angleterre, avec ses fish and chips tristounets 



et son goût pour la décoration disons... unique en son genre.




Les amoureux de l'Angleterre reconnaîtront l'auto-dérision des Anglais et leur humour pince-sans-rire. Pour la photographie et l'amour du travail bien fait concernant les cérémonies funéraires, les fans de Six Feet Under seront servis.




Comme pour Six Feet Under, Une Belle fin vaut aussi pour ses belles performances d'acteurs, notamment Eddie Marsan, très bon en héros anonyme.


Le sens de la vie



Pour ce qui est du titre, la version originale nous donne plein d'indices quant à la nature du film. 



Affiche anglaise du film Une Belle Fin, Still Life
Affiche anglaise du film Une Belle Fin, Still Life


Still Life a effet plusieurs sens en anglais. Cela signifie d'abord "nature morte," et pendant le film, plusieurs plans rappellent ce type de tableau, notamment un plan en plongée sur une pomme que John May vient d'éplucher. 



Luis Meléndez, Nature morte aux prunes, figues, pain et récipients
Luis Meléndez, Nature morte aux prunes, figues, pain et récipients

Pomme pelée


La nature morte, c'est aussi l'art d'assembler des objets pour créer une œuvre d'art, et c'est un peu le but de John May avec son album souvenir.

Still Life peut aussi se traduire par "la vie quand-même" et révèle l'optimisme sans faille du personnage. Enfin, still life, au sens littéral, c'est "vie immobile ou silencieuse," et cela semble bien résumer la vie de John May. 

Mais il faut voir au-delà. Comme lui. 



John May (Eddie Marsan) dans Une Belle fin, de Uberto Pasolini (2013)
John May (Eddie Marsan) dans Une Belle fin, de Uberto Pasolini (2013)



Une Belle fin porte bien son titre, et je vous invite à la découvrir en salle. Vous serez ému par ce fonctionnaire pas ordinaire qui passe sa vie à célébrer celle des autres.





D'accord, pas d'accord avec l'article ? Dites-le en commentaire !





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3 commentaires:

  1. Sur le moment, j'avoue que je ne savais pas trop comment réagir, je trouvais le début un peu mou. C'est avec le recul que je me suis aperçue que ce film m'avait réellement plu et touchée, plus que je ne l'aurais pensé. Pour un premier film, Pasolini s'en sort vraiment bien. Le scénario est bien écrit, rempli de petits détails qui servent vraiment l'histoire, la mise en scène semble simple et pourtant elle est précise. Et comme tu le soulignes très justement dans ta critique, Pasolini joue avec les différents sens de son titre VO avec intelligence. Le film est doux, mélancolique, même triste par moments faut quand même le dire, j'ai mine de rien trouvé le discours sur notre société très féroce, même ironique (la fin, bien qu'elle soit magnifique, est très ironique). Enfin j'ai adoré l'interprétation (du toujours excellent) Eddie Marsan, qui mérite vraiment qu'on lui offre plus souvent des premiers rôles.

    Rien à voir mais demain dès 9h sera enfin publiée ma critique de Big Eyes :)

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    1. Je trouve la fin à la fois profondément déprimante, et magnifique. Le discours féroce, je trouve, est davantage sur la solitude imposée par une société matérialiste et individualiste, et nous met face à un miroir cruel:
      "N'avez-vous pas laissé des gens, peut-être vos voisins ou vos proches, sciemment ou sans le savoir, mourir seul ?"

      Et surtout, cette question terrible: Et pour vous, qui viendra ?

      Je vais aller voir ta critique sur Big Eyes...

      Bises cinéphiles,

      Marla

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  2. Pour le discours féroce, c'est exactement ça ! Je crois qu'en fait, les gens n'ont envie de profiter que des bons côtés de la vie et ne veulent pas affronter cette dure réalité et assumer leurs responsabilités. C'est très représentatif de notre société.

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