jeudi 28 mai 2015

ADALINE: LE SECRET DE BLAKE LIVELY




- Dites donc, vous ne vieillissez pas !  
- Non, parce que j'ai arrêté ! (...) Je ne voudrais pas finir comme mon voisin. Lui ne pouvait pas s'empêcher de vieillir. Eh bien il en est mort !  

Devos, hélas, n'a pas tenu sa promesse.




Voilà près de dix ans qu'il a disparu, et ce qu'il dit dans son sketch s'est produit récemment pour une jeune fille.

Blake Lively dans Adaline, de Lee Toland Krieger (2015)


Ça ne se voit pas, mais Adaline a 107 ans.

Il ne s'agit ni d'un lifting particulièrement réussi, ni d'une jeunesse éternelle effrayante, comme pour Isabella Rossellini dans La Mort vous va si bien.

Isabella Rossellini dans La Mort vous va si bien, de Robert Zemeckis (1992)
Isabella Rossellini dans La Mort vous va si bien, de Robert Zemeckis (1992)

Une trame invraisemblable


Adaline, suite à un accident de voiture, subit une expérience exceptionnelle qui gèle son processus de vieillissement. 

Comment ? C'est là que le bât blesse. Les explications scientifiques en voix off sont confuses, et rendent hélas la trame invraisemblable.

Quel dommage. Il suffisait, peut-être, de faire confiance à la magie ou au fantastique. La suspension d'incrédulité (le fait, pour le spectateur, de croire au merveilleux devant une fiction) aurait fait le reste.

Adaline, pourtant, commence bien. Sa photographie rappelle deux films sur l'amour et le temps fort réussis: The Hours et L’Étrange Histoire de Benjamin Button.

Dans The Hours, Stephen Daldry nous montrait avec délicatesse le destin d'une femme étouffée de convenances dans les années 50.




Adaline semble s'être inspiré de L’Étrange Histoire de Benjamin Button pour la photographie sépia du film. Le film de David Fincher (basé sur une nouvelle de Fitzgerald) avait lui aussi une idée rocambolesque: celle d'un homme qui, né vieillard, grandissait à rebours.




Allez savoir pourquoi, devant le film de Fincher, l'invraisemblance ne choquait personne. Il suffisait d'accepter qu'un homme, par un fait extraordinaire, vive à l'envers. L’Étrange Histoire de Benjamin Button ne s'encombrait pas d'arguments scientifiques douteux. Il est vain d'expliquer l’inexplicable.

Arrêter de vieillir au cinéma


L'éternelle jeunesse en littérature et au cinéma ne date pas d'hier. De Faust à Dorian Gray, de L’Éternel retour à Blanche-Neige, une multitude de films nous parlent du rêve impossible de l'Homme: avoir la jeunesse et la beauté chevillées au corps, pour toujours.

Il fut un temps où les vampires étaient vieux et moches. 

Nosferatu le vampire, de Murnau (1922)
Nosferatu le vampire, de Murnau (1922)

C'est Anne Rice, sans doute, qui a popularisé l'idée que les vampires demeurent jeunes et beaux... à un terrible prix.




Dans l'adaptation cinéma du premier volume, c'était Brad Pitt, déjà, que l'on voyait dans le rôle d'un éternel jeune homme. On y découvrait une certaine Kristen Dunst, qui comme Adaline, ne rêve que de changer.






Pour la romance, le Dracula de Coppola mettait merveilleusement en scène un amour qui transcendait le temps.




Adaline, elle aussi, "traverse des océans de temps" pour trouver l'amour véritable. Vieillir sera le cadeau de sa patience.

Tout récemment, le film Time Out (traduction douteuse de "In Time") dénonçait le jeunisme de la société actuelle. Pendant 1h50, on ne voit que des jeunes à l'écran. Andrew Niccol, toujours prompt à dénoncer les paradoxes de notre temps, invente, dans Time Out, une société ou le temps, c'est de l'argent, de façon littérale. On s'arrête de vieillir, comme Adaline, à 25 ans.

Les pauvres doivent "gagner" leur vie au jour le jour, les riches ont un fleuve infini de temps devant eux.




Adaline: une romance à travers le temps



Dans Adaline, point de réflexion sociale, mais un film romantique. Harold Ramis disait du personnage de Bill Murray dans Un Jour sans fin, qu'à force de revivre maintes fois le même jour, il savait tout ce qui se tramait, comme Dieu. À rester là pendant des siècles, il avait gagné en sagesse et en connaissance des Hommes.

C'est aussi le cas d'Adaline. Blake Lively, surtout connue pour des rôles de midinette et ses amours célèbres, prouve dans Adaline qu'elle possède ce qu'on appelle en anglais "an old soul." Sa jeunesse éclatante n'empêche pas d'avoir la sagesse des anciens dans le regard.


Blake Lively dans Adaline, de Lee Toland Krieger (2015)

Le passé, bien sûr, finit par la rattraper, et elle retombe sur un amour de jeunesse:

Harrison Ford dans Adaline
Harrison Ford dans Adaline

On est loin de son retour triomphal dans Star Wars 7. Harrison Ford, ici, assume son âge, et joue un vieil homme encombré de passé.

Un peu trop de pathos, hélas, dans ce qui aurait pu être une belle romance à travers le temps. Quelques clichés d'usage, des longueurs, et c'est bien dommage. Adaline revêt le côté suranné d'un film sur l'éternelle jeunesse qui, justement, a mal vieilli.




Restent la jolie photographie et la prestation de Blake Lively, dans un film qui ravira les amateurs de romance et de jeunesse éternelle.


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Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !