dimanche 17 mai 2015

LA TÊTE HAUTE, D'EMMANUELLE BERCOT: LA CAUSE DES ENFANTS



Affiche La Tête haute




Par Philippe

Emmanuelle Bercot, cinéaste sociale



Le quatrième film d'Emmanuelle Bercot est sans conteste une œuvre de belle qualité. Si Catherine Deneuve n’est guère convaincante en juge pour enfants, Emmanuelle Bercot a su peindre avec réalisme les arcanes de la justice française, et plus particulièrement celle des enfants.


Catherine Deneuve et Rod Paradot dans La Tête haute, d'Emmanuelle Bercot
Catherine Deneuve et Rod Paradot dans La Tête haute, d'Emmanuelle Bercot

La plongée dans ce monde judiciaire, finalement peu connu du grand public, et son travail d’ethnologue, font d’elle une bonne cinéaste sociale.

On assiste, tout au long du film, à une violence verbale et physique récurrente. Emmanuelle Bercot a su retracer le parcours chaotique de Malony, qui a vécu avec une mère immature (Sara Forestier) et un père absent. Les conditions n’étaient pas, de fait, réunies, pour faire de Malony un enfant protégé, choyé, bien élevé et intégré socialement.

La Tête haute se concentre sur le destin du jeune homme et son mal-être, quand les films sur la délinquance juvénile (peu nombreux, et toujours américains) se contentent de dénoncer la violence des centres d'enfermement. C'est le cas dans l'excellent Dog Pound de Kim Chapiron et le récent Coldwater.

Un monde kafkaïen



On peut reprocher au film l’utilisation intempestive des sigles, qui révèlent parfaitement la complexité de l'administration française (MDE, CER, CEF). Ce jargon juridique est parfois incompréhensible au néophyte: on s’y perd un peu, et il semble que Kafka ne soit pas encore mort... 

La Tête haute nous permet de nous interroger sur la protection judiciaire de la jeunesse, le représentant de la société (le Procureur de la République) et le juge des enfants.

Le film évoque avec talent l’amour et l’éducation, sans lesquels un enfant ne saurait se construire affectivement et socialement.


Rod Paradot dans La Tête haute, d'Emmanuelle Bercot
Rod Paradot dans La Tête haute, d'Emmanuelle Bercot

Un film digne des frères Dardenne



Pour ce qui est des acteurs, Benoit Magimel joue extrêmement bien son rôle d’éducateur parfois démotivé et dépassé dans ses fonctions.



Rod Paradot et Benoît Magimel dans La Tête haute, d'Emmanuelle Bercot


En choisissant Rod Paradot dans le rôle de Malony, Emmanuelle Bercot réussit le pari de faire jouer un jeune acteur talentueux qui a de beaux jours devant lui. Il interprète fort bien cet adolescent plein de passion et de colère, qui n'est pas sans rappeler Kévin, dans Mommy de Xavier Dolan.

Quant à Sara Forestier, elle incarne à la perfection cette mère immature, incapable de réfléchir et ne mesurant pas son devoir de mère. Cette mère irresponsable rappelle celle de Jack, autre film merveilleux sur un garçon qui a grandi trop vite.

Malony est sauvé par l'amour.

Diane Rouxel (Tess) dans La Tête haute
Diane Rouxel (Tess) dans La Tête haute

Diane Rouxel, déjà prometteuse dans le dernier Larry Clark, incarne à la perfection cette écorchée vive amoureuse d'un voyou.



Le portrait psychologique de Malony pourrait être plus fouillé. À aucun moment on n'entend l'adolescent s'exprimer sur sa souffrance. Un passage face à une psychologue aurait suffi.

Cependant, la dernière image du film est très touchante, et je vous laisse la découvrir en salle.

La Tête haute est un très beau film empli d’humanité, par une cinéaste à la fibre sociale. On dirait du Dardenne !


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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !