samedi 2 mai 2015

CONNASSE, PRINCESSE DES CŒURS: PARCE QUE JE NE VAUX RIEN





Le cinéma est l'un des rares endroits où je suis obligée de regarder la pub. Parce que quand j'arrive pile poil pour le film, j'ai une chance de me casser la gueule dans le noir.

On reconnaît la qualité d'un film aux bandes-annonces qu'on voit juste avant. Avant Connasse, Princesse des cœurs, j'ai eu droit à la super bande-annonce du nouveau film avec Clovis Corvillac, qui ne parvient même pas à faire rire ma mère. Ensuite, ce fut le tour du Talent de mes amis, où Alex Lutz, très bon sur scène, semble s'être perdu. 

Enfin, j'ai subi la BA des Profs 2, ou plutôt, The Profs 2, où les enseignants crétins et leurs élèves nous proposent un remake des sous-doués en vacances.

A aussi été diffusée la pub qui veut faire croire que Kevin Spacey conduit avec plaisir une Renault Espace. Ça a suffi à me mettre d'humeur à la rigolade.

Camille Cottin: un passage raté du petit au grand écran


Camille Cottin est connue pour ses sketches, plutôt réussis, sur Canal Plus.





Euh... Attendez voir. Ce sketch, où Camille Cottin raconte une version pseudo-trash de Blanche-Neige à des mômes, me rappelle étrangement une scène de La Famille Addams (1991) où Morticia racontait Hansel et Gretel en prenant le parti de la sorcière... (1:10)






Comme d'autres avant elle (Jamel Debbouze, les Robin des bois, Max Boulbil) Camille Cottin passe au grand écran, et ce n'est pas vraiment une réussite.

Si l'insolence passe bien dans ses sketches, elle ne tient pas la route pour un long-métrage. Sur 1h30, la caméra cachée et le j'm'en foutisme affiché lassent vite.


Oser, et rien d'autre



C'est drôle comme la nouvelle génération de comiques garde de Desproges l'insolence, mais sans l'esprit, de Coluche la provocation, mais sans l'engagement.

C'est Stéphane Guillon, je pense, qui a ouvert la voie. Il lui suffisait, à la radio comme à la télé, de faire ce qu'il avait juré ne pas faire la seconde d'avant. Il lui suffisait, en somme, d'oser. 

Un grand humoriste, Audiard, a écrit une réplique mémorable:

"Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît." (Les Tontons flingueurs, 1963)

Camille Cottin est loin d'être conne. Elle a d'ailleurs saisi l'air du temps, qui est à la provocation, officiellement jubilatoire. La voir oser défoule ceux qui n'osent pas, ses vacheries agissent comme une catharsis sur des spectateurs trop sages au quotidien.

Elle ose tout, fort bien. Mais elle ne fait rien d'autre. Pas de traits d'esprit, pas de recul, pas d'ironie. Pourtant, le territoire anglais s'y prêtait bien.


Camille Cottin rentre dans la Reine ? (1)


Dans Connasse, princesse des cœurs, tout, ou presque, se passe en Angleterre. Et elle en a manqué, la "Connasse," des occasions savoureuses de se moquer de nos voisins anglais ! Mais elle est trop occupée à traîner cette caricature féminine dans les rues de Londres.

Dans ce que propose "la Connasse," on imagine des gags de situation formidables, des répliques cinglantes, mais rien ne vient.


Le plan sur les chiens ridicules aurait pu donner une vanne magnifique, Cottin aurait pu bousculer de 1000 questions gênantes son prof de bonnes manières, mais non. 

Dans la scène du restaurant, elle tente de tordre le cou au délire Pretty Woman, mais ça tombe à plat.




Elle aurait aussi pu reprendre, version modernisée, l'attitude hilarante d'Audrey Hepburn lors des conversations snobs dans My Fair Lady (1964)


Croyez-moi, j'ai lu un livre sur le protocole, de ces bouquins qui expliquent quelle est la bonne fourchette pour le poisson, et de quoi il faut parler à table lors d'une soirée entre gens bien nés: il y a vraiment de quoi faire un bon sketch.


Camille Cottin se contente, à l'instar des comédies niaises de ces dernières années, de prendre une posture relax en robe de reine, comme l'indique l'affiche.


Affiche de Connasse, princesse des coeursAffiche de Princesse Malgré elle, de studios Disney (2001)

Affiche du teen movie Comme Cendrillon (2003)


C'est dommage, Camille Cottin aurait pu, au contraire, démolir cette image de Cendrillon dont on nous gave depuis des siècles.



Dans une caricature de femme superficielle et vénale, Camille Cottin, officiellement femme libérée, ne fait que véhiculer des clichés sexistes.

De plus, elle ne remet rien en question, et rate le but de l'humour acide: la subversion.


Qu'y a-t-il de subversif dans le film de Camille Cottin ? En quoi fait-elle bouger les lignes, en quoi dérange-t-elle le public dans ses certitudes ?

Connasse, princesse des cœurs, c'est 1h30 de fausse insolence, de provocation creuse.


Camille Cottin se contente de railler mollement les cheveux roux du prince Harry. 

Pourtant, il y a vraiment de quoi se foutre de la gueule de la famille royale.

La reine Elisabeth II en tailleur rose ridicule
La reine Elizabeth II en joli tailleur rose

Guillaume Gallienne, dans Guillaume et les garçons, à table ! décrivait l'Angleterre avec humour et, il est vrai, une certaine tendresse. 





Mais on n'est pas obligé d'être tendre dans sa moquerie. Ruquier, à l'époque où il était drôle, jouait même sur sa réputation de méchant.




Mais pourquoi est-elle aussi méchante ? Paaaasske !




Mais pour exceller dans ce domaine, il faut être séduisant dans son machiavélisme, faire preuve d'une intelligence diabolique dans la machination. 

Camille Cottin est une méchante paresseuse. 

La comédie Vilaine, plutôt bien vue, avait une réalisation à la Jeunet et un humour cruel façon Chatillez. Surtout, le film soulevait le paradoxe, très contemporain, d'une gentillesse toujours perdante, et de la méchanceté libératrice.





L'ironie a voulu que Marilou Berry tienne le rôle principal de cette comédie, quand sa mère, Josiane Balasko, était la cible d'une réplique culte du Père Noël est une ordure (1982)

"Thérèse, je n'aime pas être grossier, mais effectivement elle est gentille."



Depuis le film de Jean-Marie Poiré, "gentille" est un terme péjoratif. Ces dernières années, la gentillesse au cinéma a mauvaise presse, et c'est une méchanceté brillante qui fait jubiler les spectateurs.

Hélas, dans Connasse, princesse des cœurs, Camille Cottin est odieuse sans être drôle, provocatrice sans être spirituelle. 

C'est bien dommage. On a tant besoin d'insolence.





(1) Titre emprunté aux Simpson, saison 15, épisode 4





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5 commentaires:

  1. Personnellement j'ai bien déliré devant ce "Connasse". Déjà, je suis très fan de la série sur Canal + et honnêtement, pour une adaptation, je trouve que les réalisatrices ne s'en sortent pas si mal que ça. Evidemment que le film a ses défauts, on ne va pas le juger réellement comme une comédie plus traditionnelle, mais j'ai bien aimé le fait qu'il y a un peu de scénario (on va dire un fil conducteur) tout en gardant cette spontanéité que j'aime bien. En tout cas, par rapport à d'autres comédies françaises, avec toujours les mêmes têtes et les mêmes scénarios, disons que ça change un peu et au moins j'ai ri (ce qui est le but d'une comédie). Et puis j'adore toujours autant Camille Cottin, parfaitement dans ce rôle d'odieuse femme qu'on a pu croiser ou qu'on aimerait être par moments.

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    1. Assez d'accord sur les scénarios peu inventifs des comédies françaises.
      Comme tu le dis, Camille Cottin joue une connasse qu'on peut croiser. Justement, c'est ça qui me gêne. Elle est trop proche des pimbêches véritables, sans recul, sans ironie sur ce genre de personne. Ça me gêne. où est la création dans tout ça ?

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  2. Le truc que j'aime bien justement chez Connasse, c'est qu'elle est proche des pimbêches qu'on croise mais quelque part, en tant que spectatrice, on sent (ou du moins je sais) que c'est quand même une fiction, que son personnage accentue des traits. Il y a beaucoup de "connasses" autour de nous mais disons qu'elle accentue encore plus la "connasserie". Je ne sais pas si on peut parler de création (probablement non techniquement parlant) mais je dirais quelque part qu'il y a quelque chose "d'expérimental" et de "social" (je mets les guillemets car le but reste tout de même un divertissement sans prétention) à travers ce procédé de caméra cachée : c'est la réaction des gens. Quand on regarde le programme ou le film, on se dit "elle mériterait quand même deux claques, qui va la gifler ?" et finalement les gens ont juste l'air déconcerté, peu dans le lot réagissent véritablement (après c'est vrai que certaines personnes s'emportent mais au fond c'est peu). C'est ce décalage justement qui est drôle et intéressant : nous, justement, on n'ose pas se comporter comme elle et la rembarrer alors qu'elle le mériterait à plusieurs reprises. Je crois que le programme fonctionne parce qu'il est très représentatif de notre société, que ce soit au niveau de la piégeuse ou des piégés. Ce n'est peut-être pas de la création à l'état pur, sur ça je suis même d'accord, mais ça reste osé, je crois que ça parle aux gens, on se reconnait malgré dans chacun. Et je trouve que c'est aussi une belle réponse au "coup de gueule" de Florence Foresti qui juge ce programme sexiste : justement, on doit aussi rire de et avec ces femmes-là qui existent au sein de notre société.

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    1. C'est une belle défense du programme.

      Pour moi, la caméra cachée, c'est le degré zéro de la réalisation. Et ça me rappelle aussi l'humour facile de Vidéo gag, qui n'est pas vraiment une référence...

      Je rejoins Florence Foresti sur le sexisme de l'émission. A-t-on besoin d'une femme (soi-disant humoriste) qui enfonce le clou pour ce qui est des clichés sexsites:
      - "la femme es vénale."
      - "la femme est superficielle."
      - la femme, en somme, est une salope.

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  3. Pour moi, la caméra cachée reste un exercice artistique comme un autre : après tout c'est de l'improvisation, comme on en voit au théâtre. En terme de référence, je parlerai plutôt de François Damiens.
    Je comprends que ça puisse choquer mais je ne vois pas la chose comme ça. Le but n'est pas de généraliser toutes les femmes (heureusement qu'on n'est pas toutes comme la "connasse" du film) mais de dire "oui, ce type de femmes" existe : moi-même j'en connais, moi-même je me suis dit en sortant de la salle "ah oui mais cette fille a un comportement similaire" etc.... Après tout, on n'hésite pas à pointer du doigt le comportement limite des hommes. Pourquoi on ne le ferait pas pour les femmes (vu qu'on réclame l'égalité) ? On n'est pas des princesses intouchables non plus, ni à part dans la société : il y a des femmes vénales et superficielles, tout comme il y a des hommes machos, infidèles, sales etc... Mais ce n'est pas pour autant qu'on va mettre tous les hommes dans le même panier non plus. Je préfère voir Connasse en héroïne peu recommandable mais qui au moins fait dans un sens preuve d'une certaine forme d'intelligence et de pertinence dans certaines de ses réflexions que de voir encore des femmes en seconds rôles dans des films comme des plantes vertes, juste à montrer les seins quand il le faut (et finalement encore valoriser l'homme, visiblement plus intelligent que la femme, vu le 3/4 des films) : ça c'est du sexisme, et il n'est pas réellement dénoncé, on fait comme si c'était parfaitement normal.

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